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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501616

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501616

mardi 25 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. C..., ressortissant marocain, contestant le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de l'Oise. Le tribunal a écarté les moyens d'insuffisance de motivation, d'erreur de droit et d'erreur de fait, estimant que l'administration n'avait pas à mentionner tous les éléments de la situation personnelle et que l'absence de déclaration de son enfant était sans incidence. Il a jugé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de l'intéressé au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de ses attaches au Maroc et de la possibilité de reconstituer la cellule familiale dans ce pays. La solution retenue est le rejet de la requête, fondée sur les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 avril 2025, M. B... C..., représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

d’annuler l’arrêté du 17 mars 2025 par lequel le préfet de l’Oise lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;

d’enjoindre au préfet de l’Oise de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

de mettre à la charge de l’Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d’une erreur de droit, dès lors qu’il ne fait pas référence à l’accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- il est entaché d’une erreur de fait, le préfet de l’Oise ayant retenu à tort qu’il n’avait déclaré aucun enfant à charge ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2025, le préfet de l’Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. C... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Fumagalli, conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant marocain né le 26 juin 1979, est entré sur le territoire français en 2019. Il a sollicité la délivrance d’un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 mars 2025, dont M. C... demande l’annulation par la présente requête, le préfet de l’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination de la mesure d’éloignement.

En premier lieu, l’arrêté attaqué, qui n’avait pas à faire état de tous les éléments propres à la situation de M. C..., comporte l’énoncé des circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

En troisième lieu, le requérant n’assortit pas le moyen tiré de l’erreur de droit des précisions nécessaires de nature à permettre au tribunal d’en apprécier le bien-fondé.

En quatrième lieu, M. C... n’établit pas avoir informé l’administration de la naissance de son fils A..., le 23 octobre 2023 à Senlis. En tout état de cause, l’erreur dont se prévaut le requérant est sans incidence sur l’appréciation portée par le préfet sur sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de fait ne peut qu’être écarté.

En cinquième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

A l’appui de son recours, M. C... se prévaut notamment de la présence en France de son épouse, également de nationalité marocaine, avec qui il a contracté mariage le 11 décembre 2021, de son fils, ainsi que de son frère, de cousins et de tantes. Toutefois, la seule circonstance que son épouse est titulaire d’une carte de résident ne fait pas obstacle à la reconstitution de la cellule familiale au Maroc, où M. C... a vécu jusqu’à l’âge de quarante ans et où il dispose donc nécessairement d’attaches. Par ailleurs, M. C... n’établit pas la continuité de son séjour sur le territoire français depuis son arrivée alléguée en 2019. Enfin, le requérant ne se prévaut pas de l’exercice d’une activité professionnelle et n’évoque pas l’insertion socio-professionnelle de sa conjointe. Ainsi, compte tenu des conditions du séjour en France de l’intéressé, l’arrêté attaqué n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n’a ainsi pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de l’Oise n’a pas entaché son arrêté d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. C....

En dernier lieu, aux termes du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ». Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

Comme indiqué au point 6, rien ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d’origine du requérant et de son épouse, avec leur fils, né en 2023, dont il n’est pas établi qu’il ne pourrait pas, compte tenu de son très jeune âge, suivre sa scolarité au Maroc. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations citées au point précédent doit être écarté.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête de doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.







D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de l’Oise.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,
Mme Cousin, première conseillère,
M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2025.



Le président,


signé

S. Lebdiri





Le rapporteur,


signé

E. Fumagalli

La greffière,

signé

L. Touïl

La République mande et ordonne au préfet de l’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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