LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501082

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501082

jeudi 3 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEFEVRE XAVIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de Mme A, ressortissante congolaise, qui contestait un arrêté préfectoral lui refusant un titre de séjour pour soins, l'obligeant à quitter le territoire et lui interdisant le retour pour six mois. La juridiction a jugé que l'intervention de l'association Rhône-Alpes de préparation à la retraite était irrecevable faute d'intérêt suffisant. Sur le fond, le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 mars, 30 avril, 3 juin et 22 juin 2025, Mme B A, représentée par Me Lefevre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Aisne lui a refusé un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant dire droit un supplément d'instruction sur la disponibilité des soins qui lui sont nécessaires en République du Congo ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas suffisamment motivé ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que les soins qui lui sont nécessaires ne lui sont pas effectivement accessibles en République du Congo ;

- elle méconnait l'article 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 alors qu'elle est en situation régulière depuis onze ans, dispose de ressources suffisantes et d'un diplôme belge d'assistante sociale ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de sa situation personnelle en France ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en l'absence de traitement approprié en République du Congo ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la préfète de l'Aisne s'est crue en situation de compétence liée pour prononcer une obligation de quitter le territoire français ; elle a ainsi méconnu l'article 6.2 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle n'a jamais fait l'objet d'aucune condamnation pénale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2025, la préfète de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par une intervention, enregistrée le 17 mars 2025, l'association Rhône-Alpes de préparation à la retraite demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de Mme A.

Elle soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 11 juin 2025, l'Office français de l'intégration et de l'immigration a présenté des observations.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- et les observations de Me Lefevre, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante de la République du Congo, née le 16 juillet 1953, déclare être entrée en France le 16 novembre 2006. Elle a été mise en possession d'un titre de séjour en raison de son état de santé à partir de 2011 dont elle a sollicité le renouvellement le 8 juin 2024. Cette demande a toutefois été rejetée par l'arrêté attaqué du 3 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Aisne lui fait également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays à destination duquel elle sera reconduite en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur l'intervention :

2. L'association Rhône-Alpes de préparation à la retraite a pour objet statutaire de " proposer des prestations spécifiques aux futurs retraités, personnes âgées, enfants et adultes handicapés, travailleurs étrangers et personnes soi-disant " sans-papiers ", réfugiés politiques ". Compte-tenu de cet objet, elle ne justifie pas d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision attaquée. Ainsi, son intervention à l'appui de la requête formée par Mme A n'est pas recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. () ".

4. En vertu des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-13 du même code, pris pour l'application de l'article L. 425-9, l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est émis au vu, notamment, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office, lequel ne siège pas au sein du collège. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

5. L'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émis le 12 novembre 2024 a été établi conformément aux dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 dès lors qu'il se prononce sur l'état de santé de l'intéressée et la nécessité ou non d'une prise en charge médicale, sur les conséquences d'un défaut de prise en charge et sur la possibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, alors même qu'il ne mentionne pas les raisons pour lesquelles Mme A peut effectivement bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé en République du Congo. Si ledit avis ne mentionne pas la durée prévisible du traitement que doit suivre l'intéressée, cette mention était inutile dès lors qu'elle a pour seule fonction de permettre d'évaluer la durée de séjour qui devrait être envisagée en cas d'impossibilité d'accès aux soins dans le pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

6. En deuxième lieu, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus d'un titre de séjour en application de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. Par l'avis susmentionné du 12 novembre 2024, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a indiqué que l'état de santé de Mme A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est notamment atteinte de diabète et qu'hormis l'Ozempic 1mg sous forme de stylo SC+4aij, les médicaments qui lui sont prescrits sont disponibles en République du Congo ainsi qu'il ressort d'un devis d'une pharmacie de Brazzaville. Toutefois, il résulte des éléments produit par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que des traitements à base de Metformine et Sémaglutide qui sont les molécules contenues dans l'Ozempic sont actuellement disponibles en République du Congo et qu'en cas de bithérapie, telle que celle suivie par Mme A, plusieurs schémas de traitement sont également disponibles en association avec la Metformine. En outre, si Mme A fait valoir qu'elle ne disposera pas des ressources nécessaires à l'achat des traitements qui lui sont nécessaires, elle se borne pour ce faire à se prévaloir de considérations générales sur le système d'assurance maladie public de la République du Congo et de l'attestation de sa fille y résidant selon laquelle elle ne serait pas en mesure de la prendre en charge. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin d'ordonner un supplément d'instruction, la préfète de l'Aisne n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler le titre de séjour de Mme A. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce qu'en l'absence de soins appropriés accessibles en République du Congo, Mme A serait exposée à des peines ou traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit, en tout état de cause, être écarté.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 : " Après trois années de résidence régulière et non interrompue, les ressortissants de chacune des Parties contractantes établis sur le territoire de l'autre Partie peuvent obtenir un titre de séjour de longue durée, dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil. Ce titre de séjour est renouvelable de plein droit. ".

10. Aux termes des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ".

11. Il résulte de la combinaison de ces stipulations et dispositions que si, en application des stipulations précitées de l'article 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993, les ressortissants congolais peuvent prétendre à la délivrance d'une carte de résident dès lors qu'ils justifient de trois années de résidence régulière et ininterrompue sur le territoire français, et non à l'issue des cinq années de présence prévues à l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils ne peuvent obtenir ce titre que s'ils remplissent les autres conditions cumulatives prévues par les autres dispositions de l'article L. 426-17, et notamment celle de disposer de ressources suffisantes devant atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance, ressources qui doivent être appréciées, pour les ressortissants congolais, sur la période des trois années précédant leur demande.

12. Il ressort des pièces du dossier que les ressources mensuelles de Mme A sont de 1 008 euros, ce qui demeure inférieur au salaire minimum de croissance. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que c'est-à-tort que la préfète de l'Aisne lui a refusé pour ce motif une carte de résident de longue durée. A cet égard, si l'arrêté attaqué retient également que

Mme A ne démontrait pas avoir " le niveau A2 " pour bénéficier d'une carte de résident, il résulte de l'instruction que la préfète de l'Aisne aurait pris la même décision en ne prenant en compte que les ressources insuffisantes de la requérante. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 11 de la convention franco-congolaise du 31 juillet 1993 doit être écarté.

13. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7,

L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

14. D'une part, si Mme A soutient avoir quitté son pays d'origine depuis 1973 à l'âge de 20 ans pour s'installer en Belgique avec son époux et y avoir suivi des études, elle expose elle-même avoir donné naissance à deux enfants en République du Congo en 1979 et 1981 après la fin de ses études avant de rejoindre la France en 2006 selon ses dires. Il ne peut ainsi être tenu pour établi qu'elle n'aurait plus résidé dans son pays d'origine depuis plus de cinquante ans comme elle le soutient. D'autre part, Mme A, qui est célibataire, se prévaut de la présence en France de ses nièces. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que sa fille, son petit-fils et des membres de sa fratrie résident en République du Congo où elle n'est ainsi pas dépourvue d'attaches. Dans ces conditions, en dépit de la durée de son séjour en France, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qu'elle méconnaitrait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Aisne se serait crue en situation de compétence liée pour prononcer à l'encontre de Mme A une obligation de quitter le territoire français du fait du refus de séjour également opposé. Par suite, le moyen en ce sens doit être écarté dans toutes ses branches.

16. En deuxième lieu, compte-tenu de ce qui précède le moyen tiré de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à raison de l'illégalité de la décision refusant un titre de séjour à Mme A doit être écarté.

17. En troisième lieu, compte-tenu de la situation personnelle de Mme A telle qu'exposée au point 14, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. Il ressort de la décision attaquée que celle-ci fait état des nombreuses infractions commises par Mme A au cours de son séjour en France et d'une condamnation pénale pour violences aggravées. Toutefois, ces circonstances ne ressortent d'aucune pièce du dossier compte-tenu notamment du casier judiciaire vierge de l'intéressée. Dans ces conditions, celle-ci est fondée à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de fait et à en demander l'annulation pour ce motif.

19. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué mais seulement en tant qu'il lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

20. L'annulation prononcée par le présent jugement, compte-tenu du motif qui la fonde, n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour à l'intéressée ou le réexamen de sa situation. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées en ce sens doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

21. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L'intervention de l'association Rhône-Alpes de préparation à la retraite n'est pas admise.

Article 2 : L'arrêté du 3 janvier 2025 est annulé en tant qu'il fait interdiction de retour sur le territoire français à Mme A pour une durée de six mois.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la préfète de l'Aisne, à Me Lefevre et à l'association Rhône-Alpes de préparation à la retraite.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

Mme Sako, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2025.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions