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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403890

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403890

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWELSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Welsch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Asine l'a assigné à résidence à Château-Thierry pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative, 37 et 75-1 de la loi du

10 juillet 1991, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le signataire de l'acte attaqué est incompétent ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-il méconnaît les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet de l'Aisne conclut :

-au non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué en tant qu'il impose à M. A de se présenter à 14h et à 17h au commissariat de police de

Château-Thierry ;

-au rejet du surplus des conclusions de la requête.

A l'appui de son mémoire, il produit un arrêté du 14 octobre 2024 portant assignation à résidence de M. A, modifiant les articles 2, 3 et 5 de l'arrêté du 2 octobre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

9 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars, conseiller, pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné ;

- les observations de Me Welsch, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures par les mêmes moyens, en précisant que les mesures d'assignation à résidence et les modalités de son exécution, initiales et telles que modifiées par l'arrêté du 14 octobre 2024, font obstacle à la poursuite de ses études et de son activité en alternance dans un cabinet comptable.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 1er juin 2004, déclare être entré en France le

22 avril 2021. Il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et a été mis en possession d'un titre de séjour en qualité d'étudiant à sa majorité. Le renouvellement de ce titre de séjour lui a toutefois été refusé par un arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne lui a également fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 2 octobre 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Aisne l'a assigné à résidence à Château-Thierry pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Par décision du 9 octobre 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'introduction de la présente requête, par un arrêté du 14 octobre 2024 portant assignation à résidence de M. A, le préfet de l'Aisne a modifié les articles 2, 3 et 5 de l'arrêté du 2 octobre 2024. L'article 3 de l'arrêté du 14 octobre 2024 impose à M. A de se présenter tous les jours à 15h au commissariat de police de Château-Thierry. Dans ces conditions, il y a lieu d'accueillir les conclusions à fin de non-lieu à statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 octobre 2024 en tant qu'il impose à M. A de se présenter tous les jours à 14h et à 17h au commissariat de police de Château-Thierry. Par suite, il n'y a pas lieu d'examiner le moyen tiré de ce que l'obligation quotidienne de double présentation aux autorités méconnaît les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. À titre liminaire, le préfet de l'Aisne, en défense, indique que les articles 2, 3 et 5 de l'arrêté du 2 octobre 2024 ont été modifiés par l'arrêté du 14 octobre 2024 portant assignation à résidence de M. A. Dès lors, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 2 octobre 2024 doivent être regardées comme dirigées contre le même arrêté tel que modifié par l'arrêté du

14 octobre 2024.

5. En premier lieu, les arrêtés des 2 et 14 octobre 2024 ont été signés par M. Alain Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature du préfet en date du 13 septembre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés des 2 et 14 octobre 2024 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté du 2 octobre 2024 tel que modifié par l'arrêté du

14 octobre 2024 comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Aisne n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de sa situation doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du 2 octobre 2024 tel que modifié par l'arrêté du 14 octobre 2024 vise le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire française prise le 17 avril 2024, dont le délai de départ volontaire de trente jours est expiré à la date de l'arrêté attaqué. La circonstance, à la supposer établie, que l'intéressé ne présente pas de risque de fuite, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés () ".

11. D'une part, il ressort de l'article 5 de l'arrêté modificatif du 14 octobre 2024 que

M. A est autorisé à quitter ponctuellement l'arrondissement de Château-Thierry dans le seul but de se rendre à l'établissement public de santé mentale départemental de l'Aisne, situé à Prémontré, dans le cadre de son suivi thérapeutique. D'autre part, si le requérant soutient que la mesure d'assignation à résidence et ses modalités d'exécution sont incompatibles avec ses obligations universitaires et professionnelles, il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé à deux reprises pour des faits d'exhibition sexuelle en 2021 et en 2023 qu'il a reconnus et qu'il constitue donc une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, et alors qu'il conserve la possibilité, d'une part, de se déplacer librement, en dehors du temps consacré au respect des obligations d'assignation à résidence et de présentation au commissariat, dans le périmètre fixé, et de recevoir les personnes de son choix, ainsi que, d'autre part, de quitter ponctuellement Château-Thierry dans le cadre de son suivi thérapeutique, les restrictions apportées à l'exercice par le requérant de sa liberté d'aller et venir ne peuvent être regardées comme disproportionnées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance dispositions de l'article R.733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. D'une part, ainsi qu'il a été dit point 11, l'arrêté du 2 octobre 2024 tel que modifié par l'arrêté du 14 octobre 2024 ne fait pas obstacle au suivi thérapeutique de M. A. D'autre part, si le requérant se prévaut de la poursuite de ses études de BTS " gestion des organisations " en alternance professionnelle, cette circonstance n'est pas de nature à établir que la mesure d'assignation porterait au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dans ces conditions, et alors que le comportement de M. A, célibataire et sans enfant, constitue une menace à l'ordre public, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des articles 37 et 75-1 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du

2 octobre 2024 en tant qu'il impose à M. A de se présenter tous les jours à 14h et à 17h au commissariat de police de Château-Thierry.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Welsch et au préfet de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. LE GARS

La greffière,

Signé

F. JOLY

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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