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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501154

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501154

vendredi 28 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501154
TypeDécision
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWELSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 mars 2025, Mme C A, représentée par Me Welsch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 5 mars 2025 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a cessé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir partiellement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, soit au titre de l'hébergement, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Mme A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'insuffisance de motivation ;

- le principe du contradictoire n'a pas été respecté dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de discuter du motif sur le fondement duquel la décision attaquée a été prise, le courrier en date du 10 février 2025 l'informant de l'intention de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles n'étant pas suffisamment précis ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions du 3° de l'article L. 551- 6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que n'ayant pas exécuté l'arrêté de transfert vers la République Tchèque, elle ne peut se voir délivrer une attestation du demandeur d'asile en application des dispositions de l'article R. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de sorte qu'il ne peut lui être reproché d'avoir manqué à ses obligations en s'abstenant de produire ladite attestation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'administration ne pouvait mettre fin aux conditions matérielles d'accueil que dans des cas exceptionnels et que la décision attaquée ne tient pas compte de sa situation de vulnérabilité ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2025, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sako, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sako, magistrate désignée,

- et les observations de Me Welsch, représentant Mme A, également présente, qui conclut aux mêmes fins que la requête, insiste sur les moyens tirés du défaut de contradictoire, de l'erreur de droit au titre des dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la situation de grande vulnérabilité dans laquelle est placée Mme A et son fils âgé de deux ans.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 25 octobre 2024, le directeur général de l'OFII a décidé de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil accordé depuis le 14 novembre 2023 à Mme C A, ressortissante camerounaise née le 22 avril 1997, au motif que l'intéressée n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en refusant d'embarquer pour le vol devant permettre son transfert aux autorités tchèques, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un jugement du 29 novembre 2024, le tribunal administratif a annulé cette décision et a enjoint à l'OFII de rétablir l'intéressée dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de huit jours. A la suite de la saisine par l'intéressée du juge des référés du tribunal, il a été procédé à l'exécution de ce jugement le 18 décembre 2024, date à laquelle Mme A, dont le bénéfice à l'allocation pour demandeur d'asile avait préalablement été rétabli, a pu intégrer avec son fils un hébergement d'urgence pour demandeur d'asile. Par une décision du 5 mars 2025, le directeur général de l'OFII a de nouveau décidé de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de l'intéressée, cette fois au motif qu'elle n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de produire les informations utiles à l'instruction de sa demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal l'annulation de la décision du 5 mars 2025, et à ce qu'il soit enjoint au directeur général de l'OFII de lui rétablir partiellement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président (), soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ". En vertu de l'article D. 551-18 du même code, la décision mettant fin aux conditions matérielles prise sur le fondement du 3° de l'article L. 551-16 : " ne peut être prise que dans des cas exceptionnels ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs () ".

5. B part, aux termes de l'article D. 553-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont admis au bénéfice de l'allocation prévue au présent chapitre, les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 551-9 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 521- 7. (). Aux termes de l'article D. 553-24 de ce code : " Le versement de l'allocation prend fin dans les cas suivants : () / 3° A compter de la date à laquelle l'attestation de demande d'asile a été retirée par l'autorité administrative ou n'a pas été renouvelée en application de l'article R. 573-2 ". Aux termes de l'article R. 573-2 du même code : " L'attestation de demande d'asile peut être retirée ou ne pas être renouvelée lorsque l'étranger se soustrait de manière intentionnelle et répétée aux convocations ou contrôles de l'autorité administrative en vue de faire échec à l'exécution d'une décision de transfert ".

6. En premier lieu, pour considérer que Mme A n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, et mettre fin aux conditions matérielles d'accueil, sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'OFII s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée n'avait pas fait suite à courrier en date du 5 décembre 2024 par lequel il lui était demandé de produire une nouvelle attestation de demande d'asile, la précédente arrivant à expiration le 12 décembre 2024. Toutefois, et alors au demeurant que Mme A justifie, contrairement à ce que fait valoir l'OFII en défense, avoir sollicité en vain le renouvellement de cette attestation auprès des services de la préfecture du Nord le 5 février 2025, l'absence de production d'un tel document ne peut être regardée comme caractérisant une méconnaissance des exigences des autorités chargées de l'asile au sens des dispositions précitées du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A est donc fondée à soutenir que le directeur général de l'OFII a entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. En deuxième lieu, alors que le tribunal avait, comme indiqué précédemment, annulé une précédente décision de cessation des conditions matérielles d'accueil en considérant que l'OFII ne justifiait pas que Mme A relevait d'un cas exceptionnel justifiant la mise en œuvre des dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'administration ne justifie pas avoir procédé à l'examen de la situation de vulnérabilité de l'intéressée, mère isolée d'un enfant de deux ans, dépourvue de toute ressource et sans aucune solution alternative d'hébergement. En effet, alors que la décision attaquée ne fait nulle mention de l'examen de la situation de vulnérabilité de l'intéressée, l'OFII se borne à produire une fiche d'évaluation du 14 novembre 2023 réalisée avant que Mme A ne donne naissance à son fils, le 20 novembre 2023. Par suite, le directeur général de l'OFII a également commis une erreur d'appréciation de la vulnérabilité de cette famille en mettant intégralement fin aux conditions matérielles d'accueil de Mme A.

8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à solliciter l'annulation de la décision du 5 mars 2025.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Le présent jugement implique nécessairement que l'OFII rétablisse partiellement Mme A dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, c'est-à-dire au titre de l'hébergement. Il y a lieu de lui fixer un délai d'exécution de trois jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances particulières de l'espèce telles qu'énoncées aux points 1 et 7 du présent jugement et telles qu'elles ressortent des observations présentées par le conseil de Mme A à l'audience, il y a lieu d'assortir l'injonction prononcée d'une astreinte de 100 euros par jour de retard.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Mme A a été provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Welsch, avocate de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'OFII le versement à Me Welsch de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La décision du 5 mars 2025 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir Mme A dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai de 3 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Une astreinte de 100 (cent) euros par jour est prononcée à l'encontre de l'OFII, s'il n'est pas justifié de l'exécution du présent jugement dans le délai mentionné à l'article 2 ci-dessus.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Welsch renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, l'OFII versera à Me Welsch, avocate de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Welsch et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2025.

La magistrate désignée,

Signé

B. SAKO

La greffière,

Signé

V. MARTINVAL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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