mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2404021 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PEREIRA EMMANUELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 et 21 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Pereira, avocate commise d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Il soutient que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête de M. B est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- dans l'hypothèse où la requête serait regardée comme recevable, elle devra être rejetée comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sako, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Sako, magistrate désignée,
- et les observations de Me Pereira, avocate commise d'office, représentant M. B, qui conclut à la même fin que la requête, par le même moyen.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 12 janvier 1988, est entré en France en 2018 selon ses déclarations. Par un arrêté du 20 septembre 2024, notifié à l'intéressé le 8 octobre suivant, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est incarcéré au centre pénitentiaire de Beauvais à la suite de trois condamnations prononcées en 2023 et en 2024 pour " non justification de son adresse par une personne enregistrée dans le fichier des auteurs d'infractions sexuelles ", " dégradation ou détérioration de bien destiné à l'utilité ou à la décoration publique ", et " évasion d'un condamné placé sous surveillance électronique ". S'il a fait état de la présence en France de deux de ses sœurs, et a affirmé n'avoir plus de famille dans son pays d'origine, il n'a produit dans la présente instance aucune pièce susceptible d'étayer ses allégations. Dans ces conditions, M. B, qui est célibataire et sans enfant, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. B doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pereira et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
B. SAKOLa greffière,
Signé
F. JOLY
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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