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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404683

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404683

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404683
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBIDAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 et 16 décembre 2024, la société française du radiotéléphone (SFR) représentée par Me Bidault demande au juge des référés :

1°) de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Soissons s'est opposé à la déclaration préalable de travaux n° DP 02722 24X0229 déposée le 9 août 2024 pour l'implantation d'un pylône pour relais de téléphonie mobile, d'armoires techniques et d'une clôture au 79 route de Chevreux à Soissons ;

2°) d'enjoindre à la commune de Soissons de lui délivrer une décision de non-opposition à déclaration préalable dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Soissons une somme de 4 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie au regard de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres des opérateurs qui ont pris des engagements à ce titre envers l'Etat ; en l'espèce, la couverture par son réseau " 4G " est insuffisante par rapport à son objectif de couverture du territoire métropolitain imposé par son cahier des charges ; les cartes produites au dossier établissent que la station de téléphonie mobile en cause desservira un territoire dont la société SFR n'assure pas suffisamment la qualité de couverture ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle se borne à reproduire l'avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France et à rappeler des dispositions du plan local d'urbanisme ;

- le projet de construction n'est pas soumis à l'accord ni même à l'avis de l'architecte des bâtiments de France prévu à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine dès lors qu'il n'est pas situé sur le périmètre d'un site remarquable et qu'il ne s'agit pas d'un bâtiment ;

- c'est à tort que le maire de Soissons s'est approprié l'appréciation portée par l'architecte des bâtiments de France tendant à privilégier l'installation d'antennes dissimulées sur des toits d'immeubles hauts qui sont inappropriées dès lors que le site ne présente aucun intérêt particulier ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors d'une part, que la règle de hauteur autorisée dans la zone des cônes de protection visuelle, prévue par le chapitre 2, partie 1, paragraphe 5 du règlement de la zone UT du plan local d'urbanisme n'est pas applicable aux pylônes et d'autre part, que le projet n'est pas implanté dans la zone du cône de protection visuelle C12.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 décembre 2024, la commune de Soissons, représentée par Me Leherissey, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société SFR d'une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête ne satisfait ni à la condition d'urgence ni à celle de doute sérieux prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Vu :

- la requête enregistrée le 30 octobre 2024 sous le n°2404274 ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 16 décembre 2024 à 10h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Grare, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- les observations de Me de Saint Basile, représentant la société SFR, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et arguments en les développant oralement en insistant particulièrement sur ce que, s'agissant de l'urgence, l'insuffisance de couverture par les services 4G n'est pas démentie par les cartes produites en défense qui sont insuffisamment probantes, et s'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision, sur ce que le projet ne se situe pas dans le cône de protection visuelle au vu des références cadastrales indiquées au règlement du plan local d'urbanisme et que les différentes dispositions du règlement du plan local d'urbanisme applicables en zone UTPM ne sont applicables qu'aux bâtiments et non aux pylônes ;

- et les observations de Me Leherissey, représentant la commune de Soissons, qui conclut aux mêmes fins en insistant particulièrement sur ce que la hauteur du pylône méconnait les dispositions relatives aux constructions de toute nature, et non aux seuls bâtiments, situées dans le cône de protection visuelle C 12 qui est bien applicable à l'emprise du projet conformément aux documents graphiques du plan local d'urbanisme, ainsi que les règles générales limitant la hauteur des constructions en zone UTPM.

En application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été différée au 18 décembre 2024 à 12H00.

Par un mémoire enregistré le 18 décembre 2024 à 10h24 la commune de Soissons fait valoir, en produisant différents documents, que la parcelle d'assiette du projet qui a été renumérotée AX0329 est comprise dans le cône de visibilité C 12 défini au plan local d'urbanisme et que hauteur du pylône excède la hauteur maximale des constructions autorisée figurant au règlement graphique de la zone UTPM.

Par un mémoire enregistré le 18 décembre 2025 à 11h 53 la société SFR conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que ceux déjà exposés.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L.521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

2. La société française du radiotéléphone (SFR) a déposé le 9 août 2024 un dossier de déclaration préalable, enregistré sous le n° DP 02722 24 X0229, ayant pour objet l'implantation d'un pylône pour relais de téléphonie mobile d'une hauteur de 26 mètres, d'armoires techniques et d'une clôture, situés au 79 route de Chevreux à Soissons. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Soissons s'est opposé à ce projet.

Sur l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. En l'espèce, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile, aux intérêts propres de la société SFR résultant notamment des engagements de couverture du territoire qui lui ont été imposées par l'Etat et à la circonstance, qui résulte des documents soumis au débat contradictoire, que la partie du territoire de la commune de Soissons sur laquelle le projet en litige doit être implanté n'est pas suffisamment couverte par le réseau de téléphonie mobile " 4G " de la société SFR, cette dernière justifie de l'urgence qui s'attache à ce que l'exécution de la décision d'opposition du maire de Soissons soit suspendue, sans attendre le jugement de la requête à fin d'annulation dirigée à son encontre. Aussi, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.

Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

5. Aux termes des dispositions du point 5.2 du 1/ du chapitre 2 du règlement de la zone UT du plan local d'urbanisme sur le territoire de laquelle le projet en cause est situé : " Respect des cônes de vues : Dans toute la zone, à l'intérieur des cônes de protection visuelle portés sur les plans de zonage, des hauteurs sont prescrites afin de préserver les vues ainsi dégagées et s'imposent si elles sont inférieures à la hauteur autorisée dans la zone. Ces hauteurs limites sont mesurées à partir du sol existant jusqu'au sommet du bâtiment, ouvrages techniques, machineries d'ascenseur, cheminées et autres superstructures inclues. / CONE C12 : Du palier B1B2 au palier A1 : de 1,60 m à 10 mètres suivant une progression croissante régulière ". En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que le maire de Soissons ne pouvait se fonder sur la méconnaissance de la hauteur maximale prévue par ces dispositions pour s'opposer au projet au motif que ce dernier comporte un pylône de 26 mètres qui ne constitue ni n'est implanté sur un bâtiment, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.

6. La commune de Soissons fait valoir à l'audience, ce qu'elle réitère dans ses écritures postérieures, qu'elle était fondée à s'opposer à la déclaration de travaux déposée par la société SFR au motif que le projet, compte tenu de la hauteur du pylône qu'il prévoit, excède en tout état de cause la hauteur maximale autorisée par les dispositions combinées du point 5.1 du 1/ du chapitre 2 du règlement de la zone UT du plan local d'urbanisme de la commune et du règlement graphique de la zone UTPM, fixée, selon elle, à 10 mètres sur la parcelle d'assiette et ce quelle que soit la nature de la construction. Toutefois, il ne ressort pas à l'évidence des données de l'affaire, en l'état de l'instruction, que ce motif serait susceptible de fonder légalement la décision d'opposition litigieuse, dès lors que le point 5 du 1/ du chapitre 2 du règlement de la zone définit la mesure de la hauteur maximale des constructions, réglementée par les dispositions qui y figurent, seulement par référence au faitage ou à l'égout du toit, éléments dont le pylône en cause est dépourvu, et en excluant en outre expressément de cette mesure les cheminées et ouvrages techniques. Par suite, compte tenu de la rédaction insuffisamment précise des dispositions invoquées par la commune de Soissons, il n'y a pas lieu pour le juge des référés de procéder à la substitution de ce motif pour apprécier s'il y a lieu d'ordonner la suspension demandée.

7. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 18 septembre 2024 du maire de la commune de Soissons jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa légalité. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la société SFR n'est propre, en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté litigieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision suspendue interdiraient que la demande de suspension puisse être accueillie pour un motif que la commune n'a pas relevé ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Soissons de prendre, à titre provisoire, une décision de non-opposition dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que la commune de Soissons demande sur leur fondement soit mise à la charge de la société SFR qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Soissons la somme que la société SFR demande sur le fondement des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : l'arrêté du 18 septembre 2024 par lequel le maire de la commune de Soissons s'est opposé à la déclaration préalable de travaux n° DP 02722 24X0229 est suspendu.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Soissons de prendre, à titre provisoire, un arrêté de non-opposition, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société SFR et par la commune de Soissons sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société française du radiotéléphone à la commune de Soissons.

Fait à Amiens, le 6 février 2025.

Le juge des référés, La greffière,

Signé : Signé :

C. Binand S. Grare

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne, en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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