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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2403978

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2403978

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2403978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantANGLADE & PAFUNDI A.A.R.P.I

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2426474 du 10 octobre 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif d'Amiens le dossier de la requête de M. D A, sur le fondement des dispositions de l'article R. 922-4 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée 2 octobre 2024, M. A, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demande d'asile en procédure normale, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, et de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

4°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît le principe de non-refoulement des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise illégalement à son encontre ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifiait de circonstances humanitaires permettant à l'autorité administrative de ne pas prononcer une telle décision ;

- la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise illégalement à son encontre ;

- il est entaché de défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'autorité administrative a considéré à tort que son éloignement demeurait une perspective raisonnable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 octobre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sako, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Sako, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 22 octobre 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant somalien né le 21 août 1993, entré en France en septembre 2024 selon ses déclarations, a été interpelé le 29 septembre 2024 à l'aéroport international de Beauvais alors qu'il se rendait en Irlande, muni de documents d'identité appartenant à une autre personne. Par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, la même autorité l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Beauvais pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande par la présente requête l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs à plusieurs décisions :

4. En premier lieu, les arrêtés litigieux ont été signés par Mme B C, directrice de cabinet de la préfète de l'Oise, laquelle disposait pour ce faire, dans le cadre de l'astreinte des membres du corps préfectoral qu'elle assurait, d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 1er juillet 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces arrêtés doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale. La décision portant assignation à résidence mentionne quant à elle que l'examen de situation de l'intéressé ne fait pas ressortir de force majeure faisant obstacle à l'exécution de sa mesure d'éloignement, et que celle-ci demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et assignation à résidence ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni des pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A avant d'édicter à son encontre les décisions portant obligation de quitter le territoire et assignation à résidence.

7. En quatrième lieu, et ainsi qu'il sera exposé ci-après, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence seraient illégales compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ".

9. Il est constant que M. A n'a présenté aucune demande d'asile en France. Par suite, il ne peut utilement invoquer la méconnaissance par la décision attaquée des dispositions précitées de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En second lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi ". Aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. M. A ne saurait utilement soutenir qu'il serait exposé à des risques de persécutions, de mort ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, dès lors que la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet, de fixer la Somalie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement. A supposer les moyens dirigés contre cette dernière décision, M. A n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait personnellement menacé en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées ne peuvent qu'être écartés.

Sur les moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

13. En premier lieu, M. A fait valoir qu'aucun élément ne justifiait l'édiction de la décision litigieuse dès lors qu'il n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement antérieure et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Dès lors toutefois que l'intéressé a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire, et qu'il n'a justifié d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, c'est à bon droit que la préfète de l'Oise a décidé de prendre à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 précité ne peut dès lors qu'être écarté.

14. En second lieu, pour fixer à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète de l'Oise s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé, qui indiquait être entré en France depuis environ une semaine à la date de la décision attaquée, est dépourvu d'attache familiale en France. Aussi, compte tenu de sa situation, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait entachée d'une erreur d'appréciation.

Sur le moyen dirigé contre l'arrêté portant assignation à résidence :

15. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

16. Ainsi qu'il a été exposé précédemment, M. A n'a pas présenté de demande d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en édictant la décision litigieuse, au motif qu'il ne pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement en raison de sa qualité de demandeur d'asile.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Pafundi et à la préfète de l'Oise.

Copie ne sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

B. SAKOLa greffière,

Signé

F. JOLY

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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