mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2404128 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | WELSCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Welsch, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a modifié les articles 2, 3 et 5 de son arrêté du 2 octobre 2024 prononçant son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et fixant les modalités d'application de cette mesure ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est établi ni que le préfet de l'Aisne aurait été empêché de la signer, ni que le signataire de cette décision bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est insuffisamment motivée en fait ;
- elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne présente aucun risque de fuite ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors les modalités d'application de la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet ne sont pas adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent et sont, au contraire, susceptibles de faire obstacle à l'effectivité de son éloignement dans la mesure où il risque d'être privé de toutes ressources ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle fait obstacle à la poursuite de sa scolarité, de son activité professionnelle et du suivi médical dont il bénéficie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'autorité de chose jugée qui s'attache au dispositif du jugement rendu par le magistrat désigné du tribunal administratif d'Amiens le 21 octobre 2024 ainsi qu'aux motifs qui en sont le support nécessaire fait obstacle à ce que puissent être examinées, dans le cadre de la présente instance, les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A à l'encontre de l'arrêté du 14 octobre 2024 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 15 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 9 octobre 2023 relatif à l'aide au retour et à la réinsertion ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Harang, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Harang, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 1er juin 2004, a fait l'objet, le 17 avril 2024, d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a modifié les articles 2, 3 et 5 de son arrêté du 2 octobre 2024 prononçant son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et fixant les modalités d'application de cette mesure.
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Alain Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature du préfet de l'Aisne en date du 2 juillet 2024 régulièrement publiée le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, cette délégation n'étant pas subordonnée à l'absence ou à l'empêchement du préfet.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, énonce avec une précision suffisante les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde, de sorte que l'intéressé, à sa seule lecture, est mis à même d'en connaître les motifs et, le cas échéant, de les contester utilement.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Aisne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A avant d'adapter les modalités d'application de la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".
6. M. A ne saurait utilement se prévaloir de ces dispositions à l'encontre de la décision attaquée, laquelle se borne à adapter les modalités d'application de la mesure d'assignation à résidence du 2 octobre 2024, dont il n'excipe pas de l'illégalité et qui n'est pas en litige dans le cadre de la présente instance.
7. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Aux termes de l'article L. 733-2 dudit code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / Lorsque () son comportement constitue une menace pour l'ordre public, la durée de cette plage horaire peut être portée à dix heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et, notamment, préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Ces modalités, qui limitent l'exercice de la liberté d'aller et venir de l'étranger, doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'intéressé de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.
10. Dans la perspective de son éloignement, le préfet de l'Aisne a, par un arrêté du 2 octobre 2024, assigné M. A à résidence dans l'arrondissement de Château-Thierry pour une durée de quarante-cinq jours, l'a obligé à demeurer à son domicile chaque jour de 9 heures à 11 heures et l'a astreint à se présenter tous les jours, à 14 heures et 17 heures, au commissariat de police de Château-Thierry afin de faire constater qu'il respecte cette mesure d'assignation. Par la décision attaquée, l'autorité administrative a adapté les modalités d'application de cette mesure en augmentant de deux heures la plage horaire durant laquelle il doit demeurer à son domicile, soit entre 8 heures et 12 heures, en réduisant la fréquence de sa présentation aux services de police à une seule présentation quotidienne, à 15 heures, et en l'autorisant à quitter ponctuellement le périmètre dans lequel il lui est permis de circuler dans le seul but de se rendre à l'établissement public de santé mentale départemental de l'Aisne, situé à Prémontré, dans le cadre de son suivi thérapeutique. D'une part, si M. A soutient que l'interdiction qui lui faite de se déplacer en dehors du périmètre de l'arrondissement de Château-Thierry serait imprécise, une telle interdiction trouve son unique source dans l'arrêté du 2 octobre 2024, lequel n'est pas en litige dans le cadre de la présente instance. En tout état de cause, les limites territoriales de cet arrondissement ont été fixées, en dernier lieu et conformément aux dispositions de l'article L. 3113-1 du code général des collectivités territoriales, par un arrêté du préfet de la région Hauts-de-France du 20 décembre 2016, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de l'État en Hauts-de-France. D'autre part, si le requérant fait valoir que les modalités d'application de la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet sont incompatibles avec la formation en alternance qu'il suit en vue d'obtenir le brevet de technicien supérieur en comptabilité-gestion, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a vocation à quitter le territoire français à bref délai et qu'il constitue une menace pour l'ordre public dans la mesure où il a été placé en garde à vue à deux reprises, en 2021 et 2023, pour des faits d'exhibition sexuelle dont il ne conteste pas la matérialité. Enfin, il n'est pas établi que ces modalités seraient susceptibles de le priver de toutes ressources et de faire ainsi obstacle à son éloignement effectif, alors au demeurant qu'il lui est loisible de solliciter une aide au retour dans les conditions prévues par l'arrêté du 9 octobre 2023 relatif à l'aide au retour et à la réinsertion. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que cette décision a notamment pour objet de lui permettre de poursuivre la thérapie psychiatrique dont il a besoin, il n'est pas davantage fondé à soutenir qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'exception de chose jugée opposée en défense par le préfet de l'Aisne, que la requête de M. A, qu'il y a lieu d'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
signé
J. HarangLa greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026