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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2500274

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2500274

jeudi 6 février 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2500274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLABRIKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Labriki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2025 par lequel la préfet de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- le préfet de l'Oise n'a pas motivé sa décision au regard des garanties de représentation de M. A ;

- il n'a pas l'intention de fuir et dispose de garanties sérieuses ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision interdisant de sortir du département de l'Oise porte atteinte à la liberté d'aller et de venir.

La requête a été communiquée au préfet de l'Oise qui a produit des pièces le 29 janvier 2025 et le 4 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Fumagalli a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 24 mars 1995, est entré en France le 19 décembre 2016. Par un arrêté du 13 juin 2024, le préfet de l'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement. Par un arrêté du 17 janvier 2025, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ce dernier arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. "

3. L'arrêté assignant M. A à résidence vise les textes dont il fait application, notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments propres à la situation personnelle de M. A, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Oise a, avant de prendre l'arrêté attaqué, procédé à un examen complet et personnalisé de M. A.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. (). ". Aux termes de l'article L.731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré, citée au point 1 et qu'il n'a pas exécutée. Si le requérant se prévaut de garanties de représentation effectives, les dispositions des articles citées au point précédent ne subordonnent pas l'édiction d'une assignation à résidence à l'absence de telle garanties. La circonstance que l'arrêté en fasse mention est sans incidence sur sa légalité, ainsi que la circonstance que M. A n'aurait pas l'intention de fuir. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application [de l'article] L. 731-1 () définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "

8. L'arrêté attaqué assigne à résidence M. A pour une durée de quarante-cinq jours 16 avenue de Levallois-Perret à Crépy-en-Valois, entre 5h30 et 7h30, lui fait obligation de se présenter les lundi, mardi et vendredi matin à la gendarmerie située dans la même ville et lui fait interdiction de sortir du département de l'Oise sans autorisation. A l'appui de son recours, M. A se prévaut notamment de l'ancienneté de son séjour, de son intégration et d'une promesse d'embauche, non datée, pour exercer un emploi de commercial au sein de la société Top accord services située à Paris, ainsi que de ses attaches familiales. Toutefois, M. A est en situation irrégulière et a vocation à quitter le territoire national. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a tenu compte de la situation propre du requérant, en décidant de l'assigner à résidence à l'adresse qu'il a déclarée à l'administration, et pour une durée de deux heures, lui permettant d'organiser sa vie personnelle en conséquence. M. A peut solliciter auprès de l'administration l'autorisation de quitter le département de l'Oise, cette mesure ne portant pas, en soi, une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et de venir. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 8 et 10, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Labriki et au préfet de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2025.

Le magistrat désigné,

signé

E. FUMAGALLILa greffière,

signé

S. FORTIER

La République mande et ordonne au préfet l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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