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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2404756

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2404756

mardi 24 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2404756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDOGAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 3 décembre 2024, le président du tribunal administratif de Lille a transmis au tribunal administratif d'Amiens le dossier de la requête de M. B A.

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 29 novembre et

24 décembre 2024, M. A, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Aisne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu consacré par le droit de l'Union européenne ;

- cet arrêté est dénué de base légale dès lors que la notification au 22 avril 2024 de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français du 21 avril 2022 n'est pas établie et que cet arrêté, pris plus d'un an avant l'arrêté attaqué, ne pouvait en constituer le fondement légal ;

- cet arrêté est disproportionné et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 décembre 2024, la préfète de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Richard pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les observations de Me Dogan, assistant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant turc né le 11 février 1976, déclare être entré sur le territoire français en 2012. Il a fait l'objet d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours le 21 avril 2022. A la suite d'un contrôle de police du 25 novembre 2024 et par un arrêté du lendemain, la préfète de l'Aisne l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 de ce code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

3. D'une part, si une décision d'assignation à résidence prise en application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et, notamment, préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même. D'autre part, les mesures contraignantes prises par la préfète sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

4. L'arrêté attaqué assigne à résidence M. A au sein du dispositif de préparation au retour de Laon de 14 heures à 17 heures, lui fait obligation de se présenter au commissariat de police de la ville tous les jours à 10 heures, et lui interdit de quitter l'arrondissement de Laon, pour une durée de 45 jours. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déclaré aux services de police, lors de son audition du 26 novembre 2024, résider à Denain, dans le département du Nord. Par ailleurs, il établit cette résidence par les pièces qu'il produit et notamment par les factures d'électricité à ses nom et adresse antérieures à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, en assignant à résidence l'intéressé au sein du dispositif de préparation au retour de Laon, la préfète de l'Aisne a pris une mesure qui n'est ni adaptée, ni proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit.

5. En conséquence, et dès lors que l'illégalité constatée n'affecte pas la simple étendue du périmètre d'assignation mais la décision fixant le lieu même de cette dernière qui n'est pas divisible du reste de l'arrêté, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens qu'il présente à l'appui de ses conclusions.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 novembre 2024 est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

J. RichardLa greffière,

Signé :

S. Grare

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2404756

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