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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403927

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403927

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403927
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL PORTELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 et 16 octobre 2024, M. B C doit être regardé comme demandant au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 27 septembre 2024 par laquelle la présidente de la communauté de communes du Pays noyonnais a refusé de faire droit à la demande de plusieurs membres du conseil communautaire du 12 septembre 2024 tendant à la convocation de ce conseil afin d'inscrire plusieurs points à son ordre du jour en application de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales ;

2°) d'enjoindre à la présidente de la communauté de communes du Pays noyonnais de convoquer le conseil communautaire en inscrivant à l'ordre du jour les points énumérés aux termes de cette demande, dans un délai d'un mois à compter de la présente ordonnance.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que le délai de trente jours pour faire droit à la demande de convocation du conseil prévu à l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales ne sera pas respecté ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, laquelle méconnait les dispositions de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales, dès lors que les points énumérés par la demande de convocation sont relatifs à la gestion et au fonctionnement du conseil communautaire de sorte qu'ils revêtent un caractère d'intérêt communautaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, la communauté de communes du Pays noyonnais, représentée par Me Portelli, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. C une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence de dépôt de requête en annulation à l'encontre de la décision contestée ;

- la juridiction administrative est incompétente pour connaitre du litige, dès lors qu'il appartient à la seule présidente de la communauté de communes de fixer l'ordre du jour des séances du conseil communautaire en application de l'article 4 de son règlement intérieur ;

- la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors que, parmi les questions dont l'inscription à l'ordre du jour du conseil communautaire est sollicitée, le projet de centre de données n'est pas précisément défini et que la question du retrait des délégations dont bénéficie la présidente de la communauté de communes nécessite une discussion interne préalable ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés, dès lors notamment qu'un conseil communautaire a été convoqué le 10 septembre 2024, que les points dont l'inscription a été demandée à l'ordre du jour ne sont pas motivés, et qu'enfin ces derniers ne sont pas d'intérêt communautaire.

Vu :

- la requête n°2403934, enregistrée le 7 octobre 2024, par laquelle M. C doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 16 octobre 2024 à 15 heures 30.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thérain, juge des référés, qui a informé les parties en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative qu'en admettant même que la requête ne puisse être interprétée comme ne comprenant pas de conclusions aux fins d'injonction, la convocation du conseil communautaire pour délibérer des questions dont l'inscription a été demandée peut être ordonnée le cas échéant d'office en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et sous astreinte en application de son article L. 911-3 ;

- les observations de M. C, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, en précisant en outre que seul le point relatif au projet de centre de données a été inscrit à l'ordre du jour de la séance du conseil communautaire du 15 octobre 2024 ;

- les observations de Me Portelli, assistant Mme Dauchelle, présidente de la communauté de communes du Pays noyonnais et M. A, directeur général des services, et représentant cet établissement, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, en soutenant en outre que le point relatif au projet de centre de données a été inscrit à l'ordre du jour de la réunion du conseil communautaire le 15 octobre 2024.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience publique, en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. M. C, délégué de la commune de Guiscard au conseil communautaire de la communauté de communes du Pays noyonnais, ainsi que vingt-six autres conseillers communautaires, ont adressé le 12 septembre 2024 à la présidente de cet établissement une demande tendant à ce que le conseil communautaire soit réuni afin d'y inscrire plusieurs questions à son ordre du jour, dont une présentation du projet d'implantation d'un centre de donnée, le retrait des délégations du conseil à sa présidente, l'attribution de délégation du conseil au bureau de l'établissement, une modification du règlement intérieur relative à la composition du bureau communautaire, une désignation de membre de ce bureau et une modification du taux des indemnités de fonctions des élus. Par une décision du 27 septembre 2024, dont M. C doit être regardé comme demandant la suspension d'exécution sur le fondement des dispositions citées ci-dessus, la présidente de la communauté de communes du Pays noyonnais a refusé de faire droit à cette demande au motif que ces questions ne sont pas d'intérêt communautaire.

Sur les conclusions aux fins de suspension d'exécution de la décision contestée en tant qu'elle est relative au projet d'implantation d'un centre de donnée :

3. Il est constant que le point relatif à la présentation d'un projet de centre de données, qui faisait pour partie l'objet de la demande de convocation du conseil communautaire souscrite par M. C et ses autres signataires, a été inscrit à l'ordre du jour de la séance du 15 octobre 2024 de cette assemblée laquelle a pu en débattre. Par suite, alors qu'il est tout aussi constant que les autres points faisant l'objet de cette demande n'ont pas fait l'objet d'une telle inscription, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension de la décision contestée dans cette seule mesure.

Sur le surplus des conclusions aux fins de suspension d'exécution :

En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées par la communauté de communes du Pays noyonnais :

4. En premier lieu, aux termes de l'article R. 522-1 du code de justice administrative : " () A peine d'irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d'une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d'annulation ou de réformation et accompagnées d'une copie de cette dernière ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par une requête enregistrée le 7 octobre 2024 sous le n° 2403934 et dont la copie a été jointe à la requête en référé tendant à la suspension de son exécution, M C doit être regardé comme demandant l'annulation de cette même décision. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée à raison du défaut de présentation d'une telle requête manque en fait.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales, rendu applicable par l'effet de son article L. 5211-1 aux établissements publics de coopération intercommunale, dont les communautés de communes : " Le maire peut réunir le conseil municipal chaque fois qu'il le juge utile. / Il est tenu de le convoquer dans un délai maximal de trente jours quand la demande motivée lui en est faite () par le tiers au moins des membres du conseil municipal en exercice dans les communes de 1 000 habitants et plus () ".

7. Il résulte de ces dispositions que le président d'une communauté de communes est tenu, lorsque la demande motivée lui en est faite par le tiers des conseillers communautaires en exercice, de convoquer le conseil communautaire dans un délai maximum de trente jours pour délibérer et que, si la demande précise les questions à inscrire à l'ordre du jour, il ne peut refuser, en tout ou partie, de les inscrire que s'il estime, sous le contrôle du juge, qu'elles ne sont pas d'intérêt communal ou que la demande présente un caractère manifestement abusif.

8. La communauté de communes du Pays noyonnais, qui rappelait d'ailleurs elle-même ces principes aux termes de la décision contestée, n'est à l'évidence pas fondée à soutenir qu'il n'appartiendrait pas au juge administratif de connaître de la contestation du refus d'inscription à l'ordre du jour des questions dont M. C et ses collègues ont saisie sa présidente au motif que la détermination de celui-ci serait de sa compétence exclusive, fut-ce en application de certaines dispositions du règlement intérieur de l'établissement. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée sur ce fondement doit être également écartée.

En ce qui concerne la situation d'urgence :

9. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif sur le fondement des dispositions citées au point 1 lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

10. Le délai de trente jours résultant des dispositions citées au point 6 a été imparti par le législateur afin de faire respecter l'exigence de liberté du débat démocratique au sein des organes délibérants des établissements publics de coopération intercommunale. Régulièrement saisie par plus du tiers des conseillers communautaires sur leur fondement, la présidente de la communauté de communes du Pays noyonnais a expressément refusé d'inscrire à l'ordre du jour de l'assemblée les questions résultant de leur demande, lesquelles, à l'exception de celle mentionnée au point 3, n'ont pas depuis fait l'objet d'une telle inscription. Le délai de trente jours pour y procéder ne pouvait plus être respecté à la date de l'audience compte tenu des délais de convocation de l'assemblée, alors qu'au surplus la communauté de communes y a confirmé sa décision refusant d'y donner suite. Il s'ensuit que M. C est fondé à se prévaloir d'une situation d'urgence.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

11. Si la demande de M. C et des autres conseillers communautaires quant aux points relatifs à l'attribution de délégation du conseil communautaire au bureau communautaire, à la modification du règlement interne, à la désignation des membres du bureau communautaire et à la modification du taux des indemnités de fonctions des élus ne pouvait, faute de toute autre précision sur la portée de ces mesures, être regardée comme étant suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales, il n'en va pas de même de la question relative au retrait des délégations de l'assemblée à la présidente de l'établissement, qui comportait en elle-même suffisamment de précision. La demande d'inscription de cette question à l'ordre du jour était, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, présentée par plus d'un tiers des conseillers communautaire et, touchant à la répartition des compétences entre les différents organes de l'établissement, il ne peut être raisonnablement soutenu, ainsi qu'il est indiqué aux termes de la décision attaquée, qu'elle n'est pas d'intérêt communautaire, sans qu'il ne soit démontré ni d'ailleurs soutenu qu'elle était abusive. Il s'ensuit qu'en l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-9 du code général des collectivités territoriales est de nature à créer, dans cette mesure, un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C est uniquement fondé à demander la suspension de l'exécution de la décision contestée en tant qu'elle refuse de convoquer le conseil communautaire afin que soit inscrite à l'ordre du jour la question du retrait de délégations du conseil communautaire à sa présidente, et que ces mêmes conclusions en ce qu'elles portent sur les autres points de sa demande doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction, le cas échéant d'office :

13. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint à la présidente de la communauté de communes du Pays noyonnais de convoquer le conseil communautaire de cet établissement afin qu'il délibère à tout le moins de la question du retrait des délégations de ce conseil à sa présidente, dans un délai dont il y a lieu de fixer l'expiration au vendredi 8 novembre 2024 et sans qu'il soit pour l'instant besoin de prescrire une astreinte à compter de cette date. Compte tenu de la nature de l'office du juge des référés, l'ensemble des mesures adoptées à cette occasion en exécution de la présente ordonnance devront revêtir un caractère provisoire, dans l'attente du jugement de l'affaire au fond.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclame la communauté de commune du pays noyonnais sur ce fondement.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension d'exécution de la décision contestée en tant qu'elle refuse d'inscrire à l'ordre du jour du conseil communautaire le point relatif à la présentation d'un projet de centre de données.

Article 2 : L'exécution de la décision du 27 septembre 2024 de la présidente de la communauté de communes du Pays noyonnais est suspendue en tant qu'elle refuse de convoquer le conseil communautaire afin qu'il délibère de la question du retrait des délégations de ce conseil à sa présidente.

Article 3 : Il est enjoint à la présidente de la communauté de communes du Pays noyonnais de convoquer le conseil communautaire afin qu'il délibère de cette question dans les conditions décrites au point 13 de la présente ordonnance.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et à la présidente de la communauté de communes du pays noyonnais.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.

Fait à Amiens, le 21 octobre 2024.

Le président de la 3ème chambre,

Juge des référés,

Signé :

S. Thérain

La greffière,

Signé :

S. Grare

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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