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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2500116

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2500116

jeudi 12 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2500116
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de Mme B, ressortissante congolaise, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour d'un an pris par la préfète de l'Aisne. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la procédure n'avait pas méconnu le droit d'être entendu. Il a également jugé que la décision ne violait pas les articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 janvier 2025, Mme A B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo (Kinshasa) comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, pour versement à son conseil, une somme de

1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté a été pris au terme d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu consacré par le droit de l'Union européenne ;

- cet arrêté est entaché d'un vice de procédure en raison de l'absence ou de l'irrégularité de l'avis du médecin de l'agence régionale de santé ou de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- cet arrêté méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2025, la préfète de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 30 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars 2025 à 12 heures.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard, rapporteur,

- et les observations de Me Niquet, représentant Mme B et substituant

Me Tourbier.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante de la République démocratique du Congo (Kinshasa) née le 12 octobre 1982, déclare être entrée sur le territoire français le 5 février 2023. Le 27 juin 2024, elle a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 décembre 2024, la préfète de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions qui en constituent le fondement, et notamment l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise les éléments de la situation professionnelle et personnelle de Mme B que la préfète a pris en considération dont la circonstance que l'intéressée pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine et les caractéristiques principales de sa situation familiale. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre / () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui s'adresse, non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

4. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour.

5. Mme B n'établit, ni même n'allègue, qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance des services préfectoraux des informations utiles avant que soit pris l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que cet arrêté aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".

7. Il ne ressort d'aucun texte ou d'aucun principe que l'arrêté attaqué devait être précédé d'un avis de médecin de l'agence régionale de santé ou de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Dès lors, Mme B ne peut utilement se prévaloir de l'absence ou de l'irrégularité d'un tel avis. En tout état de cause, à supposer même que la requérante puisse être regardée comme ayant entendu se prévaloir d'un moyen tiré de l'absence d'avis du collège des médecins de l'OFII ou de son irrégularité, il ressort des pièces du dossier que ce collège a rendu un avis sur la situation de Mme B le 4 décembre 2024, comportant les mentions obligatoires.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

9. Mme B ne fournit aucune pièce de nature à établir qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de la République démocratique du Congo, elle ne pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, contrairement à ce qu'a considéré le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son avis rendu le 4 décembre 2024. Dans ces conditions, la préfète de l'Aisne n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en prenant l'arrêté attaqué.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Mme B ne déclare résider en France que depuis le 5 février 2023. Par ailleurs, si elle est accompagnée de ses cinq enfants mineurs, elle n'a pas été en mesure de préciser le lieu de résidence de son mari et l'ensemble de la cellule familiale est de nationalité congolaise. En outre, Mme B n'établit pas ne plus avoir d'attache dans son pays d'origine où résident son père, son frère et sa sœur. De plus, l'intéressée n'établit pas avoir exercé d'activité professionnelle en France. Enfin, Mme B, qui n'allègue pas avoir entrepris de démarche afin de bénéficier d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'établit ni la gravité de l'état de santé de son fils né en 2010 ni l'impossibilité pour ce dernier de bénéficier effectivement d'un traitement et d'un suivi appropriés à son état de santé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de l'Aisne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme B en prenant l'arrêté attaqué et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressée.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes du 1er paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

13. Eu égard à la situation de Mme B et de ses enfants telle que décrite au point 11 et à la circonstance que ces derniers peuvent l'accompagner en République démocratique du Congo, la préfète de l'Aisne n'a pas fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et

L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Tourbier et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Lebdiri, président,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. Richard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2025.

Le rapporteur,

signé

J. Richard

Le président,

signé

S. Lebdiri

La greffière,

signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2500116

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