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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404023

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404023

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBIROLINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, Mme B C A, représentée par Me Birolini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo (Kinshasa) comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfete de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfete de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, pour versement à son conseil, une somme de 1 200 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 16 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 15 novembre 2024 à 12 heures.

Mme C A a produit des pièces le 14 novembre 2024.

Le préfet de l'Oise a produit un mémoire le 2 décembre 2024.

Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les observations de Me Birolini, assistant Mme C A.

Mme C A a produit une note en délibéré le 16 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante de la République démocratique du Congo (Kinshasa) née le 28 mars 1974, déclare être entrée sur le territoire français le 7 janvier 2018. Le 20 décembre 2022, elle a demandé un titre de séjour en raison de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 12 juillet 2024, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo (Kinshasa) comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme C A demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 30 octobre 2023, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

4. Si Mme C A déclare résider depuis le 7 janvier 2018 sur le territoire français où réside régulièrement sa sœur, elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du 27 novembre 2020, confirmée par le tribunal administratif et la cour administrative d'appel de Douai, qu'elle n'a pas exécutée. Par ailleurs, si les cinq filles de l'intéressée, nées en 2005, 2007, 2009, 2010 et 2015, résident en France et y sont scolarisées ou y poursuivent des études, elles sont ressortissantes de la République démocratique du Congo (Kinshasa) et peuvent la suivre dans son pays d'origine. De plus, Mme C A n'établit pas ne plus avoir d'attache dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'en 2018 et où il est constant que réside le père de ses enfants. Enfin, si Mme C A a effectué, sur le territoire français, quelques activités bénévoles, elle n'établit aucune activité professionnelle en dehors de deux mois de travail en tant qu'agent de service dans une entreprise de nettoyage, postérieurement à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en prenant la décision de refus de titre de séjour.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Eu égard à la situation D C A telle que décrite au point 4, la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

7. En quatrième lieu, si un étranger peut, à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir formé contre une décision préfectorale refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour, soutenir que, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, la décision de la préfète serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu, dans le cadre de la politique du Gouvernement en matière d'immigration, adresser aux préfets, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation de chaque cas particulier, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Il s'ensuit que Mme C A ne peut utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012, et notamment de celles relatives à l'examen des demandes d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants étrangers en situation irrégulière.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Eu égard à la situation D C A telle que décrite au point 4, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle D C A.

10. En sixième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

11. Ainsi qu'il a été dit, il ne ressort pas des pièces du dossier que les filles mineures D Mme C A ne puissent accompagner l'intéressée dans son pays d'origine et y continuer leur scolarité. Par ailleurs, il est constant que leur père réside en République démocratique du Congo (Kinshasa). Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent en prenant l'arrêté attaqué.

12. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision obligeant Mme C A à quitter le territoire français n'est pas illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour. En conséquence, il résulte également de ce qui précède que la décision fixant le délai de départ volontaire et celle fixant le pays de destination ne sont pas illégales en raison de l'illégalité de la décision obligeant l'intéressée à quitter le territoire français.

13. En huitième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

14. Eu égard à la situation D C A telle que décrite au point 4, la préfète de l'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions citées au point précédent en fixant le délai de départ volontaire accordé à l'intéressé à trente jours.

15. En neuvième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

16. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que Mme C A, qui n'a d'ailleurs jamais demandé l'asile, ou ses enfants seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision par laquelle la préfète de l'Oise a fixé la République démocratique du Congo (Kinshasa) comme pays de destination de la mesure d'éloignement ne méconnaît pas les stipulations citées au point précédent.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête D C A ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête D C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Lebdiri

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2404023

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