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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2500199

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2500199

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2500199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantWACQUIER LOUIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de Mme C, épouse A, qui contestait l'arrêté préfectoral du 4 novembre 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation. Saisi sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, il a jugé que la décision de refus n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'entrée récente de l'intéressée, de son absence d'insertion professionnelle et de la possibilité pour la cellule familiale de se reconstituer en Turquie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2025, Mme B C, épouse A, représentée par Me Wacquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Turquie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette décision ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

- la compétence de leur auteur n'est pas établie ;

- il est insuffisamment motivé ;

Sur les moyens propres à la décision lui refusant un titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

Sur le moyen propre à la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de l'Oise a produit des pièces enregistrées le 12 mars 2025.

Par une décision rectificative du 21 novembre 2024, Mme C, épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 22 janvier 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 19 mars 2025.

Le préfet de l'Oise a présenté en mémoire en défense le 3 juin 2025, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Gars, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante turque née le 27 mai 1979, déclare être entrée sur le territoire français le 21 janvier 2019. Le 10 janvier 2023, l'intéressée a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 novembre 2024, dont Mme C épouse A demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé la Turquie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature de la préfète de l'Oise en date du 30 octobre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et détaille la situation de Mme C épouse A par des considérations qui lui sont propres. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

Sur les moyens propres à la décision lui refusant un titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse A est entrée le 21 janvier 2019, munie d'un visa de court séjour, sur le territoire français où résident son époux et ses deux enfants majeurs, ressortissants turcs, qu'elle s'y maintient en situation irrégulière, n'y exerce pas d'activité professionnelle déclarée, ni ne fait état d'éléments de nature à établir son insertion dans la société française. Si la requérante soutient, d'une part, que la pathologie cardiaque de son conjoint entraîne une perte d'autonomie rendant indispensable sa présence à ses côtés et, d'autre part, que le régime de protection sociale et les carences structurelles du système de santé turc font obstacle à la prise en charge médicale effective de son époux dans leur pays d'origine, il ressort toutefois des pièces du dossier que son conjoint a fait l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Mme C épouse A n'est ainsi pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où la cellule familiale a vocation à se reconstituer et où elle a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de trente-neuf ans. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L.412-1. () ".

7. Les circonstances exposées au point 5 ne sont pas de nature à constituer, par elles-mêmes, des motifs exceptionnels, ni davantage des considérations humanitaires, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, Mme C épouse A n'est pas fondée à soutenir que la préfète de l'Oise aurait entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation individuelle.

Sur le moyen propre à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 5 et 7, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C épouse A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de

Mme C épouse A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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