mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2404982 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | THIEFFRY EVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des pièces et un mémoire complémentaires enregistrés les 20 et 30 décembre 2024, M. A D, représenté par Me Thieffry, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente faute de délégation de signature régulière ;
- l'arrêté attaqué a été au terme d'une procédure irrégulière, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour prévue par les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions prévues par les stipulations du g de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien pour la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans en qualité de parent d'enfant français ;
- son droit d'être entendu, tel qu'il est reconnu notamment par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, a été méconnu ;
- la décision est insuffisamment motivée en fait dès lors qu'elle n'évoque pas l'intérêt supérieur de ses enfants tenant à son maintien sur le territoire français ;
- le préfet de la Somme a commis une erreur de droit en fondant la mesure d'éloignement sur les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'à la suite de sa demande du 15 mai 2018 de renouvellement de son certificat de résidence algérien valable du 5 juillet 2017 au 4 juillet 2018 il résidait régulièrement sur le territoire français ou, à titre subsidiaire, faisait l'objet d'un refus de renouvellement de titre de séjour dont seule les dispositions du 3° du même article pouvait fonder la décision attaquée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale avant de prendre la mesure d'éloignement attaquée, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment en vérifiant son droit à la délivrance d'un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans en qualité de parent d'enfant français ;
- il remplit les conditions pour se voir délivrer de plein droit une carte de résident algérien d'une durée de dix ans en qualité de parent d'enfant français nonobstant les infractions qu'il a commises, ce qui s'oppose à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français ;
- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet de la Somme a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il constitue une menace pour l'ordre public ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision a été prise par une autorité incompétente faute de délégation de signature régulièrement publiée ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des 3° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès qu'il a présenté une demande de renouvellement de son titre de séjour, qu'il présente des garanties de représentation en étant incarcéré et en présentant un passeport et qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- la décision a été prise par une autorité incompétente faute de délégation de signature régulièrement publiée ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision a été prise par une autorité incompétente faute de délégation de signature régulièrement publiée ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'édiction de la décision attaquée ;
- décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnait les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Le préfet de la Somme a produit des pièces le 30 décembre 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5, L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné,
- et les observations de Me Thieffry, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant en outre en particulier que le défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé est révélé par de nombreuses erreurs de fait tenant à ce que le préfet a considéré que sa demande d'asile a été rejetée alors qu'il l'a abandonnée, qu'il est dépourvu de titre de séjour alors que c'est le préfet qui lui en a refusé la délivrance, qu'il est dépourvu d'un document transfrontalier alors qu'il dispose d'un passeport et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non-exécutée alors qu'elle a été annulée par le tribunal administratif de Lille, et en précisant qu'est abandonné le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales des parties à l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 5 mai 1994, déclare être entré en France au cours du mois de juin 2014. Il a été muni d'un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 5 juillet 2017 au 4 juillet 2018, et a demandé le renouvellement de ce titre de séjour le 15 mai 2018. Par un arrêté du 19 décembre 2024 dont il demande l'annulation, le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Algérie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
3. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui déclare sans être contredit résider en France depuis le mois de juin 2014, s'est marié religieusement le 9 janvier 2016 avec Mme B C, ressortissante française née en 1989, avec qui il a eu deux enfants de nationalité française tous deux reconnus de manière anticipée, Anas D né le 1er octobre 2016 et Jihane D, née le 1er décembre 2019, âgés respectivement de huit et cinq ans à la date de l'arrêté attaqué. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a résidé depuis au moins le 14 juin 2016 avec la mère de ses enfants, qu'il s'est vu délivrer un certificat de résidence algérien en qualité de parent d'enfant français valable un an du 5 juillet 2017 au 4 juillet 2018 et qu'il a présenté une demande de renouvellement de ce titre de séjour le 15 mai 2018, sur laquelle il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a été statué. Par ailleurs, si à la date de l'arrêté attaqué le requérant ne réside plus avec la mère de ses enfants, il ressort notamment d'un courrier du 9 décembre 2024 adressé par l'intéressée au préfet de la Somme et d'une attestation qu'elle a établie le 26 décembre 2024 que M. D a contribué à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants depuis leur naissance et qu'il a continué à maintenir un lien avec eux au cours des périodes où il était incarcéré, ce qui est corroboré notamment par la production de nombreuses photographies de l'intéressé en présence de ses enfants, dans différentes circonstances et à différentes époques. Il ressort également d'attestations établies le 26 décembre 2024 par une voisine, un ami du requérant et la grand-mère maternelle des enfants que ceux-ci seraient de nature joyeuse en la présence de leur père, dont ils parleraient régulièrement en son absence et auxquels ils seraient attachés, ce qui n'est pas contredit en défense. Enfin, au sein du centre pénitentiaire d'Amiens où il est actuellement incarcéré, M. D établit, d'une part, avoir suivi assidument une formation au cours du premier semestre 2024 et avoir obtenu en juin de cette même année un certificat de formation générale, d'autre part, exercer sous couvert d'un contrat d'emploi pénitentiaire les fonctions de plongeur depuis le 3 mai 2024 puis, à compter du 4 juin suivant, les fonctions de serveur en restauration, et percevoir à ce titre une rémunération mensuelle dont celle du mois de novembre 2024 s'est établie à hauteur de 386,10 euros. Ainsi dans les circonstances de l'espèce, M. D est fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Somme a méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 19 décembre 2024 par laquelle le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse implique nécessairement que le préfet de la Somme réexamine la situation de M. D et que, dans cette attente, ce dernier soit muni d'une autorisation provisoire de séjour. Il y a ainsi lieu d'enjoindre au préfet de la Somme d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 19 décembre 2024 du préfet de la Somme est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de réexaminer la situation de M. D dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Somme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
F. Wavelet
La greffière,
Signé
V. Martinval
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026