vendredi 14 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2500939 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SORRIAUX JONATHAN |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 4 mars 2025 sous le n° 2500939, M. B A, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2025 par lequel le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Guinée comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit au regard de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de l'Oise a considéré à tort qu'il pouvait fonder le refus de titre de séjour qui lui a été opposé sur la circonstance qu'il n'était pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'a plus de lien avec sa famille restée dans son pays d'origine ;
- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français, celle fixant le pays de destination et celle l'interdisant de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- la décision fixant le pays de destination et celle l'interdisant de retour sur le territoire français sont illégales en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2025, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 4 mars 2025 sous le n° 2500940, M. A, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 24 février 2025 par lequel le préfet de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.
Il soutient que l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français prise le même jour.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2025, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. A a demandé le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 4 mars 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif d'Amiens a désigné M. Richard pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Richard, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né le 12 octobre 2006, déclare être entré en France le 10 mai 2021 et a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 20 juillet 2021. Le 7 janvier 2025, il a demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 février 2025, le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Guinée comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, le préfet de l'Oise a, par ailleurs, assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. Par ses requêtes nos 2500939 et 2500940, qu'il convient de joindre afin qu'il y soit statué par un même jugement, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (), soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur la légalité de l'arrêté obligeant M. A à quitter le territoire français et l'interdisant de retour sur le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".
5. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté que le 22 mars 2024, M. A a frappé et mordu un collègue et a tenté de lui porter un coup de couteau à alors qu'il travaillait à la boucherie de l'hypermarché dans lequel il bénéficiait d'un contrat à durée déterminée en apprentissage. Dans ces conditions, le préfet de l'Oise n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent en considérant que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public et en fondant l'arrêté attaqué, d'une part, sur cette circonstance et, d'autre part, notamment, sur les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".
7. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale " présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
8. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet de l'Oise ait fondé le refus de titre de séjour qu'il a opposé à M. A sur la seule circonstance que l'intéressé n'était pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de cette erreur de droit doit être écarté.
9. En troisième lieu, s'il est constant que M. A a quitté son pays d'origine notamment en raison de son absence de contact avec sa mère et de la difficulté de ses relations avec son père et sa belle-mère, le préfet de l'Oise a pu noter, sans commettre d'erreur de fait, que l'intéressé n'était pas dépourvu d'attaches familiales en Guinée où résident ses parents et sa fratrie.
10. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. A ne suivait plus de formation depuis son licenciement, le 7 mai 2024, pour faute à la suite des événements décrits au point 5. Au surplus, si M. A avait parfois obtenu des notes moyennes lors de sa scolarité au sein de la troisième de préparation aux métiers et de la formation au certificat d'aptitude professionnelle de boucherie dans lesquels il avait été inscrit de 2022 à 2024, ses résultats demeuraient inégaux et de nombreuses absences non justifiées avaient été relevées. Par ailleurs, si le rapport du 10 octobre 2024 de la structure qui l'a accueilli est assez optimiste quant à sa capacité d'insertion dans la société française, les événements décrits au point 5 relativisent cette appréciation. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point 9 quant à la nature des liens de M. A avec sa famille restée dans le pays d'origine, le préfet de l'Oise n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
12. M. A ne déclare résider que depuis le 10 mai 2021 sur le territoire français où il a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 20 juillet 2021. Par ailleurs, l'intéressé, célibataire et sans enfant, ne dispose pas d'attache particulière en France. Enfin, si M. A a été scolarisé sur le territoire français, il ne suivait à la date de l'arrêté attaqué aucune formation et n'exerçait aucune activité professionnelle. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
13. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de ce que certaines des décisions attaquées seraient illégales à raison des illégalités entachant les décisions antécédentes résultant du même arrêté et sur lesquelles elles se fondent doivent être écartés.
14. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français et l'interdisant de retour sur le territoire français.
Sur la légalité de l'arrêté assignant M. A à résidence :
15. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté l'assignant à résidence est illégal en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les requêtes nos 2500939 et 2500940 sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Sorriaux et au préfet de l'Oise.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2025.
Le magistrat désigné,
signé
J. Richard
La greffière,
signé
N. Wrobel
La République mande et ordonne au préfet de l'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2500939 et 2500940
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Strasbourg — N° TA67-2604050
Le Tribunal Administratif de Strasbourg a été saisi par Mme C..., ressortissante afghane, d’un recours en excès de pouvoir contre une décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 22 avril 2026 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que la décision était légale au regard de l’article L. 551-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, qui prévoit un refus en cas de demande de réexamen d’asile. Il a considéré que la motivation était suffisante, que la vulnérabilité de la requérante avait été prise en compte, et que l’OFII n’avait pas commis d’erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, les conclusions à fin d’annulation et les demandes accessoires ont été rejetées.
01/06/2026