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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2500240

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2500240

lundi 3 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2500240
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHOMEHR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 21 janvier 2025, M. C D A, représenté par Me Homehr, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2025 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2025 par lequel le préfet de la Somme l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'agent notificateur ne peut être identifié ;

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, la police municipale d'Amiens n'ayant pas compétence pour placer en retenue administrative, en méconnaissance de l'article L. 813-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, le préfet de la Somme n'ayant pas la compétence pour accéder au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) ;

- sa situation familiale lui permet de se voir délivrer un titre de séjour en application des stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et des dispositions des articles L. 423-10 et 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, circonstance faisant obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est fondée à tort sur la circonstance qu'il constitue une menace pour l'ordre public ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors qu'il existe des circonstances particulières et aucun risque de soustraction ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet de la Somme s'étant cru lié par les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 janvier 2025, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli,

- les observations de Me Homehr, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 9 décembre 2002, déclare être entré en France en 2022. Par un arrêté du 15 janvier 2025 le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un arrêté du 15 janvier 2025, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. A a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 16 janvier 2025. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre d'office M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 15 janvier 2025 portant obligation de quitter le territoire, fixant le pays de renvoi et interdisant le retour sur le territoire français :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur sa légalité.

5. En deuxième lieu, la circonstance susvisée dont se prévaut le requérant, relative à l'intervention de la police municipale d'Amiens dans le cadre de sa retenue administrative, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux.

6. En troisième lieu, la décision attaquée relève que M. A est défavorablement connu pour des faits de vols avec violence, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion, vol en réunion et recel de bien provenant d'un vol, vol aggravé par deux circonstances et recel de bien provenant d'un vol et, enfin, fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire, acquisition, transport, cession ou offre illicite de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classée comme psychotrope. La décision mentionne également que ces faits, consultés au fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ), ont été commis entre le 20 février et le 20 septembre 2022 et que le requérant a été interpellé sous différents noms. Toutefois, ainsi qu'il est exposé au point 8, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure, en raison de la consultation des fichiers des antécédents judiciaires en méconnaissance des dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale doit, en tout état de cause, être écarté, dès lors que le préfet de la Somme pouvait obliger M. A à quitter le territoire en se fondant sur le seul motif tiré de son entrée irrégulière sur le territoire français.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est arrivé et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Le préfet de la Somme pouvait donc légalement édicter à son encontre une obligation de quitter le territoire français pour ce seul motif, en application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de que M. A ne constitue pas une menace à l'ordre public doit donc être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an () ".

10. Lorsque la loi prescrit qu'un ressortissant étranger doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. A est marié depuis le 28 décembre 2024 à Mme B, de nationalité française, qui est enceinte. Toutefois, à la date la décision attaquée, le requérant ne peut se prévaloir de la qualité de parent d'enfant français. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 4) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté. Compte tenu de ce qui vient d'être exposé, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des des articles L. 423-10 et 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en tout état de cause, être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Si le requérant se prévaut de son activité d'auto-entrepreneur créée en novembre 2024 et de son mariage avec une ressortissante française et de la continuité de leur relation depuis août 2024, ces circonstances demeurent récentes à la date de l'arrêté attaqué. Par ailleurs, M. A ne fait pas état d'une intégration ancienne et stable au sein de la société française et n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces circonstances, la décision litigieuse n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Somme n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

15. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a pas présenté de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et que le requérant ne fait état d'aucune circonstance particulière au sens des dispositions de l'article L. 612-3 du même code. Par suite, le préfet de la Somme pouvait légalement considérer qu'il existait un risque de soustraction à l'obligation de quitter le territoire français, en application du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens soulevés à ce titre doivent être écartés.

16. En second lieu, compte tenu des motifs exposés au point 13, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.

S'agissant de la décision interdisant le retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 14 à 16, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée par voie de conséquence de l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

19. Le préfet de la Somme pouvait assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français alors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A. Alors que le requérant est en séjour irrégulier sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que des circonstances humanitaires sont de nature à justifier que l'autorité administrative s'abstienne de prononcer une mesure d'interdiction de retour. Pour fixer la durée de la décision litigieuse, l'autorité administrative s'est fondée sur la récente date d'entrée en France de M. A, sur la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et sur un comportement troublant l'ordre public, en dépit de l'absence d'une précédente mesure d'éloignement. Dans les circonstances de l'espèce, le préfet de la Somme pouvait se fonder sur les seuls deux premiers critères pour prononcer la décision attaquée et en fixer la durée à deux ans sans l'entacher de disproportion, alors que la loi autorisait l'administration à édicter une interdiction pour une durée maximale de cinq ans. Par suite, la décision attaquée n'est pas disproportionnée et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté du 15 janvier 2025 portant assignation à résidence :

20. En premier lieu, aux termes de l'article L.732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "

21. L'arrêté assignant M. A à résidence vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. (). ". Aux termes de l'article L.731-1 du même

code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

23. Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application [de l'article] L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "

24. L'arrêté attaqué assigne à résidence M. A 35 avenue Laurendeau à Amiens pour une durée de quarante-cinq jours, entre 14h et 17h00, lui fait obligation de se présenter les lundis et jeudis au commissariat de police sis rue du marché Lanselles dans la même ville et lui fait interdiction de sortir du département de la Somme sans autorisation. D'une part, l'arrêté attaqué est fondé sur l'obligation de quitter le territoire français prononcée par le préfet de la Somme et sans délai de départ volontaire. Par suite, alors que le départ de M. A demeure une perspective raisonnable, le préfet de la Somme n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a tenu compte de la situation familiale du requérant, en décidant de l'assigner à résidence à son domicile, et pour une durée de trois heures, lui permettant d'organiser sa vie personnelle en conséquence, alors qu'au demeurant, le requérant n'établit aucune contrainte particulière à cet égard. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, dès lors, être écarté.

25. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point précédent, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. M. C D A, à Me Homehr et au préfet de la Somme.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.

Le magistrat désigné,

signé

E. FUMAGALLILa greffière,

signé

S. CHATELLAIN

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2500240

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