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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2503381

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2503381

lundi 18 août 2025

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2503381
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a examiné la requête de M. B., ressortissant arménien, contestant un arrêté préfectoral du 8 juillet 2025 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d’un an, et son assignation à résidence. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, estimant la requête recevable. Sur le fond, il a écarté les moyens d’incompétence, d’erreur d’appréciation de la menace à l’ordre public et de violation de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, en relevant que M. B. ne justifiait pas d’une vie privée et familiale stable et ancienne en France. En conséquence, le tribunal a rejeté l’ensemble des demandes de M. B. et confirmé la légalité des arrêtés préfectoraux, en application des dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 6 août 2025, M. B..., représenté par Me Chartrelle, avocate désignée d’office, demande au tribunal :

de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

d’annuler l’arrêté du 8 juillet 2025 par lequel le préfet de l’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa reconduite à la frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an ;

d’annuler l’arrêté du 8 juillet 2025 par lequel le préfet de l’Oise l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.


Il soutient que :

- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d’erreur d’appréciation dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l’ordre public
- il méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2025, le préfet de l’Oise conclut au rejet de la requête.



Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable puisqu’elle est tardive et qu’elle ne satisfait pas aux exigences de l’article R. 411-1 du code de justice administrative ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Fass, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 922-2 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Fass,
- et les observations de Me Chartrelle, représentante de M. B..., qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et qui soutient, en outre, qu’il est arrivé sur le territoire en 2014, qu’il dispose d’attaches sur le territoire français notamment sa concubine, sa mère, sa sœur, cette dernière bénéficiant du statut de réfugié, et l’enfant de sa sœur.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant arménien, est né le 14 octobre 1982. Par un arrêté du 8 juillet 2025, le préfet de l’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de l’Oise l’a assigné à résidence au 34 rue Laurent de Normandie à Noyon (60400), pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d’exécution de cette mesure.

Sur l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président (...) ». Aux termes de l’article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (…) / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ».
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce et eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête de Mme B..., de prononcer son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

Aux termes de l’article L. 614-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 911-1 ». Aux termes de L. 614-2 du même code : « Par dérogation à l'article L. 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. (…) ». L’article L. 731-1 de ce code prévoit que : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (…) ». Aux termes de l’article L. 732-8 de ce code : « La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. / Lorsqu'elle a été notifiée après la décision d'éloignement, elle peut être contestée alors même que la légalité de la décision d'éloignement a déjà été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée ». Aux termes de l’article L. 921-1 du même code : « Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que les arrêtés contestés du 8 juillet 2025 obligeant le requérant à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de destination, lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an et l’assignant à résidence, qui comportaient la mention des voies et délais de recours, de manière précise et claire, ont été notifiés, par voie administrative, à M. B..., respectivement, le même jour à 21h22 et 21h30. Ainsi, le requérant disposait d’un délai de sept jours pour présenter sa requête au greffe du tribunal administratif. La requête de M. B... tendant à l’annulation de ces deux arrêtés, qui a été enregistrée au greffe du tribunal le 6 août 2025, après l’expiration de ce délai de sept jours, est tardive et, par suite, irrecevable. Ainsi, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de l’Oise tiré de la tardiveté de la requête doit être accueillie.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées.


D É C I D E :


Article 1er : M. B... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. B... est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à Me Chartrelle et au préfet de l’Oise.

Copie en sera adressé au bureau d’aide juridictionnelle.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2025.


La magistrate désignée,
Signé
L. FASS
La greffière,
Signé
P. VROMAINE



La République mande et ordonne au préfet de l’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.









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