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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404181

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404181

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404181
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Tourbier, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 4 septembre 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le refus de délivrance d'un titre de séjour fait obstacle à sa reprise d'une activité professionnelle et donc à toute possibilité d'améliorer sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses trois enfants ;

- les moyens tirés de ce que cette décision est prise sur une procédure irrégulière, à défaut de saisine de la commission du titre de séjour requise en vertu de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'elle est entachée d'une insuffisance de motivation, qu'elle repose sur des faits inexacts, qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant de la menace que son comportement présenterait pour l'ordre public, qu'elle méconnaît l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache au jugement n°2203983 du 25 mai 2023, qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant sont propres, en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité de celle-ci.

Vu :

- la requête en annulation enregistrée le 23 octobre 2024 sous le n° 2404201 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle le 23 octobre 2024.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 13 février 1982, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 4 septembre 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. En premier lieu, eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 et d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

4. En second lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. En l'espèce, il est constant que, par un arrêté du 22 novembre 2019, le préfet de la Somme a retiré le titre de séjour qui avait été délivré à M. B en raison de ses attaches familiales présentes en France et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement du 25 mai 2023 le tribunal a annulé l'arrêté du 23 novembre 2022, par lequel le préfet de la Somme lui a de nouveau fait obligation de quitter le territoire français et a enjoint à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de l'intéressé. Ainsi, l'arrêté du 4 septembre 2024, dont la suspension de l'exécution est demandée, n'a ni pour objet ni pour effet de refuser de renouveler ou de retirer un titre de séjour à M. B. La circonstance, avancée par le requérant, que le refus opposé à sa demande de titre de séjour fait obstacle à la possibilité de reprendre une activité professionnelle n'est pas suffisante à caractériser la nécessité de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente de la décision juridictionnelle qui statuera sur son recours au fond, alors qu'il ne fait état d'aucune opportunité professionnelle qui serait compromise par ce refus à la date de sa requête et qu'il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier la gravité des incidences immédiates emportées par ce refus tant sur sa situation financière que sur la poursuite des visites médiatisées auprès de ses trois enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance depuis le mois de décembre 2022, en raison d'un contexte familial très conflictuel et non de son état d'impécuniosité. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas que le refus opposé à sa demande de délivrance d'un titre de séjour par le préfet de la Somme caractérise une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

6. Il résulte ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative citées au point 2 et de rejeter les conclusions de la requête de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 de ce code, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du même code et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B et à Me Tourbier.

Fait à Amiens, le 25 octobre 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. Binand

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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