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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404646

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404646

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404646
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPORCHER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 novembre 2024 et 10 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Porcher, avocat commis d'office, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'application de cette mesure ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas établi que le signataire de cette décision bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée en fait ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il réside sur le territoire français avec son épouse de nationalité française et l'enfant de celle-ci et qu'il a déposé une demande de certificat de résidence auprès des services de la préfecture de l'Oise le 25 novembre 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne comporte l'énoncé d'aucun moyen et d'aucune conclusion ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Harang, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 921-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Harang, magistrat désigné,

- et les observations de Me Porcher, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 26 août 1985, a fait l'objet, le 18 octobre 2023, d'une décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'application de cette mesure.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C D, directrice de cabinet de la préfète de l'Oise, laquelle disposait pour ce faire, dans le cadre de la permanence qu'elle a été amenée à assurer, d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 1er juillet 2024 régulièrement publiée le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. A, énonce avec une précision suffisante les circonstances de fait sur lesquelles elle se fonde, de sorte que l'intéressé, à sa seule lecture, est mis à même d'en connaître les motifs et, le cas échéant, de les contester utilement.

4. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / () ". Aux termes de l'article L. 733-1 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". Aux termes de l'article L. 733-2 dudit code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. Ces modalités, qui limitent l'exercice de la liberté d'aller et venir de l'étranger, doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'intéressé de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

7. Dans la perspective de son éloignement, la décision attaquée assigne M. A à résidence dans le département de l'Oise, qu'il ne peut quitter sans autorisation, pour une durée de quarante-cinq jours, l'oblige à demeurer à son domicile chaque jour de 5 heures 30 à 7 heures 30 et l'astreint à se présenter les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Beauvais afin de faire constater qu'il respecte cette mesure d'assignation. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas privé de la possibilité de poursuivre sa vie privée et familiale avec son épouse de nationalité française et l'enfant de celle-ci dans la mesure où ils résident également à son domicile. D'autre part, la circonstance qu'il a déposé une demande de certificat de résidence auprès des services de la préfecture de l'Oise le 25 novembre 2024 est dépourvue de toute incidence sur la légalité de la décision en litige. Dans ces conditions, M. A n'établit pas que cette décision méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, la requête de M. A doit être rejetée, y compris, en tout état de cause, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

J. HarangLa greffière,

Signé :

N. Wrobel

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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