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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403858

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403858

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403858
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 2 octobre 2024 l'assignant à résidence pour 45 jours à Creil. Le requérant invoquait une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, en raison de sa vie familiale et de son enfant français. Le tribunal a jugé que l'assignation à résidence, qui n'implique ni éloignement ni séparation familiale, ne portait pas une atteinte disproportionnée à ces droits. La décision s'appuie sur les stipulations des conventions précitées et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 et 4 octobre 2024,

M. B A doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile à Creil pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Il soutient que :

- l'arrêté du 2 octobre 2024 méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté du 2 octobre 2024 méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne comporte pas de moyen et de conclusion en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, conseiller, pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de la première audience publique le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, né le 10 août 1994, déclare être entré en France le

25 août 2021. Par un arrêté du 2 octobre 2024, dont M. A doit être regardé comme demandant l'annulation, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à son domicile à Creil pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

2. D'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". D'autre part, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 2 octobre 2024 indique que, pour une durée de quarante-cinq jours, M. A est assigné à résidence à son domicile à Creil et qu'il doit se présenter trois fois par semaine, les lundi, mardi et vendredi matin, au commissariat de police de Creil. Le requérant se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis le 25 août 2021, de sa relation de couple depuis 2021 avec une ressortissante française, qui a trois enfants, et avec laquelle il s'est pacsé le 26 juin 2024, ainsi que de sa qualité de parent d'un enfant français né le 30 juin 2023. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à établir que l'arrêté du

2 octobre 2024 portant assignation à résidence, qui n'a pas pour objet de l'éloigner du territoire français ni pour effet de le séparer de sa compagne et de son enfant, porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il méconnaît l'intérêt supérieur de son enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de

non-recevoir opposée en défense, que les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2024 portant assignation à résidence doivent être rejetées. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction sous astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. LE GARS

La greffière,

Signé

F. JOLY

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2403858

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