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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2500853

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2500853

mercredi 4 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2500853
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantWELSCH

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens (3ème chambre) a examiné le recours pour excès de pouvoir de M. B contre l’arrêté préfectoral du 28 janvier 2025 lui refusant un titre de séjour et l’obligeant à quitter le territoire. Le requérant invoquait notamment l’incompétence de l’auteur de l’acte, l’insuffisance de motivation, l’erreur de fait, et la méconnaissance des articles L. 423-22 et L. 423-23 du CESEDA ainsi que de l’article 8 de la CEDH, en raison de son contrat d’apprentissage et de ses attaches en France. La solution retenue par le tribunal n’est pas précisée dans l’extrait fourni, mais la décision a été rendue après clôture de l’instruction le 24 avril 2025, sans que le mémoire en défense tardif de la préfète ne soit pris en compte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 février 2025, M. D E B, représenté par Me Welsch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Guinée comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, a ordonné la remise de son passeport ou de tout autre document d'identité ou de voyage et l'a astreint à se présenter périodiquement aux services de police pour y indiquer les diligences accomplies dans la préparation de son départ ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aisne, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente, dès lors qu'il n'est pas établi que sa signataire bénéficiait pour ce faire d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est insuffisamment motivée en fait, dès lors qu'elle omet de mentionner qu'il est titulaire d'un contrat d'apprentissage ;

- pour les mêmes raisons, elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- pour les mêmes raisons, elle est entachée d'une erreur de fait qui n'est pas dépourvue de toute incidence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il suit une formation en vue de l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle en qualité de conseiller de vente, qu'il est titulaire d'un contrat d'apprentissage, qu'il n'a aucun contact avec sa famille résidant en Guinée et qu'il est intégré à la société française ;

- pour les mêmes raisons, et dès lors qu'il suit une scolarité en France depuis quatre années et qu'il y dispose d'attaches sociales et amicales, elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- pour les mêmes raisons, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée en fait, dès lors qu'elle omet de mentionner les raisons pour lesquelles la préfète de l'Aisne a fait usage de son pouvoir discrétionnaire sur ce point ;

- pour les mêmes raisons, elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il réside en France depuis quatre années, qu'il y travaille, qu'il remplit ses obligations fiscales, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il dispose de l'intégralité de ses attaches sur le territoire national et que le motif tiré de la maîtrise des flux migratoires ne justifie pas son éloignement ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée en fait, dès lors qu'il n'a plus aucun lien avec la Guinée hormis sa nationalité ;

- pour les mêmes raisons, elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il n'a plus aucun contact avec sa famille résidant en Guinée et qu'il s'y retrouverait entièrement isolé en cas de retour ;

- la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire supérieur à trente jours méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le terme de son contrat d'apprentissage n'échoit que le 7 novembre 2025 et que la préparation de son retour en Guinée nécessite, compte tenu de son isolement, un délai supplémentaire ;

- pour les mêmes raisons, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée en fait, dès lors qu'elle est rédigée de manière stéréotypée ;

- pour les mêmes raisons, elle n'a pas été prise à l'issue d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il dispose de l'ensemble de ses attaches personnelles et professionnelles en France ;

- pour les mêmes raisons, elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance en date du 4 mars 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 avril 2025.

Un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2025, a été présenté par la préfète de l'Aisne postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une ordonnance n° 25DA00548 de la présidente de la cour administrative d'appel de Douai du 28 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Harang, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E B, ressortissant guinéen né le 3 août 2005, déclare être entré en France le 24 novembre 2020 sans visa. Il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance à compter du 25 janvier 2021 et a obtenu, à sa majorité, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dont il a demandé le renouvellement le 15 juillet 2024, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 janvier 2025, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Guinée comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, a ordonné la remise de son passeport ou de tout autre document d'identité ou de voyage et l'a astreint à se présenter périodiquement aux services de police pour y indiquer les diligences accomplies dans la préparation de son départ.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination :

En ce qui concerne la légalité externe des décisions attaquées :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de titre de séjour a été signée par Mme C A, laquelle a été nommée préfète de l'Aisne par un décret du 6 novembre 2024, régulièrement publié le lendemain au Journal officiel de la République française, de sorte que le moyen tiré de l'incompétence de sa signataire ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B, énoncent avec une précision suffisante les circonstances de fait sur lesquelles elles se fondent, de sorte que l'intéressé, à sa seule lecture, a été mis à même d'en connaître les motifs et, le cas échéant, de les contester utilement.

5. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Aisne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B. À cet égard, il n'est ni établi ni même allégué que l'intéressé aurait informé l'administration en temps utile des changements intervenus dans sa situation personnelle depuis le dépôt de sa demande de titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité interne des décisions attaquées :

S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". Aux termes de l'article L. 433-1 du même code : " () le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. / () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui est né le 3 août 2005, était âgé de plus de dix-neuf ans à la date à laquelle la préfète de l'Aisne lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, de sorte que l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir, à l'encontre de la décision attaquée, de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il ne remplissait dès lors plus les conditions de délivrance.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B, qui a été confié avant l'âge de seize ans au service de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Aisne à compter du 25 janvier 2021, a obtenu, à sa majorité, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dont il a demandé le renouvellement le 15 juillet 2024, sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant à soutenir qu'il suit une formation afin d'obtenir le titre professionnel de " conseiller de vente " et qu'il est titulaire d'un contrat d'apprentissage depuis le 8 novembre 2024, M. B n'établit pas le caractère réel et sérieux du suivi de ses formations, en particulier de la formation qu'il a précédemment suivie au titre de l'année scolaire 2023-2024 en vue de l'obtention de la spécialité " équipier polyvalent du commerce " du certificat d'aptitude professionnelle qu'il n'a, en définitive, pas obtenue, l'équipe enseignante relevant un bilan décevant, pour lequel il a fait l'objet de mises en garde à deux reprises, caractérisé par un manque d'investissement et de motivation ainsi que par de nombreuses absences, de sorte que l'erreur de fait consistant, pour la préfète de l'Aisne, à relever que l'intéressé ne poursuivait désormais aucune formation qualifiante est demeurée sans incidence. Par ailleurs, si M. B soutient qu'il n'entretiendrait plus aucun lien avec les membres de sa famille résidant en Guinée, il n'apporte cependant aucun élément à l'appui de ses allégations, alors qu'il est constant que l'intéressé a vécu jusqu'à l'âge de quatorze ans avec ses parents et ses cinq frères et sœurs. Dans ces conditions, M. B, qui est célibataire et qui est entré récemment sur le territoire français où il ne dispose d'aucune attache particulière, n'est pas fondé à soutenir que les stipulations et dispositions citées au point précédent auraient été méconnues.

S'agissant du moyen dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

S'agissant du moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, desquels il résulte que M. B, qui ne justifie pas avoir rompu tout lien avec les membres de sa famille résidant en Guinée, n'établit pas le risque d'isolement dont il se prévaut, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

S'agissant des moyens dirigés contre la décision octroyant un délai de départ volontaire de trente jours :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ".

14. La circonstance que M. B soit titulaire d'un contrat d'apprentissage dont le terme échoit le 7 novembre 2025, soit plus de neuf mois après la décision contestée, n'est pas, à elle seule, de nature à justifier une prolongation, à titre exceptionnel, du délai de départ volontaire qui lui a été accordé. Il en va de même de la circonstance, au demeurant non établie compte tenu de ce qui a été dit au point 12 du présent jugement, de ce que M. B serait isolé en cas de retour en Guinée.

15. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposées au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

17. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

18. Alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. B a obtenu la délivrance d'un titre de séjour à sa majorité compte tenu de son placement auprès du service de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, qu'il n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle il se serait soustrait et qu'il n'est pas contesté qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Aisne ne pouvait, sans méconnaître les dispositions rappelées ci-dessus, prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français, laquelle doit, par conséquent, être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fon d'injonction présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 par M. B, qu'il n'y a plus lieu d'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de M. B tendant à ce qu'il soit admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision de la préfète de l'Aisne du 28 janvier 2025 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D E B, à Me Welsch et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Wavelet, premier conseiller,

- M. Harang, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2025.

Le rapporteur,

signé

J. HarangLe président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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