mardi 5 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2404063 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | PORCHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 octobre 2024, Mme B C, représentée par Me Porcher, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de la rétablir dans son droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle ne tient pas compte de son état de vulnérabilité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dès lors, d'une part, qu'elle n'a pas reçu les convocations à ses rendez-vous du fait de son changement de centre d'hébergement, et, d'autre part, qu'elle était à l'hôpital le 10 septembre 2024 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024 à 15h26 et dont le conseil de la requérante a pris connaissance lors de l'audience, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Fass, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 922-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fass,
- les observations de Me Porcher, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, et fait valoir en outre que Mme C doit se faire opérer et souffre de pathologies, ce qui constitue une situation de vulnérabilité et qu'elle a formulé des observations que l'OFII ne conteste pas avoir reçues.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante congolaise, née le 1er décembre 1992, a présenté une demande d'asile le 2 juillet 2024 et obtenu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par un courrier du 10 octobre 2024, le directeur territorial d'Amiens de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à Mme C la cessation des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités. La requérante demande l'annulation de la décision du 10 octobre 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du code précité : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature [] ".
3. La décision attaquée vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, notamment son article L. 551-16, et expose le motif pour lequel il a été mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme C, à savoir la circonstance que l'intéressée s'est abstenue de se présenter aux autorités. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'un entretien de vulnérabilité a été réalisé le 16 janvier 2024 aux termes duquel l'intéressée a indiqué ne pas avoir de famille en France et n'a pas fait état de problèmes de santé ou de besoins particuliers. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision litigieuse est insuffisamment motivée et que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte avant l'édiction de cette décision. Un tel moyen doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".
5. Premièrement, si la requérante se prévaut de sa situation médicale, et produit des documents relatifs à son état de santé dans la présente instance, notamment un compte-rendu de passage aux urgences en date du 14 août 2024, un certificat de présence en date du 18 septembre 2024 attestant de sa présence à l'hôpital le 10 septembre 2024 pour raison de santé, un courrier du 21 août 2024 relatif à son orientation pour une chirurgie gynécologique, ainsi qu'une liste non détaillée de ses rendez-vous médicaux, il ne ressort toutefois pas de ces pièces que la pathologie dont elle souffre la place dans une situation de particulière vulnérabilité.
6. Deuxièmement, pour mettre fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme C, le directeur territorial de l'OFII d'Amiens s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée s'est abstenue de se présenter aux autorités chargées de l'asile. Il ressort des pièces du dossier que la requérante ne s'est pas présentée à deux convocations le 3 et le 10 septembre 2024 à la préfecture du Nord en vue de l'exécution de son transfert vers Lisbonne. L'intéressée, qui ne conteste pas ses absences, fait valoir qu'elle ne pouvait être considérée comme étant en fuite dès lors qu'elle ne s'était pas volontairement soustraite à celles-ci. D'une part, si Mme C soutient qu'elle a fait part à l'Office, notamment dans ses observations du 25 septembre 2024, de ce qu'elle n'aurait pas reçu sa convocation pour le 3 septembre 2024, il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme C, a reçu notification, le 2 juillet 2024, d'une convocation pour le 3 septembre 2024. D'autre part, si Mme C établit par un certificat médical du 18 septembre 2024 qu'elle s'est rendue à l'hôpital le 10 septembre 2024 pour " raison de santé ", ce seul élément ne permet pas d'établir l'impossibilité pour l'intéressée d'honorer sa convocation à cette même date. Ainsi, à défaut de toute précision complémentaire, un tel document ne permet pas d'apprécier, à la date de son passage à l'hôpital, l'impossibilité alléguée par la requérante de se présenter à la préfecture en raison de son état de santé. Surtout, par la seule production du courrier du 25 septembre 2024 adressé à l'Office, soit postérieurement aux dates de ses deux convocations, Mme C n'établit pas avoir prévenu les autorités préfectorales de l'impossibilité de se rendre à ses convocations. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le directeur général de l'OFII a mis fin à ses conditions matérielles d'accueil serait entachée d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
8. La requérante soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations précitées dès lors qu'elle doit pouvoir " bénéficier d'un niveau de vie digne ". Toutefois, et alors, ainsi qu'il l'a été dit au point 5 du présent jugement, que la requérante ne se trouve pas dans une situation d'une particulière vulnérabilité, elle ne produit pas à l'instance d'éléments suffisants susceptibles d'établir qu'elle serait exposée à des traitements inhumains et dégradants au sens de ces stipulations. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut, par suite, pas être accueilli.
9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions présentées par Mme C, tendant à l'annulation de la décision du 10 octobre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Porcher.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
L. FASSLa greffière,
signé
M. A
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026