mardi 12 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2001871 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | HOLMAN FENWICK WILLAN France LLP |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juillet 2020 et 28 mai 2021, la société par actions simplifiée (SAS) Corsica Ferries France, représentée par la SELARL Reinhart, Marville, Torre agissant par Me Levain, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2020 portant modification du règlement local de la station de pilotage de Toulon - La Seyne-sur-Mer ;
2°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté contesté est entaché de plusieurs vices de formes substantiels tirés de l'absence d'indication dans le procès-verbal de l'assemblée commerciale du sens du vote de chacun de ses membres ayant voix délibérative et du caractère insuffisant des informations communiquées aux membres de l'assemblée commerciale ;
- les tarifs de pilotage, modifiés par l'annexe I à l'arrêté du 12 mars 2020, ne trouvent pas leur contrepartie directe dans les prestations fournies par le service aux usagers dès lors que le montant de le redevance retenu n'est pas proportionné au coût du service et que les coûts engagés par la station de pilotage ne sont pas ceux qu'engagerait une entreprise efficace.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2020, le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire en intervention, enregistré le 28 mai 2021, la Fédération Française des Pilots Maritimes (FFPM) et le Syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne, représentés par Me Brajeux, demande au tribunal de rejeter la requête de la SAS Corsica Ferries France.
Ils soutiennent que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 mai 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juin 2021 à 12h.
Une pièce complémentaire a été enregistrée pour la société requérante le 14 juin 2021 et n'a pas été communiquée en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'arrêté du 5 juin 2000 relatif à l'organisation et au fonctionnement des assemblées commerciales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wustefeld, première conseillère,
- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,
- et les observations de Me Dejean pour la Fédération Française des Pilots Maritimes et le Syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne.
Considérant ce qui suit :
1. Par l'arrêté contesté du 12 mars 2020, le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a remplacé l'annexe tarifaire de l'arrêté préfectoral n° 128 du 30 mars 1988 par une nouvelle annexe relative aux tarifs du pilotage et indemnités diverses de la station Toulon-La Seyne-sur-Mer à compter de la publication de cet arrêté au recueil des actes administratifs de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Sur l'intervention de la Fédération Française des Pilots Maritimes et du Syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne :
2. La Fédération Française des Pilots Maritimes et le Syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne ont intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi leur intervention est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 2 de l'arrêté du 5 juin 2000 relatif à l'organisation et au fonctionnement des assemblées commerciales : " Les avis de l'assemblée commerciale doivent être motivés et font l'objet de votes nominatifs. " D'autre part, selon l'article 2 de cet arrêté : " () L'ordre du jour et les documents correspondants sont annexés à la convocation. Lorsqu'il s'agit de la détermination des tarifs, l'ordre du jour est accompagné des comptes et budgets agrégés de la station, ainsi que d'une simulation de ces comptes et budgets pour les trois années suivantes (). "
4. Le vote nominatif ne peut s'entendre que si l'expression du vote de chaque membre ayant voix délibérative au sein d'une assemblée ou d'un organisme consultatif est publique et qu'il doit être fait mention du sens du vote de chacun dans le procès-verbal de séance. En l'espèce, il ressort du procès-verbal de la séance de l'assemblée commerciale du pilotage du
5 mars 2020 que les membres se sont prononcés par deux voix sur cinq contre une augmentation des tarifs pour 2020 et par une voix sur six contre une augmentation d'un pour cent sur l'ensemble des tarifs. Selon le point 3 de ce même procès-verbal, M. A indique qu'il votera contre toute augmentation et M. B déclare comprendre la demande d'augmentation mais la considère mal venue dans le contexte économique actuel. Ainsi, le sens du vote de chaque membre ayant voix délibérative au sein de l'assemblée commerciale du pilotage est facilement indentifiable à la lecture du procès-verbal. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'absence d'indication explicite dans le procès-verbal de l'assemblée commerciale du sens des votes de ses membres a exercé une influence sur le sens de la décision ou qu'elle a privé la SAS Corsica Ferries France d'une garantie, la société requérante ne contestant notamment pas que les membres de l'assemblée ont exprimé un vote nominatif. Si la SAS Corsica Ferries France soutient également que l'information fournie aux membres de l'assemblée commerciale était insuffisante dès lors qu'elle ne comprenait pas le détail de la masse partageable des pilotes actifs, elle produit elle-même le document intitulé " évaluation du montant de la masse partageable (des actifs) selon le prévisionnel de la station avec augmentation de +1% en 2020 " qui fait apparaître la méthode de calcul du montant de la masse partageable ainsi que le revenu par pilote actif et par pilote retraité. Les dépenses, notamment quant aux frais syndicaux, aux frais de formation et à la prévoyance sont détaillées dans un autre tableau, également transmis aux membres de l'assemblée commerciale. Par suite, la SAS Corsica Ferries France n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté du 12 mars 2020 a été pris au terme d'une procédure irrégulière.
5. En second lieu, une redevance pour service rendu doit essentiellement trouver une contrepartie directe dans la prestation fournie par le service ou, le cas échéant, dans l'utilisation d'un ouvrage public et, par conséquent, doit correspondre à la valeur de la prestation ou du service. Si l'objet du paiement que l'administration peut réclamer à ce titre est en principe de couvrir les charges du service public, il n'en résulte pas nécessairement que le montant de la redevance ne puisse excéder le coût de la prestation fournie. Il s'ensuit que le respect de la règle d'équivalence entre le tarif d'une redevance et la valeur de la prestation ou du service peut être assuré non seulement en retenant le prix de revient de ce dernier, mais aussi, en fonction des caractéristiques du service, en tenant compte de la valeur économique de la prestation pour son bénéficiaire. Dans tous les cas, le tarif doit être établi selon des critères objectifs et rationnels, dans le respect du principe d'égalité entre les usagers du service public et des règles de la concurrence.
6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que pour l'année 2020, 3 422 opérations de pilotage sont prévues, soit 684 par pilote actif. En divisant les dépenses totales, 1 545 000 euros par le nombre d'opérations, le coût s'élève à 451,49 euros par opération alors que le tarif de base est fixé à 318,15 euros par opération. Selon le dossier produit par la société requérante relatif à la station de pilotage maritime de la Haute-Corse, pour 2020, ce coût a représenté pour cette station la somme de 374 euros. La SAS Corsica Ferries France invoque la disproportion du coût des charges de personnel, 78,5 % du budget, par rapport aux autres charges mais il ressort du dossier précité que ce poste est inférieur à celui de la station de Haute-Corse pour qui il représente 87% du budget pour un volume similaire de 686 mouvements à Toulon et 666 à Bastia. Si elle invoque encore que le revenu par pilote est nettement supérieur au coût d'un commandant de navire, estimé à 100 000 euros, il ne s'agit pas de la même activité, les pilotes étant notamment recrutés par voie de concours et bénéficiant d'une formation plus approfondie. Néanmoins, le montant de 161 846 euros annuel par pilote (après l'augmentation d'un pour cent) est nettement supérieur à celui de 133 135 euros en 2020 pour la station de pilotage maritime de la Haute-Corse. Pour justifier des caractéristiques du service, le préfet fait valoir que le caractère militaire du port toulonnais " induit des règles de croisement spécifiques ", compte tenu de la présence de bâtiments militaires notamment à propulsion nucléaire, ce qui n'est pas le cas en Haute-Corse, que les pilotes disposent d'une extrême spécialisation minimisant les risques d'accident pour les personnes, les biens et l'environnement et qu'ils assurent la fluidité du trafic grâce à une présence permanente sur le site de 4 pilotes en haute saison permettant ainsi aux navires de tenir leurs horaires et leurs objectifs. Par ailleurs, les dépenses autres que le poste " traitements et pensions chargées " sont prévues à la baisse tout comme les prévisions de trafic. La société requérante n'apportant aucun élément précis permettant de contester utilement la valeur économique de la prestation et compte tenu des spécificités du port de Toulon, le tarif retenu par l'arrêté contesté n'est pas manifestement disproportionné par rapport aux coûts engagés pour ces prestations même si le niveau de rémunération des pilotes peut paraître élevé.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SAS Corsica Ferries France ne peut qu'être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE
Article 1er : L'intervention de la Fédération Française des Pilots Maritimes et du Syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne est admise.
Article 2 : La requête de la SAS Corsica Ferries France est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Corsica Ferries France, au préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, à la Fédération Française des Pilots Maritimes et au Syndicat professionnel des pilotes pratiques agréés du port de Toulon-La Seyne.
Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Harang, président,
M. Lamarre, premier conseiller,
Mme Wustefeld, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
S. WUSTEFELD
Le président,
Signé
Ph. HARANGLa greffière,
Signé
F. POUPLY
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026