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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2500435

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2500435

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2500435
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantWACQUIER LOUIS

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, ressortissant congolais, contestant l'arrêté préfectoral du 3 septembre 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire sans délai et prononçant une interdiction de retour de trois ans. Le tribunal a jugé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) était inopérant, car M. B n'avait pas sollicité son titre sur ce fondement. Il a également estimé que le refus de séjour était légalement fondé sur l'article L.432-1 du CESEDA, la présence de l'intéressé constituant une menace pour l'ordre public en raison de ses condamnations pénales pour vol et violences.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 3 février et 10 mars 2025, M. A B, représenté par Me Wacquier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 septembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de menace à l'ordre public ;

Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des dispositions des articles L. 631-3 et R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de sollicitation d'avis médical ;

- la décision lui refusant un titre de séjour étant illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne pouvait être légalement fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur le moyen dirigé contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en s'abstenant de lui accorder un délai de départ volontaire alors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

Sur le moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2025, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principale, la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 22 janvier 2025, l'APJMO en sa qualité de curateur représentant M. B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Par une ordonnance du 13 février 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Gars, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 1er janvier 1988, est entré en France en 2008. L'intéressé s'est vu délivrer une carte de résident valable du 16 octobre 2008 au 15 octobre 2018, puis trois cartes de séjour temporaires valables du 21 janvier 2020 au 5 octobre 2023. Le 28 novembre 2023, l'intéressé a sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 septembre 2024 dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Il résulte de l'examen du casier judiciaire de M. B que ce dernier a été condamné le 17 mars 2017 à deux mois d'emprisonnement et le 7 novembre 2018 à un mois d'emprisonnement, pour des faits de vol. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé par les services de police le 26 juillet 2024 pour des faits de rébellion et de violence commis sur une personne dépositaire de l'autorité publique suivis d'une interruption temporaire de travail supérieure à vingt jours, le 24 juillet 2024 pour des faits d'usage de stupéfiants et le 7 octobre 2022 pour des faits d'exhibition sexuelle. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'un signalement auprès du procureur de la République pour avoir essayé d'agresser sa voisine avec un couteau le 14 octobre 2024 et qu'il a été hospitalisé pour des troubles psychiatriques le 17 octobre 2024 en raison d'un péril imminent. Il s'ensuit que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il ne représenterait pas une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

Sur les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et détaille la situation de M. B par des considérations qui lui sont propres. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux mesures d'expulsion, dont il n'a pas fait l'objet.

7. D'autre part, l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration a supprimé les protections contre l'éloignement prévues à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment celle du 9° dudit article qui prévoyait que ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il s'ensuit que le premier alinéa de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui contient encore des dispositions d'application d'une disposition législative désormais abrogée et non remplacée, a perdu son objet. Par suite, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 611-1 de ce code. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 631-3 et R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent donc être écartés comme inopérants.

8. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que, compte tenu de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne pouvait être fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en 2008 sur le territoire français où il s'est vu délivrer une carte de résident valable du 16 octobre 2008 au 15 octobre 2018, puis trois cartes de séjour temporaires valables du 21 janvier 2020 au 5 octobre 2023. L'intéressé, célibataire et sans enfant, se prévaut de la présence de son père sur le territoire français sans toutefois l'établir. M. B fait valoir que sa pathologie mentale rend indispensable la présence quotidienne de tiers à ses côtés pour l'assister. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident deux de ses sœurs. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, compte tenu de ce qu'il représente une menace pour l'ordre public et qu'il a des attaches familiales en République démocratique du Congo et alors même que sa présence en France est particulièrement ancienne, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi ni qu'elle aurait méconnu les stipulations l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit donc être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Le moyen doit être écarté comme inopérant.

Sur le moyen dirigé contre la décision refusant un délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : /1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la présence de M. B sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur le moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête présentée par M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

M. Truy, premier conseiller honoraire,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

La présidente,

Signé

F. Demurger

La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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