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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404108

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404108

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLABRIKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Labriki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'application de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne vise pas l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et omet de mentionner plusieurs éléments relatifs à sa situation personnelle ;

- pour les mêmes raisons, elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il risque de perdre son emploi et qu'il vit avec son épouse, de nationalité française, depuis le 27 janvier 2024 ainsi qu'avec les deux enfants de celle-ci ;

- pour les mêmes raisons, elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- pour les mêmes raisons, et dès lors qu'il présente des garanties de représentation, elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 29 octobre 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Harang, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 10 janvier 1983, a fait l'objet, le 15 mai 2024, d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'application de cette mesure.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 30 octobre 2023 régulièrement publiée le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, énonce avec une précision suffisante les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde et reproduit les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, de sorte que l'intéressé, à sa seule lecture, est mis à même d'en connaître les motifs et, le cas échéant, de les contester utilement.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant de prendre à son encontre une décision d'assignation à résidence.

5. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Aux termes de l'article L. 733-2 dudit code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Ces modalités, qui limitent l'exercice de la liberté d'aller et venir de l'étranger, doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'intéressé de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

8. Dans la perspective de son éloignement, la décision attaquée assigne M. A à résidence dans le département de l'Oise, qu'il ne peut quitter sans autorisation, pour une durée de quarante-cinq jours, l'oblige à demeurer à son domicile chaque jour de 5 heures 30 à 7 heures 30 et l'astreint à se présenter les lundi, mardi et vendredi matin à la gendarmerie de Liancourt afin de faire constater qu'il respecte cette mesure d'assignation. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas privé de la possibilité de poursuivre sa vie privée et familiale avec son épouse et les enfants de celle-ci dans la mesure où ils résident également à son domicile. D'autre part, alors qu'il ressort notamment des pièces du dossier qu'il travaille dans le département de l'Oise où il est autorisé à circuler, l'intéressé n'apporte, en tout état de cause, aucun élément susceptible d'étayer le risque dont il se prévaut de perdre son emploi. Dans ces conditions, la décision contestée, qui est, tant dans son principe que dans ses modalités d'application, nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif poursuivi, ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle ne porte pas davantage une atteinte excessive à la liberté de M. A d'aller et venir, telle que protégée par les dispositions des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789, nonobstant la circonstance qu'il présente des garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement, lesquelles font seulement obstacle à son placement en rétention en application des dispositions de l'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième lieu, M. A ne peut sérieusement soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes desquelles " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J. HarangLa greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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