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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501469

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501469

mardi 22 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501469
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantJAIDI AVOCAT

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens a été saisi par M. C, ressortissant tunisien, d'une demande d'annulation de l'arrêté du 8 avril 2025 par lequel la préfète de l'Aisne l'a assigné à résidence pour une durée de douze mois. Le tribunal a constaté que la préfète avait fondé sa décision sur l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui limite la durée de l'assignation à résidence à quarante-cinq jours renouvelable une fois, et non sur l'article L. 731-3 du même code, qui permet une durée maximale d'un an. En conséquence, la décision attaquée est entachée d'illégalité et le tribunal a prononcé son annulation.

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Fass, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 922-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fass,

- les observations de Me Jaidi, représentant de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, précise en outre qu'il conteste la demande de substitution de base légale sollicitée par la préfète de l'Aisne, qu'il a interjeté appel à l'encontre du jugement du tribunal administratif de Lille, que M. C justifie d'une adresse stable, qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et soutient que la décision attaquée porte atteinte à son droit au respect d'une vie privée et familiale ainsi qu'à son droit de pouvoir exercer une activité professionnelle.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 23 février 1989, déclare être entré sur le territoire français en 2020. Par un arrêté du 4 février 2025, la préfète de l'Aisne l'a obligé quitter, sans délai, le territoire français, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit son retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un jugement du

26 février 2025, le magistrat désigné du tribunal administratif de Lille a annulé l'arrêté du 4 février 2025 en tant que cet arrêté lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un arrêté du 8 avril 2025, dont M. C demande l'annulation, la préfète de l'Aisne a assigné à résidence M. C pour une durée de douze mois.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ".

5. D'autre part aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (). Et l'article L. 732-4 du même code précise que : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée d'un an. Elle peut être renouvelée deux fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire. ".

6. Il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Aisne a assigné M. C à résidence pour une durée de douze mois sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-1 précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en indiquant, d'une part, que l'intéressé ne possède aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité et, d'autre part, que l'exécution de son éloignement demeure une perspective raisonnable. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté en défense, que M. C ne dispose pas d'un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, son éloignement ne pouvait être regardé, à la date de la décision attaquée, comme une perspective raisonnable au sens des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la préfète de l'Aisne l'admet d'ailleurs aux termes de ses écritures en défense, en demandant à substituer à cette base légale celle de l'article L. 731-3 du même code. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la préfète de l'Aisne a inexactement appliqué les dispositions de l'article L. 731-1 précité de ce code.

7. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. (). ".

8. En outre, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

9. Si la préfète de l'Aisne demande de substituer à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile les dispositions de l'article L. 731-3 du même code, la compétence pour statuer sur la légalité des décisions prises en application des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relèvent toutefois de de la formation collégiale du tribunal administratif. Ainsi, l'assignation à résidence d'une durée maximale de 45 jours renouvelable une fois dans le cas où existe une perspective raisonnable d'éloignement au sens des dispositions citées au point 4 et l'assignation à résidence d'une durée d'un an dans le cas dérogatoire où une perspective d'éloignement est à attendre au sens des dispositions citées au point 5, sont deux décisions dont les contestations sont régies par des procédures contentieuses distinctes. Par suite, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à cette demande de substitution de base légale présentée par la préfète de l'Aisne, sans préjudice, au demeurant, de sa faculté, si elle s'y croit fondée, de prendre une nouvelle décision sur ce dernier fondement.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2025 par lequel la préfète de l'Aisne l'a assigné à résidence pour une durée de douze mois et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur les frais d'instance :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 8 avril 2025 de la préfète de l'Aisne est annulé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Jaidi et à la préfète de l'Aisne.

Copie en sera adressé au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2025.

La magistrate désignée,

signé

L. FASSLa greffière,

signé

S. CHATELLAIN

La République mande et ordonne à la préfète de l'Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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