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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403863

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403863

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. C, ressortissant cap-verdien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Somme. Le tribunal a considéré que le préfet avait légalement motivé sa décision en se fondant sur l'absence d'intégration professionnelle ou personnelle notable et sur le non-respect d'une précédente obligation de quitter le territoire, en application des articles L. 432-1-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens soulevés par le requérant, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, l'erreur de droit et la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ont été écartés comme non fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er et 14 octobre 2024 et 9 janvier 2025, M. B C, représenté par Me Kachi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 septembre 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé en ce qu'il n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle et professionnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure, faute pour le préfet de la Somme de justifier du respect de la procédure préalable prévue au I de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- il est entaché d'erreur de droit en ce que le préfet s'est cru en situation de compétence liée ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle et personnelle ;

- c'est à tort que le préfet a pris en compte, pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, des infractions mineures et anciennes classées sans suite ;

- il est entaché d'erreur d'appréciation en ce qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 décembre 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;

- et les observations de Me Kachi représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant cap-verdien né le 17 janvier 1990 est entré sur le territoire français en juillet 2012 selon ses déclarations. Le 1er août 2023, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 septembre 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à tout étranger : / 1° N'ayant pas satisfait à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français dans les formes et les délais prescrits par l'autorité administrative ; () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il résulte de ces dispositions que l'article L. 435-1 permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail, ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, pour refuser de délivrer à M. C la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Somme a estimé qu'il ne justifiait pas d'une intégration professionnelle ou personnelle particulière en France et s'est fondé sur la circonstance qu'il avait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 11 octobre 2021 à laquelle il n'avait pas satisfait. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et n'est pas contesté par le préfet en défense, que M. C justifie avoir travaillé durant les années 2013 à 2016 dans le cadre de mission d'intérim dans le domaine des travaux publics, puis en tant que maçon dans le cadre de contrats à durée déterminée entre le mois de mars 2016 et le mois de mars 2018, et enfin en tant que chef d'équipe auprès d'une entreprise dans le même domaine du 3 septembre 2018 au 8 décembre 2021. Il ressort également de ces mêmes pièces qu'il a effectué plusieurs formations dans le domaine des bâtiments-travaux publics, qu'il a validées. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a exercé, durant l'année 2022, les fonctions de livreur sous le statut d'autoentrepreneur, et qu'il était, à la date de la décision attaquée, au chômage. Dans ces conditions, la durée de son activité professionnelle en France exercée depuis plus de dix ans principalement dans le domaine des travaux publics, la qualification de ces fonctions exercées dans ce domaine et les revenus générés par cette activité, sont de nature à établir, dans les circonstances très particulières de l'espèce, la réalité de son insertion économique et sociale dans la société française, sans que le préfet puisse utilement se prévaloir, pour contester cette insertion, des mentions portées au fichier des traitements d'antécédents judiciaires du requérant, relatives à des infractions anciennes ou non établies à défaut de poursuites judiciaires. Par suite, nonobstant la décision d'éloignement dont il a précédemment fait l'objet, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de la Somme, en refusant de l'admettre au séjour, a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 2 septembre 2024 par laquelle le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Somme délivre un titre de séjour portant la mention " salarié " à M. C. Par suite, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu de lui enjoindre de délivrer ce titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme que demande M. C sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 septembre 2024 du préfet de la Somme est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " à M. C dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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