vendredi 31 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2404989 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 décembre 2024, M. E J demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2024 par lequel le préfet de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Congo - République démocratique du Congo - comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 décembre 2024 par lequel le préfet de l'Oise l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune d'Orry-la-Ville (60560) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.
Il soutient que :
- l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français a été pris par une autorité incompétente, dès lors que la compétence de la signataire de l'arrêté n'est justifiée ni par l'absence concomitante du secrétaire général de la préfecture de l'Oise, de la directrice de cabinet du préfet et du sous-préfet chargé de mission politique de la ville auprès du préfet, ni par la permanence des membres du corps préfectoral que Mme A aurait assurée le 14 décembre 2024 et l'urgence qu'il y avait à lui notifier l'arrêté ;
- le préfet de l'Oise, en prenant la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire, a commis une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement, eu égard à la circonstance qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'est pas défavorablement connu ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée, eu égard à la durée de sa présence en France où il a des attaches familiales, à la circonstance qu'il parle, écrit et lit le français, qu'il s'intègre dans la société française et eu égard par ailleurs à la circonstance qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'est pas défavorablement connu ;
- la décision portant assignation à résidence méconnait les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de l'Oise ne précise pas les conditions matérielles dont il fait état faisant obstacle à l'exécution immédiate de la mesure d'éloignement ni ne connait son identité, et qu'il est assigné à Orry-la-Ville alors qu'il réside à Villiers-le-Bel et que le préfet de l'Oise était incompétent territorialement pour l'assigner à résidence dans ce département.
La requête a été communiquée au préfet de l'Oise, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5, L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné,
- et les observations de M. J, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour en République démocratique du Congo.
La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales des parties à l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. J, ressortissant congolais - République démocratique du Congo - né le 15 février 1995, déclare être entré sur le territoire français le 19 juillet 2017. A la suite de son interpellation et de son placement en retenue administrative pour vérification de son droit de séjour, le préfet de l'Oise, par un arrêté du 14 décembre 2024, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le Congo - République démocratique du Congo - comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet du même département l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune d'Orry-la-Ville (60560) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. M. J demande l'annulation des deux arrêtés du préfet de l'Oise du 14 décembre 2024.
2. En premier lieu, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français a été signé par Mme C D, sous-préfète de l'arrondissement de Senlis, qui disposait à cette fin, en l'absence concomitante de M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, de Mme G H, directrice de cabinet du préfet et de M. B F, sous-préfet chargé de mission Politique de la Ville auprès du préfet, au titre de la suppléance du corps préfectoral, d'une délégation de signature du préfet de l'Oise du 25 novembre 2024, publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Oise. Mme D bénéficiait par ailleurs aux mêmes fins, dans le cadre des permanences des membres du corps préfectoral et lorsqu'une situation d'urgence le nécessite, d'une délégation de signature du préfet de l'Oise du 25 novembre 2024, également publiée le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Oise. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général de la préfecture de l'Oise, la directrice de cabinet du préfet et le sous-préfet chargé de mission Politique de la ville auprès du préfet n'auraient pas été absents concomitamment à la date de l'arrêté attaqué. De même, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que, le cas échéant, Mme A n'aurait pas assuré le même jour la permanence des membres du corps préfectoral et qu'il n'y avait pas d'urgence à prendre l'arrêté attaqué. Ainsi et en tout état de cause, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit désile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
4. La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire est fondée sur les motifs tirés de ce que le requérant, d'une part, ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, ce qui correspond au cas prévu au 1° de l'article L. 612-3 du code précité, d'autre part, ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il ne peut justifier de la possession de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et en ce que l'effectivité et la stabilité de son logement ne sont pas avérées, motifs prévus au 8° du même article, et qu'ainsi le risque de soustraction à la mesure d'éloignement peut être regardé comme établi. En se bornant à soutenir qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'est pas défavorablement connu, et alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que tel ne serait pas le cas, M. J ne conteste pas utilement les motifs sur lesquels se fonde la décision attaquée. Le moyen tiré de ce que le préfet de l'Oise aurait commis une erreur d'appréciation en considérant que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement peut être regardé comme établi doit ainsi et en tout état de cause être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / ().
6. Il est constant que M. J, qui déclare être entré sur le territoire français le 19 juillet 2017 à l'âge de 22 ans, soit à la supposer établie une durée de présence de plus de sept ans à la date de la décision attaquée, est célibataire sans enfant à charge. S'il indique avoir des attaches familiales en France, il ne l'établit pas. S'il soutient qu'il écrit, lit et parle le français, ce qui a pu être attesté sur ce dernier point par les observations orales que l'intéressé a présentées à l'audience, il ne justifie cependant ni d'une intégration particulière dans la société française, ni de circonstances humanitaires de nature à justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Dans ces conditions, nonobstant la circonstance que l'intéressé ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'est pas défavorablement connu, M. J n'est pas fondé à soutenir que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prise à son encontre serait disproportionnée et que le préfet de l'Oise aurait, ce faisant, commis une erreur d'appréciation.
7. En quatrième lieu, le moyen invoqué à l'audience par le requérant, tiré de ce qu'il craint pour sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine et qui ne peut être utilement dirigé que contre la décision fixant le pays de destination, n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par ailleurs, le requérant ne produit aucune pièce de nature à établir ses allégations. Le moyen doit ainsi être écarté.
8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / () ".
9. Le requérant se borne à faire valoir qu'il n'est pas établi que son éloignement ne pouvait être immédiat ou constituerait une perspective raisonnable et que le préfet ne connait pas son identité. Ce faisant, il ne conteste pas utilement le bien-fondé des décisions par lesquelles le préfet l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département de l'Oise en l'assujettissant à certaines obligations de présentation, en sorte que ces mesures ne peuvent être regardées en l'espèce comme inadaptées, disproportionnées ou entachées d'erreur de droit.
10. Par ailleurs, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de l'Oise n'était pas incompétent territorialement pour prendre une mesure d'assignation à résidence dont le périmètre se situe, comme en l'espèce, sur le territoire du département de l'Oise, sur lequel s'exerce sa compétence territoriale. En revanche, la circonstance que le requérant serait assigné à résidence, par l'autorité administrative territorialement compétente, sur le territoire d'un département au sein duquel la résidence de l'intéressé n'est pas fixée, est susceptible d'entacher cette mesure d'une erreur d'appréciation. En l'espèce, si le requérant soutient qu'il réside chez Mme K au n° 19 rue Jean Racine à Villiers-le-Bel dans le département du Val-d'Oise, il ne l'établit pas de manière suffisamment probante par la seule production, d'une part, d'un " Passe Navigo " accompagné d'une facture d'achat d'un forfait mensuel pour le mois de décembre 2024 auprès de la régie autonome des transports parisiens (RATP), d'autre part, d'une copie d'une carte individuelle d'admission à l'aide médicale d'Etat indiquant un rattachement à la caisse primaire d'assurance maladie du Val-d'Oise et qui lui a été délivrée avec des droits ouverts pour la période du 31 août 2021 au 30 août 2022. Le requérant n'est ainsi pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. J n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. J est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E J et au préfet de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
F. Wavelet
La greffière,
Signé
V. Martinval
La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026