Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 6 août 2025, Mme B..., représentée par Me Cliquennois, demande au tribunal :
de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
d’annuler l’arrêté du 4 août 2025 par lequel la préfète de l’Aisne l’a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d’un défaut d’examen de sa situation ;
- il est entaché d’une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 731-1 et L. 732-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
La préfète de l’Aisne a produit des pièces, enregistrées le 8 et le 14 août 2025 qui ont été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Fass, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 922-2 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Fass, magistrate désignée, a été entendu au cours de l’audience publique.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
Mme B..., ressortissante marocaine, est née le 5 novembre 1983. Par un arrêté du 16 juin 2023, le préfet du Nord l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement. Par un arrêté du 4 août 2025, dont elle demande l’annulation, la préfète de l’Aisne l’a assigné à résidence au DPAR de Laon (02000) situé 1 rue des Minimes, pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d’exécution de cette mesure.
Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (...) ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (…) / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de Mme B..., de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 730-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français ». En outre, l’article L. 733-2 de ce code dispose que : « L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures (…) ».
L’arrêté attaqué, qui indique que « Mme B... peut bénéficier d’une adresse stable au DPAR, 1 rue des Minimes, 02000 Laon » fait obligation à cette dernière de demeurer à cette adresse ainsi que de se présenter tous les jours, y compris les dimanches et les jours fériés, au commissariat de Laon et lui interdit de sortir de l’arrondissement de Laon sans autorisation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment d’une attestation en date du 1er août 2025, que la requérante justifie être hébergée au 12 rue Gay Lussac à Loos (59120) dans le département du Nord, où il ressort des pièces du dossier que son fils, âgé de 10 ans, a été scolarisé jusqu’en 2024. Alors que Mme B... ne dispose d’aucun quelconque lien ou domicile sur le territoire de la commune de Laon, la préfète de l’Aisne a, en y assignant cette dernière, entaché son arrêté d’un défaut d’examen sérieux.
Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que l’arrêté du 4 août 2025 doit être annulé.
Sur les frais d’instance :
Mme B... a été provisoirement admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Cliquennois, avocat de Mme B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État et sous réserve de l’admission définitive de sa cliente à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Cliquennois de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L’arrêté du 4 août 2025 de la préfète de l’Aisne est annulé.
Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 000 euros à Me Cliquennois dans les conditions fixées à l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et à l’article 108 du décret du 19 décembre 1991 et sous réserve de l’admission définitive de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à Me Cliquennois et à la préfète de l’Aisne.
Copie en sera adressé au bureau d’aide juridictionnelle.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2025.
La magistrate désignée,
Signé
L. FASS
Le greffier,
Signé
P. VROMAINE
La République mande et ordonne à la préfète de l’Aisne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.