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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501223

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501223

mercredi 16 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501223
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET ANAÏS DELAGE

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté préfectoral du 24 février 2025 refusant son titre de séjour en tant que parent d'enfant français et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et pris par une autorité compétente, et que le requérant ne justifiait pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille française, comme l'exige l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant ont également été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mars 2025, M. A B, représenté par Me Delage, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 février 2025 par lequel le préfet de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en tant que parent d'enfant français dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'erreurs de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il contribue à l'entretien et participe à l'éducation de sa fille française ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2025, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 26 mars 2025, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, rapporteur,

- et les observations de Me Delage, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 20 décembre 1982, est entré sur le territoire français le 13 mars 2018 sans visa, selon ses déclarations. Le 30 août 2022, l'intéressé a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 février 2025, dont M. B demande l'annulation, le préfet de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait pour ce faire d'une délégation de signature du préfet de l'Oise en date du 25 novembre 2024 régulièrement publiée le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent les fondements et détaille la situation de M. B par des considérations qui lui sont propres. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation personnelle avant de prendre l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père d'un enfant français né le 5 avril 2020, qu'il n'a reconnu que le 15 avril 2022. Il est constant que l'intéressé ne partage aucune communauté de vie avec sa fille. M. B se prévaut de récépissés de mandats cash au profit de la mère de leur enfant pour des montants de 200 euros le 17 juillet 2022, de 300 euros le 24 juillet 2022, de 250 euros le 31 juillet 2022, de 150 euros le 20 septembre 2022, de 300 euros le 8 novembre 2022, de 150 euros le 14 novembre 2022, de 100 euros le 16 décembre 2022, de 100 euros le 29 décembre 2022, de 100 euros le 15 avril 2023, de 50 euros le 27 juillet 2023, de 100 euros le 9 août 2023, de 150 euros le 21 novembre 2023 et de 100 euros le 8 décembre 2023. Toutefois, en l'absence de preuve de versements au titre de la période du 9 décembre 2023 au 24 février 2025, ces éléments ne permettent pas de regarder l'intéressé comme contribuant à l'entretien de sa fille. Il ressort également d'une attestation de la mère de leur fille, datée du 15 janvier 2025, que M. B ne participe pas à l'entretien et à l'éducation de l'enfant. Si le requérant produit un certificat de la directrice de l'école maternelle " Les genottes " attestant qu'il était présent aux heures de rentrée et de sortie d'école au cours de l'année scolaire 2023-2024, il ressort toutefois d'un courriel du 31 janvier 2025 de la directrice de l'école maternelle " Boyer ", dans laquelle était scolarisée la fille de l'intéressé au titre de l'année scolaire 2024-2025, que ce dernier ne l'a jamais accompagnée à l'école ni récupérée après les cours. En outre, si M. B se prévaut d'une demande du 18 mars 2025 auprès du juge aux affaires familiales en vue de bénéficier de l'autorité parentale, cette circonstance postérieure à la date de l'arrêté attaqué est sans incidence sur sa légalité. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme participant à l'éducation et contribuant à l'entretien de sa fille. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article

L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet de l'Oise n'était pas tenu, en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de consulter la commission du titre de séjour. Le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour doit donc être écarté

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu de sa situation telle qu'exposée au point 6 et alors qu'il ne justifie pas de l'exercice d'une activité professionnelle ni d'aucun élément d'intégration dans la société française et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de 35 ans, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. B ne participe pas à l'éducation ni ne contribue à l'entretien de sa fille. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par

M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Delage et au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Demurger, présidente,

M. Truy, premier conseiller honoraire,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2025.

Le rapporteur,

signé

V. Le Gars

La présidente,

signé

F. Demurger

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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