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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404112

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404112

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWACQUIER LOUIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Wacquier, avocat commis d'office, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Aisne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le Mali comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Il soutient que :

- il remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfants français, dès lors qu'il est père de deux enfants de nationalité française et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors qu'il vit en France depuis dix ans, qu'il est père de deux enfants français placés en famille d'accueil à l'égard desquels il exerce un droit de visite et qu'il travaillait, avant son incarcération, en qualité de poseur de menuiseries en apprentissage sous couvert d'un contrat d'une durée de trois ans.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Harang, magistrat désigné,

- les observations de Me Wacquier, assistant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, en précisant qu'il n'a pas été déchu de l'autorité parentale à l'égard de ses enfants à qui il rend visite toutes les trois semaines, et soutient, en outre, que :

' la décision lui refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire est entachée d'illégalité, dès lors qu'il n'existe aucun risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet dans la mesure où il n'a pas exprimé l'intention de ne pas s'y conformer et qu'il dispose d'une adresse connue de l'administration et des services de police,

' la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est illégale en raison de l'illégalité des décisions sur lesquelles elle s'appuie,

' cette décision est disproportionnée en ce qu'elle fait obstacle à ce qu'il conserve des liens avec ses enfants,

- et les observations de M. A, qui indique qu'il ne sera plus en mesure de conserver des liens avec ses enfants en cas de retour au Mali et ajoute, en réponse aux questions posées par le magistrat désigné, qu'il est susceptible, après son élargissement, d'être ponctuellement hébergé chez son frère, puis dans un centre d'hébergement Coallia.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 5 mai 1998, déclare être entré en France le 2 juillet 2014. Par un arrêté du 15 octobre 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Aisne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le Mali comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2. En premier lieu, lorsque la loi prescrit qu'un étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

4. M. A soutient qu'il est père de deux enfants de nationalité française, lesquels ont été placés en famille d'accueil à la suite de violences commises sur eux par leur mère. Il ajoute qu'il s'entretient téléphoniquement avec eux tous les mercredis et qu'il exerce à leur égard un droit de visite toutes les trois semaines. Il indique également qu'il leur fournit à cette occasion de l'argent de poche et qu'ils réalisent ensemble des activités. Toutefois, ces allégations, qui sont contestées en défense, ne sont corroborées par aucune pièce versée au dossier. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné pénalement, à six reprises, pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis commis les 24 mai 2017, 19 juillet 2018, 31 mai 2018, 4 mars 2020, 8 octobre 2020 et 29 juillet 2021. Il a également été condamné, à deux reprises, pour des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance commis les 31 mai 2018 et 29 juillet 2021. Il a en outre été condamné pour des faits de vol commis le 8 juillet 2018 et de destruction d'un bien appartenant à autrui commis le 2 octobre 2019. Enfin, il ne conteste pas être défavorablement connu des services de police et de gendarmerie pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, d'escroquerie et d'abus de confiance. Compte tenu de la nature, de la gravité et du caractère réitéré de ces faits, la présence de M. A sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il remplirait les conditions pour se voir attribuer de plein droit un titre de séjour en sa qualité de parent d'enfants français.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Si M. A soutient qu'il réside en France depuis le 2 juillet 2014, qu'il est père de deux enfants français placés en famille d'accueil à l'égard desquels il exerce un droit de visite et qu'il travaillait, avant son incarcération, en qualité de poseur de menuiseries en apprentissage sous couvert d'un contrat d'une durée de trois ans, il n'apporte aucun élément probant à l'appui de ses allégations. Par ailleurs, il n'est pas contesté que l'intéressé n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident, à tout le moins, ses parents ainsi que l'un de ses enfants, âgé de dix ans. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été au point 4 du présent jugement, duquel il résulte que M. A n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants de nationalité française, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que le comportement de M. A constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, à supposer même qu'il n'existerait aucun risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, il résulte de l'instruction que le préfet de l'Aisne aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif, qui justifie légalement le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire.

12. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 du présent jugement que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français serait illégale en raison de l'illégalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

13. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

14. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

15. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4, 6 et 9 du présent jugement que M. A constitue une menace pour l'ordre public et n'établit ni la durée de sa présence sur le territoire français ni sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de ses enfants de nationalité française. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que le requérant n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet de l'Aisne n'a commis aucune erreur d'appréciation en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J. HarangLa greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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