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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-1903793

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-1903793

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-1903793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPETIT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement avant dire droit rendu le 8 juin 2022 sous le n° 1903793, le tribunal administratif de Toulon a :

1°) rejeté les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° 2019-127 du 4 avril 2019 ;

2°) ordonné une expertise en vue de délivrer tous les éléments utiles pour permettre de déterminer s'il existe un lien entre l'accident du 20 septembre 2016 et les soins ou arrêts de travail exposés par Mme A entre le 17 novembre 2016 et sa reprise d'activité, ainsi que pour déterminer la date de consolidation des séquelles de ces lésions.

Le rapport d'expertise du docteur C a été enregistré au greffe le 2 octobre 2023.

Par un courrier du 6 octobre 2023, les parties ont été invitées à produire des observations dans un délai d'un mois, en application des dispositions de l'article R. 621-9 du code de justice administrative.

Par deux mémoires enregistrés les 6 et 7 novembre 2023, Mme A a déposé des observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 9 novembre 2023 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur C.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 87-602 du 30 juillet 1987 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Martin, rapporteure,

- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,

- les observations de Me Hoffmann, représentant Mme A,

- et les observations de Me Petit, représentant la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, adjointe technique exerçant ses fonctions au service de la communauté d'agglomération dracénoise devenue la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon, a été victime le 20 septembre 2016 d'un accident dont l'imputabilité au service a été reconnue par arrêté du 6 octobre 2016. Elle n'a pu reprendre son activité professionnelle que le 16 novembre 2018. La commission de réforme départementale a néanmoins fixé la date de sa guérison au 16 novembre 2016. Par trois arrêtés n° 2019-125, n° 2019-126 et n° 2019-127 du 4 avril 2019, le président de la communauté d'agglomération a placé Mme A en congé de maladie ordinaire du 17 novembre 2016 au 16 novembre 2017, puis l'a placée en disponibilité d'office du 17 novembre 2017 au 15 novembre 2018, puis a décidé sa réintégration à temps complet à compter du 16 novembre 2018. Mme A demande au tribunal d'annuler ces trois décisions.

2. Par un jugement avant dire droit du 8 juin 2022, le tribunal administratif de Toulon, statuant sur la requête de Mme A du 17 octobre 2019, a statué sur les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, de l'incompétence négative, du vice de procédure, a rejeté comme irrecevables les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté n° 2019-125 du 4 avril 2019 et a ordonné une expertise médicale afin de déterminer s'il existe un lien entre l'accident du

20 septembre 2016 et les soins ou arrêts de travail exposés par Mme A entre le 17 novembre 2016 et sa reprise d'activité, ainsi que pour déterminer la date de consolidation des séquelles de ces lésions. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 2 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté n° 2019-125 du 4 avril 2019 :

3. Aux termes de l'article 57 de la loi 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale dans sa rédaction alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () Toutefois, si la maladie provient () d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite () ".

4. Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet événement du service, le caractère d'un accident de service.

5. Selon l'avis de la commission de réforme qui s'est réunie le 31 octobre 2018, la date de la guérison de Mme A doit être fixée au 16 novembre 2016 avec un retour à l'état antérieur. Selon le même avis, l'intervention chirurgicale et les arrêts et soins à compter du 17 novembre 2016 sont à prendre en charge au titre de la maladie ordinaire, dans la mesure où il s'agit d'une pathologie préexistante à l'accident et qui évolue pour son propre compte.

6. Mme A produit toutefois à l'appui de sa requête un avis médico-légal du 21 avril 2021 d'un praticien chirurgien des hôpitaux du service de santé des armées, selon lequel les lésions qu'elle a subies au genou gauche sont imputables de façon directe, certaine et exclusive à l'accident de travail du 20 septembre 2016 et tous les soins ou arrêts de travail depuis cette date jusqu'à sa reprise d'activité sont en lien avec cette pathologie. Du fait de ces éléments d'appréciation contradictoires d'ordre médical, le tribunal a ordonné, par un jugement avant dire droit du 8 juin 2022, une expertise.

7. Par un rapport d'expertise enregistré au greffe du tribunal le 2 octobre 2023, et communiqué aux parties, le docteur C conclut à l'existence d'un lien direct et certain entre l'accident du 20 septembre 2016 et les soins exposés par Mme A entre le 17 novembre 2016 et sa reprise d'activité et fixe au 16 novembre 2018 la date de consolidation des séquelles de lésions de l'intéressée. Ainsi, en fixant la date de consolidation au 16 novembre 2016 pour placer l'intéressée en congé de maladie ordinaire entre le 17 novembre 2016 et le 16 novembre 2017, le président de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon a commis une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté n° 2019-125 du 4 avril 2019 par lequel le président de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon a placé en congé de maladie ordinaire Mme A du 17 novembre 2016 au 16 novembre 2017 doit être annulé.

En ce qui concerne l'arrêté n° 2019-126 du 4 avril 2019 :

9. Aux termes de l'article 17 du décret du 30 juillet 1987 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique et au régime des congés de maladie des fonctionnaires territoriaux : " Lorsque, à l'expiration de la première période de six mois consécutifs de congé de maladie, le fonctionnaire est inapte à reprendre son service, le comité médical est saisi pour avis de toute demande de prolongation de ce congé dans la limite des six mois restant à courir. / Lorsque le fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du comité médical. En cas d'avis défavorable, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis de la commission de réforme. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. / Le fonctionnaire qui, à l'expiration de son congé de maladie, refuse sans motif valable lié à son état de santé le poste qui lui est assigné peut être licencié après avis de la commission administrative paritaire. "

10. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale.

11. Il ressort des pièces du dossier que le placement de Mme A en disponibilité d'office pour une durée d'un an à compter du 17 novembre 2017 se fonde sur l'expiration de ses droits à congés de maladie ordinaire non imputable au service en raison de la fixation de la date de consolidation au 16 novembre 2016. L'arrêté n° 2019-125 la plaçant en congé de maladie ordinaire du 17 novembre 2016 au 16 novembre 2017 étant annulé par le présent jugement, l'arrêté par lequel elle a été placée en disponibilité d'office à compter du 17 novembre 2017 en raison de l'épuisement de ses droits à congé de maladie ordinaire doit être annulé par voie de conséquence de cette annulation.

12. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté n° 2019-126 du 4 avril 2019 par lequel le président de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon a placé Mme A en disponibilité d'office du 17 novembre 2017 au 16 novembre 2018 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon fixe la date de consolidation des séquelles de l'accident de service de Mme A au 16 novembre 2018, et reconstitue sa carrière ainsi que ses droits financiers jusqu'au 17 novembre 2018, date à laquelle Mme A doit être regardée comme guérie. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

14. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de Mme A qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon la somme de 1 500 euros demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

15. En second lieu, les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les frais d'expertise soient mis à la charge de Mme A qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente affaire. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon les frais de l'expertise ordonnée par le jugement du 8 juin 2022, liquidés et taxés par ordonnance de la présidente du tribunal du 9 novembre 2023 à la somme de 1 800 euros T.T.C.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 2019-125 du 4 avril 2019 portant placement de Mme A en congé de maladie ordinaire du 16 novembre 2016 au 16 novembre 2017 est annulé.

Article 2 : L'arrêté n° 2019-126 du 4 avril 2019 portant placement de Mme A en disponibilité d'office du 16 novembre 2017 au 16 novembre 2018 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon de fixer la date de consolidation des séquelles de l'accident du 20 septembre 2016 au 16 novembre 2018, et de régulariser la situation administrative et financière de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : La communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon versera la somme de

1 500 euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Les frais d'expertise taxés à la somme de 1 800 euros T.T.C. sont mis à la charge définitive de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon.

Article 6 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié Mme B A et à la communauté d'agglomération Dracénie Provence Verdon.

Copie en sera adressé pour information au docteur C et à la Caisse primaire d'assurance maladie du Var.

Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

J.-F. Sauton, président,

B. Quaglierini, premier conseiller,

K. Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.

La rapporteure,

Signé

K. Martin

Le président,

Signé

J.-F. Sauton

La greffière,

Signé

B. Ballestracci

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier.

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