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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403936

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403936

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a rejeté la requête de M. C, ressortissant congolais, qui contestait l’arrêté du préfet du Nord ordonnant son transfert aux autorités belges pour l’examen de sa demande d’asile. Le requérant invoquait une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 (clause discrétionnaire) et une méconnaissance de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant. Le tribunal a jugé que le préfet n’avait pas commis d’erreur manifeste en ne faisant pas usage de cette clause dérogatoire et que les stipulations de la convention n’étaient pas méconnues. La solution retenue est donc le rejet de la demande d’annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2024 par lequel le préfet du Nord, a décidé son transfert aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile';

2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) no 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 en ce que l'autorité préfectorale aurait dû mettre en œuvre la clause dérogatoire ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 et 21 octobre 2024, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990';

- le règlement (UE) no 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la loi no 91-647 du 10 juillet 1991';

- le décret no 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Menet, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 21 octobre 2024 à 10 heures :

- le rapport de M. Menet, magistrat désigné,

- et les observations de Me Pereira, pour M. C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant congolais, né le 26 octobre 1986, demande l'annulation d'un arrêté du 3 octobre 2024, par lequel le préfet du Nord a décidé son transfert aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". M. C justifiant d'une demande d'aide juridictionnelle en cours, il y a lieu, eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

3. En second lieu, aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi no 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " La part contributive versée par l'État à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire ".

4. La requête de M. C repose sur les mêmes faits que la requête no 2403935 présentée par Mme B et comporte des prétentions similaires. Comme Mme B, M. C bénéficie de l'aide juridictionnelle provisoire et est assisté par Me Pereira. Par suite et dans l'hypothèse où M. C et Mme B seraient admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif par le bureau d'aide juridictionnelle il y a lieu, dans la présente affaire, de réduire de 30 % la part contributive versée par l'État à Me Pereira.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. D'une part, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) no 604/2013 du

26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité () ". Enfin, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 (), il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. Une attestation de demande d'asile est délivrée au demandeur selon les modalités prévues à l'article L. 521-7. Elle mentionne la procédure dont il fait l'objet. Elle est renouvelable durant la procédure de détermination de l'État responsable et, le cas échéant, jusqu'à son transfert effectif à destination de cet État. Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État ".

6. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du

26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Cette faculté laissée à chaque État membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. D'autre part, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. M. C soutient que son transfert aux autorités belges responsables de l'instruction de sa demande d'asile imposerait un délai préjudiciable d'une part à la prise en charge de son fils de deux ans qui a été hospitalisé entre les 22 et 29 juillet 2024 pour une crise de paludisme et de son épouse qui doit subir les 5 et 6 novembre 2024 des examens gynécologiques et orthopédiques et d'autre part à la scolarité de sa fille aînée qui vient de débuter en petite section de maternelle.

9. Par les pièces produites, M. C ne démontre pas que la situation médicale de son fils et celle de son épouse s'oppose à son transfert en Belgique. De la même manière, le récent début de scolarité en maternelle de l'aînée des enfants du requérant ne suffit pas à établir qu'en ne dérogeant pas aux critères de détermination de l'État responsable de l'examen de sa demande d'asile et en prononçant son transfert aux autorités belges le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) no 604/2013 du 26 juin 2013 ou méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution de la part de l'administration. Les conclusions aux fins d'injonction doivent dès lors également être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1 er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Dans l'hypothèse où M. C et Mme B seraient admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre définitif, il sera appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée par l'État à Me Pereira au titre de la présente requête.

Article 3 : La requête de M. C est rejetée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet du Nord et à Me Pereira.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. Menet

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2403936

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