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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404714

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404714

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSOUBEIGA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a rejeté la requête de Mme A, ressortissante haïtienne, qui contestait l’arrêté du préfet de la Somme refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l’obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la décision était signée par une autorité compétente et que les échecs répétés de l’intéressée en première année de licence, sans justification médicale probante, ne démontraient pas le caractère réel et sérieux de ses études au sens de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme a également été écarté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 3 décembre 2024 et le 17 février 2025, Mme B A, représentée par Me Soubeiga, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de la munir d'un récépissé ;

3°) de condamner de l'Etat à lui verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que ses études présentent un caractère réel et sérieux ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2025, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 18 février 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, conseiller,

- et les observations de Me Woimant, substituant Me Soubeiga, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante haïtienne née le 24 août 1997, est entrée sur le territoire français le 11 octobre 2020 munie d'un visa portant la mention " étudiant " valable du 1er octobre 2020 au 1er octobre 2021 puis a obtenu une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " étudiant " valable du 27 novembre 2021 au 26 novembre 2024. Le 18 septembre 2024, l'intéressée a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 4 novembre 2024, dont la requérante demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé Haïti comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature du préfet en date du 15 janvier 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", d'apprécier si le demandeur peut être regardé comme poursuivant effectivement ses études. Le renouvellement de ce titre de séjour est ainsi subordonné au caractère réel et sérieux, ainsi qu'à la progression des études poursuivies.

4. Il ressort des pièces du dossier que, après avoir poursuivi une première année en BTS diététique, Mme A a été ajournée à trois reprises au terme de sa première année de licence en philosophie à l'Université de Picardie avec des moyennes générales de 7,1/20 au titre de l'année scolaire 2021/2022, de 7,9/20 au titre de l'année scolaire 2022/2023 et de 8,6/20 au titre de l'année scolaire 2023/2024. L'intéressée n'a ainsi pas validé sa première année d'études au cours de ses quatre premières années de présence en France. Si la requérante se prévaut de son état de santé, il ne ressort toutefois pas des pièces versées au dossier que ses problèmes de santé, liés à un kyste en 2022 et à une entorse à un genou au mois de décembre 2023, seraient de nature à justifier, à eux seuls, ses échecs successifs. En outre, si Mme A soutient avoir subi une dépression nerveuse ayant eu un impact sur le suivi de ses études depuis la crise du covid, l'intéressée n'apporte toutefois, en se bornant à produire une attestation de suivi paramédical auprès de l'infirmière du service de santé étudiant du 21 février au 14 septembre 2022, aucun élément probant et circonstancié de nature à établir ses allégations. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Somme aurait méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que ses études ne présentaient pas un caractère réel et sérieux.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la situation que connaît Haïti se caractérise par un climat de violence généralisée, se traduisant notamment par des affrontements opposant des groupes criminels armés entre eux, et ces groupes à la police haïtienne, et que cette violence atteint, à Port-au-Prince ainsi que, notamment, dans le département de l'Ouest, un niveau d'une intensité exceptionnelle, entraînant un grand nombre de victimes civiles. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que son éloignement vers Haïti l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à soutenir que la décision fixant Haïti comme pays de renvoi doit être annulée. Le surplus des conclusions de la requête doit être rejeté, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : L'arrêté du 4 novembre 2024 du préfet de la Somme est annulé en tant seulement qu'il fixe Haïti comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Demurger, présidente,

- M. Truy, premier conseiller honoraire,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

La présidente,

Signé

F. Demurger

La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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