lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2000081 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KHADRAOUI-ZGAREN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 janvier 2020, M. B A D, représenté par Me Khadraoui-Zgaren, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2019 par lequel le préfet du Var a décidé de sa réadmission auprès des autorités italiennes, l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre au préfet de supprimer ledit signalement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions du II de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors notamment qu'il est entré en France depuis moins de trois mois ;
- le préfet ne s'est pas livré à un examen approfondi de sa situation ;
- les décisions attaquées sont contraires au droit de l'Union européenne ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 7° de l'article
L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2020, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Le préfet conteste chacun des moyens invoqués.
Par ordonnance du 17 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 18 octobre 2021.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public ayant été, sur sa proposition, dispensé de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- en l'absence des parties.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 8 novembre 2019, le préfet du Var a décidé de la réadmission
de M. A D auprès des autorités italiennes, l'a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an et a procédé à son signalement aux fins de non-admission
dans le système d'information Schengen, suite à une audition pour vérification du droit au séjour
le 8 novembre 2019. L'intéressé demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les stipulations et dispositions
de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il expose également la situation personnelle et administrative de M. A D.
Il contient ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, si le requérant soulève une erreur de motivation, il n'apporte pas de précisions supplémentaires quant à cette allégation. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance et de l'erreur de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, d'une part, il résulte des stipulations des articles 5 et 21
de la convention du 19 juin 1990 d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985
que les étrangers titulaires d'un titre de séjour délivré par l'un des Etats parties à la convention peuvent, sous le couvert de ce titre ainsi que d'un document de voyage en cours de validité, circuler librement pendant une période de trois mois au maximum sur le territoire des autres Etats parties, sous réserve notamment de justifier de l'objet et des conditions de leur séjour et
de disposer de moyens de subsistance suffisants, tant pour la durée de ce séjour que pour
le retour dans leur pays de provenance, ou d'être en mesure d'acquérir légalement ces moyens.
Il appartient bien, en application de ces stipulations, au ressortissant étranger titulaire d'un titre de séjour délivré par l'un des Etats parties à la convention, de justifier qu'il remplit
les conditions pour circuler sur le territoire d'un autre Etat partie.
4. Aux termes du II de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " II. - L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application du premier alinéa du I à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans un autre Etat membre de l'Union européenne d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. Toutefois, cette interdiction de circulation sur le territoire français n'est applicable à l'étranger détenteur d'une carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE" en cours de validité accordée par un autre Etat membre ou d'une carte de séjour portant la mention "carte bleue européenne" en cours de validité accordée par un autre Etat membre de l'Union européenne ou à l'étranger et aux membres de sa famille, admis à séjourner sur le territoire d'un Etat membre de l'Union européenne et bénéficiant d'un transfert temporaire intragroupe conformément à la directive 2014/66/UE du Parlement européen et du Conseil du 15 mai 2014 établissant les conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers dans le cadre d'un transfert temporaire intragroupe que lorsque leur séjour en France constitue un abus de droit ou si leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Le prononcé et la durée de l'interdiction de circulation sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de circulation. Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de circulation, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France depuis au moins un an. Cette condition ne s'applique pas : 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 561-1 ou L. 561-2. ".
5. M. A D soutient être entré en France il y a moins de trois mois à la date
de la décision attaquée, ce qui concorde avec ses déclarations dans le cadre de son audition
du 8 novembre 2019. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir en défense le préfet, que l'intéressé a signé un bail de location d'un logement situé à Saint-Raphaël
le 10 juin 2017, qu'il dispose d'un compte français auprès de la banque LCL depuis au moins l'année 2015, qu'il a travaillé de manière irrégulière au cours des années 2017 et 2018 en France, qu'il a présenté une demande de titre de séjour auprès de la préfecture du Var le 9 mars 2018, laquelle a fait l'objet d'un refus le 30 novembre 2018. Il a par ailleurs présenté aux force de l'ordre ayant initialement procédé à son contrôle, pour une infraction routière, une carte vitale française et a déclaré résider au 45 rue Albert Camatte à Saint-Raphaël depuis l'année 2017, avant de déclarer lors de son audition être domicilié en Italie, à Ravenne. M. A D
ne produit quant à lui aucune pièce susceptible de justifier de sa présence en France depuis moins de trois mois à la date de la décision attaquée. Eu égard à ces éléments, c'est à bon droit que le préfet a pu estimer que le séjour en France de M. A D, titulaire d'une carte de résident de longue durée à durée illimité délivrée par l'Italie, constituait un abus de droit et
que celui-ci était entré en France il y a plus de trois mois. Contrairement à ce que soutient
le requérant, il résulte des termes mêmes de l'arrêté litigieux que le préfet a examiné sa situation et a notamment pris en compte sa détention d'un titre de séjour italien et l'absence de menace pour l'ordre public. Enfin, la durée d'un an de l'interdiction de circulation retenue par le préfet n'apparait pas, compte tenu des circonstances de l'espèce et au regard de l'obligation de quitter le territoire français prise le 30 novembre 2018 par le préfet du Var, disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du II de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas davantage entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de cet article.
6. En troisième lieu, à supposer que M. A D ait entendu soulever un moyen tiré de la méconnaissance du droit de l'Union européenne par l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, celui-ci n'apporte pas les précisions suffisantes pour en apprécier la portée. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Un étranger ne peut faire l'objet d'une mesure ordonnant sa reconduite à la frontière ou prescrivant à son égard une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. M. A D peut ainsi utilement se prévaloir des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. M. A D ne produit aucun élément attestant de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire national, alors qu'il a
par ailleurs déclaré lors de son audition du 8 novembre 2019 que seule sa belle-famille résidait
à Paris, que ses parents résident en Tunisie et que sa femme réside en Italie où il déclare également vivre de manière permanente. Dans ces conditions, il n'apparait pas que le préfet ait porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2019.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles tendant à mettre à la charge de l'Etat les frais exposés et non compris dans les dépens, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D et au préfet du Var.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Sauton, président-rapporteur,
M. Bédier, président-assesseur,
Mme Wustefeld, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
signé
JF. C
L'assesseur le plus ancien,
signé
JL. BEDIERLe greffier,
signé
P. BERENGER
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026