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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404319

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404319

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404319
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantHASSANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 octobre 2024, M. A B, représenté par

Me Hassani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'ordonner sa remise en liberté immédiate ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence en l'absence de délégation de signature consentie par la préfète de l'Oise à son signataire ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé en fait ;

- le refus de titre de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été pris en méconnaissance de l'article 7bis de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 ;

- ces deux décisions ainsi que celle d'interdiction de retour sur le territoire français ont été prises en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant en méconnaissance des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le parent d'un enfant français mineur résidant en France ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français ainsi que le dispose l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance du 7 novembre 2024, enregistrée le 12 novembre 2024 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Lille le 31 octobre 2024, transmise par une ordonnance du 7 novembre 2024 du président du tribunal administratif de Lille en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Amiens sous le n°2404409, et ayant fait l'objet d'une radiation des registres du greffe comme doublon pour être été jointe aux écritures de la présente instance par une ordonnance du 26 novembre 2024, M. A B, représenté par Me Hassani, conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures par les mêmes moyens

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2024, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Lapaquette, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 31 mai 1973, déclare être entré sur le territoire français en 2001. L'intéressé s'est vu délivrer des certificats de résidence d'une durée de dix ans en 2001 puis en 2011 en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il a demandé un titre de séjour d'une durée de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 29 décembre 1968 en qualité de conjoint d'une ressortissante française et parent d'enfant français le 11 mai 2023. Par un arrêté du 5 juillet 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'arrêté attaqué en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour est suffisamment motivé dès lors qu'il mentionne l'article 7bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, applicables à l'examen de la demande de titre de séjour du requérant, et que la présence en France de M. B constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il est très défavorablement des forces de police pour des faits de violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours et d'escroquerie en 2016, de vol de véhicule motorisé à deux roues en 2020, de circulation sans assurance sous l'empire d'un état alcoolique d'au moins 0,8 grammes d'alcool par litre de sang en 2021, de détention de marchandises contrefaites et de violence sans incapacité sur conjoint en 2023 et qu'il a été condamné à une suspension de permis de conduire pendant quatre mois en 2008, à six mois d'emprisonnement pour conduite sans permis et sans assurance en 2016, à une interdiction de diriger une entreprise pendant cinq ans en 2020 et à une suspension de permis de conduire pendant cinq mois pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique et sans assurance en 2021.

4. Premièrement, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

5. A cet égard, la préfète de l'Oise a indiqué au visa du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dès lors que la délivrance d'un titre de séjour lui a été refusée, M. B pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. La préfète de l'Oise a également, au regard des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, exposé l'ensemble des éléments de la situation personnelle et familiale de l'intéressé. M. B n'est, par suite, pas fondé à soutenir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée.

6. Deuxièmement, en vertu de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision d'interdiction de retour, distincte de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être motivée. Aux termes de l'article

L. 612-6 du même code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

8. La mesure d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée se fonde sur le séjour en France de M. B depuis 2001, de ce que s'il y dispose d'attaches familiales, sa présence à leurs côtés n'est pas indispensable et de ce qu'il ne justifie pas d'une intégration notable dans la société française. La préfète de l'Oise a également relevé que s'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, sa présence en France est toutefois susceptible de menacer l'ordre public compte tenu des faits exposés au point 3 du présent jugement. Par suite, la préfète de l'Oise a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre du requérant.

9. Compte tenu de ce qui vient d'être exposé aux points 3 à 8, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées et évoquées ci-dessus, lesquelles comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées et n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances propres à la situation de M. B, doit être écarté.

10. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / Il est statué sur leur demande en tenant compte des moyens d'existence dont ils peuvent faire état, parmi lesquels les conditions de leur activité professionnelle et, le cas échéant, des justifications qu'ils peuvent invoquer à l'appui de leur demande. / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article ; () g) Au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français résidant en France, à la condition qu'il exerce, même partiellement, l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins, à l'échéance de son certificat de résidence d'un an ; () "

11. Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la première délivrance du certificat de résidence de dix ans lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.

12 D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir été titulaire de certificats de résidence pour une durée de dix ans sur le fondement de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien en 2001 puis en 2011, M. B s'est abstenu d'en solliciter le renouvellement en 2021 et n'en a demandé la délivrance que le 11 mai 2023. S'il se prévaut également de la circonstance qu'il est marié depuis 1999 avec une ressortissante française avec laquelle il vit en France depuis 2001 et que de cette union sont nés trois enfants, dont deux sont majeurs et le dernier mineur, tous de nationalité française, il n'établit pas l'intensité des liens avec les membres de sa famille en se bornant à produire, outre leurs documents d'identité, un courrier de son épouse attestant seulement qu'il réside avec elle. Il est par ailleurs constant que M. B dispose d'attaches familiales en Algérie, pays dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans et où réside sa sœur. Compte tenu du caractère récent et répété des infractions commises par le requérant exposées au point 3 du présent jugement et de leur nature ainsi que des condamnations pénales prononcées pour plusieurs d'entre elles, c'est sans entacher ses décisions d'erreur d'appréciation que la préfète de l'Oise a, alors même que les faits de violences intrafamiliales ne seraient pas avérés, considéré que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce, la préfète de l'Oise n'a pas davantage porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel ont été prises les décisions de refus de titre de séjour, d'obligation de quitter le territoire français et d'interdiction de retour sur le territoire français. La préfète n'a pas non plus commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle du requérant

14. En quatrième lieu, dès lors que la présence en France de M. B constitue une menace pour l'ordre public et en l'absence de justification de l'intensité des liens entre l'intéressé et son enfant mineur ainsi qu'il a été précédemment exposé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le requérant ne peut en outre utilement soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 9 de la même convention dont les stipulations créent seulement des obligations entre Etats.

15. En dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ses conclusions en annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne permettant pas de prendre une telle mesure à l'égard du père ou de la mère d'un enfant français mineur résidant en France, dès lors que ces dispositions n'étaient plus en vigueur et n'ont été remplacées par aucune autre applicables à la date de la décision attaquée.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions en injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 2 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

Le rapporteur,

signé

A. Lapaquette

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2404319

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