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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2503138

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2503138

vendredi 8 août 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2503138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTAOUFIK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, un ressortissant gabonais, contestant un arrêté préfectoral fixant le pays de destination (Gabon) et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, ainsi qu'un arrêté d'assignation à résidence. Le tribunal a jugé que les conclusions dirigées contre les décisions du 12 juillet 2025 étaient irrecevables en raison de leur tardiveté, le recours ayant été introduit au-delà du délai de sept jours prévu par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sur le fond, le tribunal a estimé que la fixation du pays de destination n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation et que l'interdiction de retour, bien que non examinée sur la proportionnalité en raison de l'irrecevabilité, ne présentait pas de moyen sérieux. Enfin, les moyens soulevés contre l'assignation à résidence ont été écartés comme infondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un requête et des pièces complémentaires enregistrées les 24 et 29 juillet 2025,

M. A B, représenté par Me Taoufik, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2025 du préfet de l'Oise en tant, d'une part, qu'il a fixé le Gabon comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet par ce même arrêté, d'autre part, qu'il a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2025 par lequel le préfet de l'Oise l'a assigné à résidence sur la commune de Beauvais (60000) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il pourrait être mis en mesure de choisir ce pays de destination ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans est disproportionnée dès lors qu'il ne présente aucune menace pour l'ordre public ;

- l'arrêté portant assignation à résidence a été pris par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation dès lors que la décision d'assignation a été prise avant l'annulation le 16 juillet 2025 de la décision le plaçant en rétention administrative ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'assignant à résidence à Beauvais alors qu'il réside chez sa mère au 2 rue de la Noue à Ravenel (60130) et pourrait effectuer le pointage à Saint-Just-en-Chaussée.

Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés le 28 juillet 2025, le préfet de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5, L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné, qui soulève à l'audience le moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions de la requête dirigées contre les décisions portant fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français contenues dans l'arrêté du

12 juillet 2025 du préfet de l'Oise sont irrecevables en raison de leur tardiveté dès lors que cet arrêté du 12 juillet 2025 a été notifié à M. B le 13 juillet suivant à 08h05 et que la requête a été introduite le 24 juillet 2025, soit postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux de sept jours prévu par les dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- et les observations de M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée après les observations orales des parties, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant gabonais né le 18 juin 1999, déclare être entré sur le territoire français en 2015 à l'âge de 16 ans. Il demande, en premier lieu, l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2025 du préfet de l'Oise en tant, d'une part, qu'il a fixé le Gabon comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet par ce même arrêté, d'autre part, qu'il a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Il demande, en second lieu, l'annulation l'arrêté du 15 juillet 2025 par lequel le préfet du même département l'a assigné à résidence sur la commune de Beauvais (60000) pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2025 en tant qu'il fixe le pays de destination et prononce une interdiction de retour sur le territoire français :

2. En premier lieu, en fixant comme pays de destination le Gabon, pays dont le requérant a la nationalité, ou tout autre pays dans lequel celui-ci est légalement admissible, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir, en se bornant à faire valoir qu'il pourrait être mis en mesure de choisir ce pays de destination, que le préfet de l'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

4. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré en France en 2016 selon ses déclarations, est célibataire sans enfant à charge et réside au domicile de sa mère et son époux situé sur la commune de Ravenel (60130). L'intéressé, à la suite de sa condamnation à trois mois d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Beauvais le 21 octobre 2024 pour menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, a été condamné dernièrement le 10 mars 2025 par le tribunal judiciaire de Beauvais à 12 mois d'emprisonnement pour port sans motif d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D, refus de se soumettre aux vérifications tendant à établir l'état alcoolique lors de la constatation d'un crime, d'un délit ou d'un accident de la circulation, violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, destruction d'un bien appartenant à autrui et menace réitérée de crime contre les personnes commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et menace réitérée de crime contre les personnes, ainsi qu'à une interdiction de paraître dans certains lieux, notamment le domicile des victimes, interdiction d'entrer en relation avec les victimes de l'infraction pour une durée de trois ans, interdiction de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pour une durée de trois ans. Le bulletin n° 2 du casier judiciaire de

M. B fait par ailleurs état de quatre mentions tenant à une condamnation le

20 mars 2019 par le tribunal correctionnel de Compiègne à quatre mois d'emprisonnement avec sursis assortis de l'obligation d'accomplir 120 heures de travaux d'intérêt général pour offre ou cession non autorisée de stupéfiants, à deux condamnations le 13 juin 2019 par le tribunal de grande instance de Compiègne à 100 et 400 euros d'amende avec sursis pour usage de stupéfiants et à une condamnation le 9 avril 2020 par le tribunal judiciaire de Compiègne à

400 euros d'amende avec obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière pour conduite sans permis et refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter.Enfin, il ressort du fichier de traitement des antécédents judiciaires produit en défense que l'intéressé a déjà été interpellé régulièrement à plusieurs reprises pour des faits relevant de neuf infractions de nature délictuelle ou criminelle entre mai 2018 et mars 2025. En se bornant à soutenir qu'il ne représente aucune menace pour l'ordre public, et alors qu'il ne conteste pas la matérialité des faits pour lesquels il a été condamné ou fait l'objet d'un signalement, la présence en France du requérant doit être regardée en l'espèce comme constitutive d'une menace pour l'ordre public compte tenu des nombreux signalements et condamnations dont il a fait l'objet régulièrement depuis son entrée en France. Dans ces conditions, nonobstant l'absence de précédente mesure d'éloignement, M. B, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires de nature à ce que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet de l'Oise aurait commis une erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 juillet 2025 du préfet de l'Oise en tant qu'il fixe le pays de destination et prononce une interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2025 :

7. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable () ". Aux termes de l'article R. 732-1 de ce code : " L'autorité administrative compétente pour assigner un étranger à résidence en application de l'article L. 731-1 est le préfet de département où se situe le lieu d'assignation à résidence () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / () ".

8. Dès lors que M. B établit, notamment par la production d'une attestation du 15 juillet 2025 rédigée par sa mère, résider chez sa mère et son époux au n° 2 rue de la Noue à Ravenel dans le département de l'Oise, à une adresse qu'il a d'ailleurs indiquée au préfet, il est fondé à soutenir que le préfet de l'Oise a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'assignant à résidence à Beauvais, commune de son lieu d'incarcération.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 15 juillet 2025 du préfet de l'Oise portant assignation à résidence.

10. Dès lors que M. B n'a ni obtenu ni même sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du requérant tendant à ce que soit mis à la charge de l'Etat, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, le versement à son conseil de la somme qu'il demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 juillet 2025 du préfet de l'Oise portant assignation à résidence est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2025.

Le magistrat désigné,

signé

F. Wavelet

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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