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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404127

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404127

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404127
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHAJI KASEM

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. A B, ressortissant péruvien, qui contestait l'arrêté du 10 octobre 2024 prolongeant son assignation à résidence pour 45 jours. Le requérant invoquait une méconnaissance des articles 2, 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme en raison de l'obstacle à son suivi médical pour le VIH, ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation et un défaut de base légale. Le tribunal a jugé que la prolongation de l'assignation à résidence, fondée sur les articles L. 731-1, L. 732-3 et L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne portait pas atteinte aux droits invoqués et n'était pas entachée d'illégalité. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Haji Kasem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Oise a prolongé pour une nouvelle période de quarante-cinq jours l'assignation à résidence dont il a fait l'objet le 21 juillet 2024 ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser, soit à son conseil qui renonce en ce cas à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 en cas d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, soit à son profit au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle fait obstacle à la poursuite du suivi médical dont il bénéficie dans un établissement hospitalier parisien pour le syndrome de l'immunodéficience acquise qui l'affecte ;

- pour les mêmes raisons, elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- pour les mêmes raisons, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- pour les mêmes raisons, elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est dépourvue de base légale, dès lors que le jugement du tribunal administratif d'Amiens rendu le 5 août 2024, lequel rejette la requête qu'il a introduite contre l'arrêté du 21 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, lui-même illégal, est contesté en appel.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Harang, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant péruvien né le 1er juillet 1995, a fait l'objet, le 21 juillet 2024, d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai. Le jour même, il a été assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelée une fois, pour la même durée, le 2 septembre 2024. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Oise a prolongé cette assignation à résidence pour une nouvelle période de quarante-cinq jours.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 dudit code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. () ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 8 de la même convention : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et, notamment, préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Ces modalités, qui limitent l'exercice de la liberté d'aller et venir de l'étranger, doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'intéressé de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

5. Dans la perspective de son éloignement, la décision attaquée prolonge l'assignation à résidence de M. B dans le département de l'Oise, qu'il ne peut quitter sans autorisation, pour une nouvelle période de quarante-cinq jours et l'astreint à se présenter les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Beauvais afin de faire constater qu'il respecte cette mesure d'assignation. Si l'intéressé fait valoir que cette décision ferait obstacle à la poursuite du suivi médical dont il bénéficie dans un établissement hospitalier parisien pour le syndrome de l'immunodéficience acquise qui l'affecte, il ne verse aucune pièce probante à l'appui de ses allégations. À cet égard, il n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain des sauf-conduits auprès de la préfecture afin d'être autorisé à se présenter à ses rendez-vous médicaux ayant lieu en dehors du département. Dans ces conditions, M. B, qui ne conteste pas sérieusement résider dans le département de l'Oise où il peut au demeurant circuler librement, n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions et stipulations citées aux points 2 et 3 du présent jugement.

6. En second lieu, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait dépourvue de base légale au seul motif que le jugement du tribunal administratif d'Amiens rendu le 5 août 2024, lequel rejette la requête qu'il a introduite contre l'arrêté du 21 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français, lui-même illégal, est contesté en appel.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. En outre, dès lors que l'intéressé ne justifie pas avoir sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de cette aide.

D É C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J. HarangLa greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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