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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2501875

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2501875

mardi 25 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2501875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens rejette la requête de M. A..., ressortissant nigérian, qui contestait l’arrêté préfectoral du 26 mars 2025 l’obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal estime que la mesure d’éloignement ne méconnaît pas l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, compte tenu de l’absence d’attaches familiales établies en France et de la récence de son séjour. Il écarte également le moyen tiré de l’article 3 de la même Convention et de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, faute pour le requérant de démontrer des risques personnels en cas de retour au Nigéria.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 mai 2025, M. B... A..., représenté par la SCP Dumoulin-Chartrelle-Abiven en la personne de Me Chartrelle, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 26 mars 2025 par lequel le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d’asile, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an.

Il soutient que :

- l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2025, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.

M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Cousin, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant nigérian né le 8 mai 1995, déclare être entré sur le territoire français le 18 décembre 2023. Il a déposé une demande d’asile le 10 janvier 2024, qui a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 26 mars 2024, puis par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 octobre 2024. Par un arrêté du 26 mars 2025, le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d’asile, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination de la mesure d’éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an. Par la présente requête, M. A... demande l’annulation de cet arrêté.

En premier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

En l’espèce, M. A..., dont la présence sur le territoire est très récente, n’apporte aucun témoignage d’une vie privée et familiale en France. En outre, il n’établit pas ne plus disposer d’attaches dans son pays d’origine. Dès lors, en obligeant l’intéressé à quitter le territoire français, le préfet de la Somme n’a pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n’a pas commis d’erreur manifeste d’appréciation au regard des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Aux termes de l’article L. 721- 4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

En l’espèce, si le requérant, qui a été débouté de sa demande d’asile, comme exposé au point 1, soutient qu’il a quitté le Nigéria du fait de craintes pour sa sécurité suscitées par la découverte de son homosexualité, il ne produit aucun élément en vue d’étayer ses affirmations. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de la requête doivent être rejetées.























D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,
M. Richard, premier conseiller,
Mme Cousin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 novembre 2025.




Le président,

signé

S. Lebdiri





La rapporteure,

signé

C. Cousin

La greffière,

signé

L. Touïl

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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