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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404120

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404120

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404120
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantOTTAVIANI & ALEXANDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, Mme B E, épouse C, représentée par Me Alexandre demande au juge des référés de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté n° DP 060 564 23 T 0004 du 15 juin 2023, par lequel le maire de la commune de Sains-Morainvillers ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. A E portant sur l'ouverture d'un mur avec pose d'un portail et création d'un bateau sur le terrain situé 1 rue de la Morlière sur le territoire de cette commune ;

Elle soutient que :

- l'urgence est établie dès lors que les travaux de démolition du mur ont commencé, qu'ils ne sont pas achevés et qu'ils porteront une atteinte difficilement réparable à l'intégrité d'un lieu historique et à son droit de propriété ;

- l'arrêté contesté méconnaît l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme et est entaché d'erreur de fait dès lors que M. A E ne dispose d'aucune des qualités exigées par les dispositions de cet article pour déposer une déclaration préalable de travaux sur le mur de clôture édifié sur la parcelle C 412 et que le dépôt de cette déclaration, en la qualité de propriétaire dont il s'est prévalu, présente ainsi un caractère frauduleux.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° DP 060 564 23 T 0004 du 15 juin 2023, le maire de la commune de Sains Morainvillers ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par M. A E portant sur l'ouverture d'un mur avec pose d'un portail et création d'un bateau sur le terrain situé 1 rue de la Morlière sur le territoire de cette commune. Estimant que le déclarant avait obtenu cette autorisation par des manœuvres frauduleuses en s'étant indûment présenté comme propriétaire du mur objet de ces travaux, Mme B E, qui soutient elle-même être propriétaire de cet ouvrage, a demandé au maire de Sains Moranvillers, par un courrier du 31 juillet 2024 adressé le même jour à la commune par voie postale, de procéder au retrait de cet arrêté. Par sa requête, Mme E doit être regardée comme demandant au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 15 juin 2023 et de la décision implicite portant rejet de son recours gracieux.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : / a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; / b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; / c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. ". En vertu de l'avant dernier alinéa de l'article R. 431-35 du même code, la déclaration préalable comporte l'attestation du ou des déclarants qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1.

4. Il résulte des dispositions rappelées au point précédent que les déclarations préalables doivent seulement comporter l'attestation du déclarant qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une telle autorisation, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, caractérisée lorsqu'il ressort des pièces du dossier que le déclarant a eu l'intention de tromper l'administration, le déclarant qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Lorsque l'autorité saisie d'une déclaration préalable vient à disposer, au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux, ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le déclarant ne dispose d'aucun droit à la déposer, il lui revient de s'y opposer pour ce motif. Il en est notamment ainsi lorsque l'autorité saisie est informée de ce que le juge judiciaire a remis en cause le droit de propriété sur le fondement duquel le déclarant avait déposé sa déclaration. Enfin, si postérieurement à la délivrance d'une autorisation d'urbanisme, l'administration a connaissance de nouveaux éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de sa décision, elle peut légalement procéder à son retrait sans condition de délai.

5. Il résulte de l'instruction que par un jugement du 27 mars 2023, le tribunal judiciaire de Beauvais a déclaré que M. A E était devenu propriétaire par prescription acquisitive de la bande de terrain située sur la parcelle cadastrée section C n°412 limitée par les constructions bâties sur les parcelles cadastrées section C n°s 400 et 406 et inclusivement par la haie de végétaux parallèle à la bâtisse édifiée sur la parcelle cadastrée section C n°400 et a, en conséquence, désigné un géomètre-expert afin d'établir les documents délimitant la parcelle ainsi constituée. A la suite d'un désaccord entre M. A E et Mme B E exprimé au géomètre-expert lors des opérations de délimitation le 1er août 2023, s'agissant de l'acquisition par usucapion de la partie du mur de clôture sur la voie publique située en bordure immédiate de cette bande de terrain dans le sens de la largeur, le tribunal judiciaire a été saisi par M. E le 23 novembre 2023 d'un recours en interprétation du jugement du 27 mars 2023, qu'il a rejeté le 27 mai 2024 au motif que ledit jugement ne portait pas sur la propriété de cet ouvrage qui n'avait pas été alors expressément revendiquée par l'intéressé, et l'a invité en conséquence à mieux se pourvoir s'il s'y croyait fondé.

6. Compte tenu de ce qui vient d'être dit, il ne résulte pas de l'instruction que, au 15 juin 2023, date de l'arrêté de non-opposition, le maire de Sains-Morainvillers était informé d'une remise en cause, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, du droit de propriété sur le fondement duquel M. E avait déposé sa déclaration. Il ne résulte pas davantage de l'instruction, au regard notamment de la configuration particulière des lieux et des énonciations des jugements du 27 mars 2023 et du 27 mai 2024 du tribunal judiciaire de Beauvais, que le déclarant a eu l'intention de tromper l'administration en se prévalant, serait-ce à tort, de la qualité de propriétaire de cet ouvrage à l'appui de la déclaration à laquelle il n'a pas été fait opposition.

7. Il résulte de ce qui précède que, en l'état de l'instruction, la demande tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 15 juin 2023 et de la décision implicite par laquelle le maire de Sains Morainvillers a refusé de retirer cet arrêté au-delà du délai de trois mois qui lui était imparti pour ce faire, sous réserve de fraude, par l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, est manifestement mal fondée. Par suite, la requête de Mme E doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E.

Fait à Amiens, le 30 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. BINAND

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404120

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