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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501124

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501124

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501124
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. A, ressortissant malien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris à son encontre. Le tribunal a estimé que les conditions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas remplies, en raison du manque d'assiduité et d'implication de l'intéressé dans sa formation, ainsi que de la persistance de liens avec sa famille restée au Mali. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2025, M. B A, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2025 par lequel la préfète de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient qu'il pouvait bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la mesure d'éloignement est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2025, la préfète de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 mars 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 mai 2025.

Les parties ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.

La préfète de l'Aisne a produit des pièces, enregistrées le 2 juin 2025, qui ont été communiquées.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pierre,

- et les observations de Me Pereira, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, né le 7 mai 2006, déclare être entré en France le 7 octobre 2020. Pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, il a sollicité à sa majorité son admission au séjour mais a vu cette demande rejetée par l'arrêté attaqué du 17 février 2025 par lequel la préfète de l'Aisne lui fait également obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

4. M. A suit actuellement une formation en vue de l'obtention d'un baccalauréat professionnel d'électricien, après avoir obtenu un certificat d'aptitude professionnelle de monteur installations sanitaires. Toutefois, outre la faiblesse de ses résultats que l'intéressé explique par l'absence d'alphabétisation antérieure à son arrivée en France, il ressort des pièces du dossier que M. A est très régulièrement absent et a été alerté sur son manque d'implication et d'assiduité. A cet égard, s'il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une prise en charge médicale pour un problème de surdité à l'oreille gauche au début de l'année 2024, cette circonstance ne saurait justifier l'ensemble de ses absences et son manque d'investissement dans sa formation qui est particulièrement sensible au cours du premier semestre de l'année scolaire 2023-2024 et a de nouveau été noté le semestre suivant. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A est en contact, notamment téléphonique avec sa famille, qui réside au Mali. Dans ces conditions, alors même que l'avis de sa structure d'accueil serait favorable, M. A n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Aisne aurait entaché l'arrêté attaqué d'erreur d'appréciation en lui refusant un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, compte-tenu de ce qui précède et alors que M. A, qui est célibataire et sans enfants, ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

La rapporteure,

Signé

A-L Pierre

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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