mercredi 4 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2404771 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | DAVID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 6 décembre 2024 et
21 janvier 2025, Mme C B, représentée par Me David, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 octobre 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Angola comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 400 euros à verser à son avocat,
Me David, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de titre de séjour :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée consentie par la préfète à son signataire ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur un refus de titre de séjour lui-même illégal ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée consentie par la préfète à son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée, notamment en l'absence d'indication de la situation dans laquelle elle se trouve pour faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- son droit d'être entendu faisant partie intégrante du respect des droits de la défense a été méconnu, en méconnaissance des articles 41 et 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- - la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée consentie par le préfet à son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
- elle est illégale dès lors qu'elle se fonde sur un refus de titre de séjour et une obligation de quitter le territoire français illégaux ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée consentie par la préfète à son signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à sa durée dès lors que sa présence en France n'est pas récente, que l'ancienneté et l'intensité de ses liens avec la France est établie, que les mesures d'éloignement prises à son encontre datent de plus de trois ans et n'ont pas été renouvelées et qu'elle ne constitue pas une menace grave pour l'ordre public ;
- l'annulation de cette décision implique l'effacement de son signalement au système d'information Schengen.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2025, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du
18 décembre 2024.
Par ordonnance du 23 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
12 février 2025 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Lapaquette, rapporteur.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C B, ressortissante angolaise, née le 24 novembre 1967, déclare être entrée en France le 15 août 2018. Elle a présenté, le 24 septembre 2024, une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 octobre 2024, dont elle demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé l'Angola comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise, qui constitue une publication adéquate compte tenu de la nature de cet acte, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont seraient entachées les décisions attaquées doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'arrêté attaqué en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour est suffisamment motivé dès lors qu'il mentionne l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à l'examen de la demande de titre de séjour de la requérante, et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle de l'intéressée que le préfet a pris en considération pour rejeter celle-ci, sans être tenu de mentionner l'ensemble de ces éléments.
4. Premièrement, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
5. A cet égard, la préfète de l'Oise a indiqué, au visa du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, dès lors que la délivrance d'un titre de séjour lui ayant été refusée, Mme B pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français.
6. Deuxièmement, la préfète de l'Oise, après avoir fait mention des articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, a précisé que Mme B, déboutée de sa demande d'asile, serait reconduite, en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet, vers le pays dont elle a la nationalité dès lors qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Angola.
7. Troisièmement, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
8. Il ressort des termes mêmes des dispositions citées au point précédent que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
9. La mesure d'interdiction de retour sur le territoire français attaquée se fonde sur la présence en France de Mme B depuis 2018, de ce qu'elle y dispose d'attaches familiales auprès desquelles sa présence n'est pas indispensable, de ce que ses liens avec la France ne sont pas particulièrement anciens, intenses et stables, de ce qu'elle a fait l'objet de mesures d'éloignement le 22 mars 2021 et le 12 juillet 2021 à l'exécution desquelles elle s'est soustraite et de ce que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète de l'Oise a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans à l'encontre de la requérante.
10. Compte tenu de ce qui vient d'être exposé aux points 3 à 9, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées, lesquelles comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles sont fondées et n'avaient pas à mentionner l'ensemble des circonstances propres à la situation de Mme B, doit être écarté comme manquant en fait.
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
12. Mme B soutient qu'elle séjourne en France depuis 2018 où vit son fils, de nationalité française, et qu'elle y réside avec sa fille, âgée de 20 ans à la date de la décision attaquée, ainsi qu'avec sa petite-fille scolarisée en classe de cinquième dont elle s'occupe et qui l'ont accompagnée lors de son départ de l'Angola, pays qu'elles ont dû fuir en raison de l'insécurité y régnant et dans lequel elles n'ont plus aucune attache. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en 2021 auxquelles elle n'a pas déféré, qu'elle a vécu en Angola jusqu'à l'âge de 41 ans, que sa fille séjourne elle aussi irrégulièrement sur le territoire français sur lequel elle n'est entrée qu'à l'âge de 14 ans. Il ressort en outre des pièces du dossier que la tutelle de sa petite-fille a été confiée à l'Etat, alors même que la requérante ne l'héberge qu'en tant que tiers bénévole sous le contrôle des services de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Oise. Il est outre constant que la mère de sa petite-fille qui avait été portée disparue a été retrouvée en mai 2018. Elle n'établit en outre pas qu'elle ne pourrait vivre dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant le titre de séjour demandé, la préfète de l'Oise aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. En second lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point précédent, et alors que la requérante se borne à se prévaloir, sans d'ailleurs les établir, d'un parcours d'intégration particulièrement réussi et de l'intensité de ses liens amicaux en France, que le refus de titre de séjour opposé à la requérante n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Aux termes de l'article 47 de la même charte : " Toute personne dont les droits et libertés garantis par le droit de l'Union ont été violés a droit à un recours effectif devant un tribunal dans le respect des conditions prévues au présent article. / Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable par un tribunal indépendant et impartial, établi préalablement par la loi. Toute personne a la possibilité de se faire conseiller, défendre et représenter. () ".
15. D'une part, Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne à l'encontre de la décision attaquée, dès lors que ces dispositions concernent le droit d'être entendu par un tribunal.
16. D'autre part, le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. Lorsqu'il demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est appelé à préciser les motifs qui, selon lui, sont susceptibles de justifier que lui soit accordé un droit au séjour en France en produisant, à l'appui de sa demande, tous éléments susceptibles de venir à son soutien. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir, auprès de l'administration, toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux ou de demander, auprès de l'autorité préfectorale, un entretien afin d'apporter oralement les précisions et compléments d'information jugés utiles.
17. En l'espèce, Mme B, qui ne pouvait ignorer qu'elle pourrait faire l'objet d'une mesure d'éloignement en cas de rejet de sa demande de titre de séjour, n'établit pas avoir sollicité, sans succès, un entretien avec les services préfectoraux, ni avoir été empêchée d'apporter à l'autorité préfectorale les éléments utiles à l'examen de sa situation avant que ne soit prise la mesure d'éloignement en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du d'être entendu doit être écarté.
18. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de Mme B, au vu des éléments que l'intéressée avait portés à sa connaissance, avant de prendre l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
19. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la scolarité de la fille ou de la petite-fille de la requérante ne pourrait se poursuivre normalement en cas de retour dans leur pays d'origine. La circonstance que la tutelle de la petite-fille de la requérante ait été confiée à l'Etat ne s'oppose pas en elle-même à ce que sa grand-mère présente une demande à l'autorité judiciaire tendant à ce qu'elle puisse l'accompagner dans son pays d'origine, l'enfant demeurant à défaut confiée aux services de l'aide sociale et scolarisée en France si tel est son intérêt. Dans ces conditions et compte tenu de ce qui a été exposé aux points 12 et 13 du présent jugement, l'obligation faite à Mme B de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
20. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
21. En se bornant à faire valoir qu'en cas de retour en Angola, où elle soutient, sans au demeurant fournir davantage de précisions ni apporter aucun élément probant à l'appui de ses allégations, craindre pour sa sécurité et son intégrité physique, et être ainsi exposée à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, la requérante n'établit pas, alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile a été rejetée, que la préfète de l'Oise aurait méconnu les dispositions et stipulations précitées en fixant l'Angola comme pays de destination.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :
22. Compte tenu de l'ensemble de ce qui a été précédemment exposé, la préfète de l'Oise n'a pas, en se fondant sur les motifs cités au point 9 du présent jugement, pour prescrire à l'encontre de Mme B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, entaché cette décision d'erreur d'appréciation.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décisions :
23. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que les moyens tirés de ce que certaines des décisions attaquées seraient illégales à raison des illégalités entachant les décisions antécédentes résultant du même arrêté et sur lesquelles elles se fondent doivent être écartés.
24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de
Mme B doivent être rejetées, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de l'Oise et à Me David.
Délibéré après l'audience du 21 mai 2025, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- M. Lapaquette, premier conseiller,
- M. Harang, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2025.
Le rapporteur,
signé
A. Lapaquette
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2404771
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026