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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2002339

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2002339

mercredi 30 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2002339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationAide sociale
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le n° 2002339 le 2 septembre 2020 et le 18 juin 2021, Mme A B, représentée par Me Cisse, demande au tribunal :

À titre principal :

1°) l'annulation de la décision du 26 février 2020 par laquelle le département du Var a confirmé sur recours administratif préalable obligatoire les indus de revenu de solidarité active, référencés, INK 007 et INK 008, respectivement d'un montant initial de 8 187,39 euros et de 18 717, 13 euros, pour la période courant du 1er décembre 2017 au 30 novembre 2019 et pour celle courant du 1er décembre 2014 au 30 novembre 2017 ;

2°) de prononcer la décharge des indus en litige ;

3°) le remboursement des retenues illégalement pratiquées sur ses prestations ;

À titre subsidiaire :

4°) de lui accorder la remise totale de l'indu en litige ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'elle a exercé une recours administratif préalable obligatoire contre l'indu de revenu de solidarité active en litige ;

Sur la légalité externe :

- ladécision du 26 février 2020 est entachée d'une insuffisance de motivation dès lors qu'elle méconnait les dispositions de l'article L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations obtenues auprès des tiers en méconnaissance des dispositions l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

Sur le bien-fondé :

- la caisse d'allocations familiales du Var a commis une erreur sur l'appréciation du plafond de ses ressources ;

- sa bonne foi et sa situation financière doivent conduire à la remise de sa dette ;

- l'illégalité de la décision est constitutive d'une faute dont elle est fondée à demander réparation du préjudice financier et du préjudice moral qui en résultent, à hauteur de la décharge du montant de l'indu en litige.

Par un mémoire enregistré le 30 avril 2021 caisse d'allocations familiales du Var conclut à sa mise hors de cause et à la mise en cause du conseil département du Var.

Elle fait valoir que seul le département du Var est compétent pour défendre au nom de l'Etat s'agissant d'un indu de RSA " socle ".

Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2021, le département du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête qui a été enregistrée le 2 septembre 2020 est irrecevable pour tardiveté en l'absence de recours contentieux exercé dans le délai de deux mois suite à la décision du

26 février 2020 réceptionnée par la requérante le 28 février 2020 ;

- les indus de revenu de solidarité active sont fondés dès lors que ses revenus d'activité de travailleur indépendant n'ont été déclarés que partiellement ; Mme B n'a pas davantage déclaré les autres sommes perçues; elle n'a pas déclaré non plus l'avantage en nature du fait de la mise à disposition d'un logement ;

- Mme B a donc commis de fausses déclarations de ressources.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2002340 le 2 septembre 2020 et le 12 mai 2021 Mme A B, représentée par Me Cissé, demande au tribunal :

À titre principal :

1°) l'annulation de la décision du 18 mars 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var lui a notifié deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année, référencés ING 001 et ING 002, d'un montant total de 548,82 euros au titre des années 2016 et 2017, ensemble la décision rejetant son recours gracieux ;

2°) de prononcer la décharge des indus en cause ;

3°) le remboursement des retenues illégalement pratiquées sur ses prestations ;

À titre subsidiaire :

4°) de lui accorder la remise totale des indus en cause ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la requête est recevable des lors qu'elle a formé le recours administratif préalable obligatoire contre la décision lui notifiant les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année.

Sur la forme :

- ladécision du 18 mars 2020 est entachée d'une insuffisance de motivation en fait ; dès lors elle méconnait les dispositions de l'article L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

Sur le fond :

- la caisse d'allocations familiales du Var a commis une erreur sur l'appréciation du plafond de ses ressources, dès lors qu'elle n'a pas pris en compte son statut d'autoentrepreneur ;

- sa bonne foi et sa situation financière précaire doivent conduire à la remise de sa dette ;

- l'illégalité de la décision est constitutive d'une faute dont elle est fondée à demander réparation du préjudice financier et du préjudice moral qui en résultent à hauteur de la décharge du montant de l'indu en litige.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2021, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet du recours.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de recours préalable obligatoire formé contre la décision de notification des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année 2016 et 2017 ;

Sur le fond :

- les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année sont fondés dès lors que Mme B ne pouvait pas bénéficier de l'indu de revenu de solidarité active ;

- la bonne foi de Mme B ne peut pas être retenue dès lors qu'elle a sciemment minimisé ses revenus de micro entrepreneur.

III. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2002341, le 2 septembre 2020 et le 12 mai 2021, Mme A B, représentée par Me Cisse, demande au tribunal :

À titre principal :

1°) l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var a implicitement rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 6 décembre 2019 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var lui a notifié un indu de prime d'activité, référencé IM3 002, d'un montant de 1 660,13 euros pour la période courant du 1er mai 2018 au 30 novembre 2019 ;

2°) de prononcer la décharge de l'indu en cause ;

3°) le remboursement des retenues illégalement pratiquées sur ses prestations ;

À titre subsidiaire :

4°) de lui accorder la remise totale de l'indu en cause ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la requête est recevable dès lors que le dépôt de la demande d'aide juridictionnelle du 10 juillet 2020 au bureau d'aide juridictionnelle a interrompu le délai de recours contentieux ;

Sur la forme:

- la décision d'indu de prime d'activité est entachée d'une insuffisance de motivation ; dès lors, elle méconnait les dispositions de l'article L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été informée de la teneur et de l'origine des informations obtenues auprès des tiers en méconnaissance des dispositions l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale ;

Sur le fond :

- la caisse d'allocations familiales du Var a commis une erreur sur l'appréciation du plafond de ses ressources dès lors qu'elle n'a pas pris en compte son statut d'autoentrepreneur ;

- sa bonne foi et sa situation financière doivent conduire à la remise de sa dette ;

- l'illégalité de la décision est constitutive d'une faute dont elle est fondée à demander réparation du préjudice financier et du préjudice moral qui en résultent à hauteur de la décharge du montant de l'indu en litige.

Par des mémoires en défense enregistrés le 16 avril 2021 et le 20 mai 2021, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au non-lieu à statuer et au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- un rappel de droit à la prime d'activité d'un montant de 2 450, 78 euros pour la période courant du 1er janvier 2017 au 30 avril 2021 a été effectué le 10 mai 2021 ;

- la requête de Mme B, qui a été enregistrée le 2 septembre 2020, est tardive, dès lors que l'intéressée avait deux mois à compter du 29 mars 2020, date à laquelle est née la décision par laquelle la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales du Var a implicitement rejeté son recours gracieux, pour saisir la juridiction administrative.

Par un mémoire enregistré le 2 septembre 2021, Mme A B maintient ses conclusions et ajoute que, contrairement à ce que fait valoir la caisse d'allocations familiales du Var dans son mémoire enregistré le 20 mai 2021, elle n'a reçu aucun rappel de droit à la prime d'activité d'un montant de 2 450,78 euros.

Par une décision du 16 novembre 2020 Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans la procédure n° 2002339.

Par une décision du 16 novembre 2020 Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans la procédure n° 2002340.

Par une décision du 16 novembre 2020 Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans la procédure n° 2002341.

Par un courrier du 20 octobre 2022, dans l'instance n° 2002340, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relève d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la remise gracieuse des dettes d'aide

exceptionnelle de fin d'année, référencées ING 001 et ING 002, d'un montant total de

548,82 euros, présentées directement devant le juge administratif.

Par un courrier du 20 octobre 2022, dans l'instance n° 2002341, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R.611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relève d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions, tendant à la remise gracieuse de la dette de

prime d'activité, référencée IM3 002 d'un montant de 1 660,13 euros, présentées

directement devant le juge administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2016-1945 du 28 décembre 2016 ;

- le décret n° 2017-1785 du 27 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

La présidente, juge statuant seule, a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a bénéficié du revenu de solidarité active à partir du 1er juin 2010. À la suite d'un contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales du Var lui a notifié, par une décision du 10 mai 2019, un indu de revenu de solidarité active (RSA), référencé INK 007, d'un montant de 4 282,26 euros. Puis, par une décision du 6 décembre 2019, la caisse d'allocations familiales du Var lui a également notifié un indu de RSA, référencé INK 008 ainsi qu'un indu de prime d'activité, référencé IM3 002, respectivement, d'un montant de

19 422,64 euros et de 1 660,13 euros. Par ailleurs, la caisse d'allocations familiales du Var a notifié à Mme B, par une décision du 18 mars 2020, deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année, référencés ING 001 et ING 002, au titre des années 2016 et 2017 d'un montant total de 548,82 euros. Mme B a contesté dans le cadre d'un recours administratif préalable obligatoire les indus de revenu de solidarité active et l'indu de prime d'activité. Par un courrier du 13 janvier 2020, la requérante a demandé la remise de ses dettes de revenu de solidarité active. Par une décision expresse du 26 février 2020, prise sur recours administratif préalable obligatoire, le département du Var a confirmé les indus de revenu de solidarité active INK 007 et INK 008 et a rejeté la demande de remise des dettes de revenu de solidarité active. Enfin, suite au silence gardé pendant plus de deux mois par la caisse d'allocations familiales du Var sur le recours préalable formé, le 29 janvier 2020, contre l'indu de prime d'activité, référencé IM3 002, une décision implicite de rejet est née. Par les requêtes visées plus haut, Mme B demande au tribunal, à titre principal, l'annulation de la décision du 26 février 2020 du président du conseil départemental du Var rejetant son recours contre les indus de RSA, l'annulation de la décision implicite de la caisse d'allocations familiales du Var rejetant son recours préalable contre l'indu de prime d'activité, l'annulation de la décision du 18 mars 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Var lui a notifié deux indus d'aide exceptionnelle de fin d'année, la décharge des indus en cause ainsi que le remboursement des retenues sur prestations auxquelles il aurait été procédé. Enfin, à titre subsidiaire, elle demande la remise de ses dettes.

2. Les requête n° 2002339, n° 2002340 et n°2002341 présentent à juger des questions semblables et concernent la même requérante. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 26 février 2020 relative aux indus de RSA (n° 2002339) :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par le département du Var :

3. Aux termes de l'article L.262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. ". Et, aux termes de l'article R.421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. "

4. Ainsi qu'il a déjà été dit au point 1, la caisse d'allocations familiales du Var a pris à l'encontre de Mme B, deux décisions datées du 10 mai 2019 et du 6 décembre 2019 relatives respectivement, à un indu de revenu de solidarité active référencé INK 007 et à un indu de revenu de solidarité active, référencé INK 008, d'un montant de 4 282, 86 euros et de 19 422, 64 euros. Ces décisions ont été contestées par la requérante dans le cadre de recours administratif préalable obligatoire auprès du président du conseil départemental du Var. Par une décision expresse du 26 février 2020, le département du Var a confirmé les indus de revenu de solidarité active INK 007 et INK 008. Cette décision, qui mentionne qu'elle peut être contestée, dans un délai de deux mois à compter de sa réception, par recours contentieux auprès de tribunal administratif de Toulon, a été adressée à Mme B par courrier recommandé avec accusé de réception du 26 février 2020, régulièrement notifié à la requérante le 28 février 2020. Mme B disposait donc en application de l'article R. 421-1 du code de justice administrative d'un délai de deux mois pour contester la décision du président du conseil départemental du Var devant le tribunal administratif de Toulon. Dès lors, la requête de

Mme B enregistrée le 2 septembre 2020, soit plus de deux mois après la notification du 28 février 2020, est tardive. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le département du Var et tirée de la tardiveté de la requête doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des indus de RSA de la requête n° 2002339 sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à la remise des dettes de RSA :

6. Aux termes de l'article L.262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif.() La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. ()."

7. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 26 février 2020, le président du conseil départemental du Var a rejeté la demande de remise de dette des indus de revenu de solidarité active en litige formée par la requérante le 13 janvier 2020. Cette décision, qui mentionne qu'elle peut être contestée dans un délai de deux mois à compter de sa réception par un recours contentieux auprès de tribunal administratif de Toulon, a été adressée à

Mme B, par courrier recommandé avec accusé de réception du 26 février 2020, régulièrement notifié à la requérante le 28 février 2020. Mme B disposait donc, en application de l'article R.421-1 du code de justice administrative, d'un délai de deux mois pour contester la décision du président du conseil départemental du Var devant le tribunal administratif de Toulon. Dès lors, la requête de Mme B, introduite le 2 septembre 2020, a été formée plus de deux mois après la notification de la décision du 26 février 2020. La demande d'aide juridictionnelle formée, par la requérante le 21 octobre 2020, n'a pas pu interrompre le délai de recours contentieux. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée par le département du Var et tirée de la tardiveté des conclusions doit être accueillie.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées à titre subsidiaire et tendant à la remise des indus en litige doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 18 mars 2020 notifiant les indus d'aide exceptionnelle de fin d'année ING 001 et ING 002 (requête n°202340) :

En ce qui concerne la régularité :

9. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

10. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () imposent des sujétions () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

11. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'aide exceptionnelle de fin d'année est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article

L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération.

12. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de la décision 18 mars 2020 en litige qu'elle comporte l'ensemble des mentions requises, citées au point 11 tenant à la nature de la prestation, aux montants réclamés, aux motifs et aux périodes sur lesquelles porte la récupération. Cette décision comporte en outre l'énoncé des considérations de fait qui en constituent le fondement de manière suffisamment précise pour permettre à Mme B, de discuter utilement ses motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait de la décision en litige doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé

13. Mme B soutient que la caisse d'allocations familiales du Var a commis une erreur quant au plafond des ressources qu'elle a retenu dans le calcul des indus en litige. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier qu'elle remplissait les conditions pour obtenir le bénéfice de cette aide, qui est attribuée, conformément aux dispositions du décret du 28 décembre 2016 et du décret du 27 décembre 2017, aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre ou, à défaut, du mois de décembre de l'année concernée, à condition que les ressources du foyer n'excèdent pas un certain montant. Par suite, le moyen tiré du caractère infondé des indus d'aide exceptionnelle pour 2016 et 2017 est infondé et doit être écarté.

14. Il résulte des motifs qui précèdent que les conclusions à fin d'annulation de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année doivent être rejetées sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non- recevoir opposée par la CAF tirée de l'absence de recours administratif préalable obligatoire contre l'indu en cause, au demeurant non fondée dès lors qu'aucun texte n'impose un tel recours contre un indu de prime exceptionnelle de fin d'année.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à la remise des indus en litige :

15.Aux termes de l'article R. 421-1 du même code : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

16.Si Mme B demande au tribunal la remise de ses dettes d'aide exceptionnelle de fin d'année, référencées ING 001 et ING 002 d'un montant de 548,82 euros, elle ne justifie pas, toutefois, avoir présenté, avant de saisir le tribunal, une demande auprès de la caisse d'allocations familiales du Var tendant à la remise gracieuse des indus d'aide exceptionnelle de fin d'année en cause. Par suite, ces conclusions subsidiaires présentées directement devant le juge administratif sont irrecevables et doivent donc être rejetées.

17. Il résulte des motifs qui précédent aux points 9 à 16 que les conclusions de la requête n° 202340 doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision par laquelle la caisse d'allocation familiales du Var a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 6 décembre 2019 notifiant un indu de prime d'activité IM3 003 (requête n° 2002341) :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

18. La caisse d'allocations familiales du Var fait valoir que, postérieurement à l'introduction de la requête présentée par Mme B, elle a procédé au réexamen du fondement de l'indu de prime d'activité IM3 002, en excluant les libéralités du calcul de l'indu de prime d'activité, ce qui a généré un rappel de droit de prime d'activité d'un montant de 2 450,78 euros pour la période courant du 1er janvier 2017 au 30 avril 2021 et que cette somme va être reversée à la requérante. A l'appui de ses écritures, elle produit l'extrait du logiciel des paiements dans lequel figure, à la date du 11 mai 2021, le versement d'une somme de 6 162,23 euros au titre de la prime d'activité, pour la période courant du mois de janvier 2017 au mois d'avril 2021 et une décision du 11 mai 2021 dans laquelle elle indique que la requérante recevra prochainement une somme de 6 162,23 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des relevés de compte bancaires de la requérante, pour la période courant du mois de mai 2021 au mois de septembre 2021, qu'aucun virement bancaire, d'un montant de 2 450,78 euros et /ou d'un montant de 6 162,33 euros, n'a été perçu par cette dernière. En dépit de la demande qui a été adressée à la caisse d'allocations familiales du Var le 30 septembre 2022 par le biais de l'application télérecours, et dont elle a accusé réception le même jour, la caisse n'a pas répondu à la mesure d'instruction lui demandant si le rappel de prime d'activité, cité dans ses écritures des 3 et 20 septembre 2021, a eu pour effet de faire disparaître l'indu de prime d'activité IM3 002 d'un montant de 1 660,13 euros pour la période courant du 1er mai 2018 au 30 novembre 2019. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par la CAF du Var ne peut pas être accueillie.

Sur la régularité :

19. Lorsque le juge administratif est saisi d'un recours dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans son office d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de motivation :

20. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ". Aux termes de l'article L. 231-4 du même code : " Par dérogation à l'article L. 231-1, le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet () ; 2° Lorsque la demande ne s'inscrit pas dans une procédure prévue par un texte législatif ou réglementaire ou présente le caractère d'une réclamation ou d'un recours administratif ;() ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

21. Mme B soutient que les décisions d'indus de prime d'activités ne sont pas motivées et que par suite elles doivent être annulées. Toutefois, elle ne désigne pas précisément les décisions en cause. En outre, il résulte des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration qu'une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas entachée d'illégalité du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Elle ne peut être regardée comme illégale qu'en l'absence de communication de ses motifs dans le délai d'un mois par l'autorité saisie d'une demande en ce sens. Il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas même allégué, que la requérante aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de son recours préalable formé le 29 janvier 2020 contre la décision de la caisse d'allocations familiales du Var lui notifiant l'indu de prime d'activité. Aussi, si elle a entendu contester la décision implicite opposée à son recours, cette dernière n'est pas irrégulière du seul fait qu'elle ne contient pas de motifs, faute d'en avoir demandé communication. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'obligation d'informer l'allocataire de l'exercice du droit de communication :

22. L'article L. 843-1 du code de la sécurité sociale dispose que : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants " et l'article L. 845-1 du même code : " Les directeurs des organismes mentionnés à l'article L. 843-1 procèdent aux contrôles et aux enquêtes concernant la prime d'activité et prononcent, le cas échéant, des sanctions selon les règles, procédures et moyens d'investigation prévus aux articles L. 114-9 à L. 114-17, L. 114-19 à L. 114-22, L. 161-1-4 et L. 161-1-5.". A ce titre, l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale prévoit que le droit de communication permet à certains agents des organismes de sécurité sociale d'obtenir, auprès de personnes publiques et privées que l'article L. 114-20 du même code désigne par renvoi au livre des procédures fiscales, sans que le secret professionnel ne s'y oppose, les documents et informations nécessaires à l'exercice des missions de contrôle ou de recouvrement de prestations indûment versées qu'il définit. L'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale dispose que l'organisme ayant usé de ce droit est tenu d'informer la personne à l'encontre de laquelle est prise la décision de supprimer le service d'une prestation ou de mettre des sommes en recouvrement " de la teneur et de l'origine des informations et documents obtenus auprès de tiers sur lesquels il s'est fondé pour prendre cette décision " et qu'il communique, avant la mise en recouvrement ou la suppression du service de la prestation, une copie de ces documents à la personne qui en fait la demande.

23. Il résulte des dispositions précitées au point précédent que les CAF et les caisses de mutualité sociale agricole, chargées notamment du service de la prime d'activité, réalisent les contrôles relatifs à cette prestation d'aide sociale selon les règles, procédures et moyens d'investigation applicables aux prestations de sécurité sociale, au nombre desquels figurent le droit de communication instauré par l'article L. 114-19 du code de la sécurité sociale au bénéfice des organismes de sécurité sociale pour contrôler la sincérité et l'exactitude des déclarations souscrites ou l'authenticité des pièces produites en vue de l'attribution et du paiement des prestations qu'ils servent, ainsi que les garanties procédurales qui s'attachent, en vertu de l'article L. 114-21 du même code, à l'exercice de ce droit par un organisme de sécurité sociale. Il incombe ainsi à l'organisme ayant usé du droit de communication, avant la suppression du service de la prestation ou la mise en recouvrement, d'informer l'allocataire à l'encontre duquel est prise la décision de supprimer le droit à la prime d'activité ou de récupérer un indu de revenu de prime d'activité, tant de la teneur que de l'origine des renseignements qu'il a obtenus de tiers par l'exercice de son droit de communication et sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. Cette obligation a pour objet de permettre à l'allocataire, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la récupération de l'indu ou la suppression du service de la prestation, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée. Les dispositions de l'article L. 114-21 du code de la sécurité sociale instituent ainsi une garantie au profit de l'intéressé. Toutefois, la méconnaissance de ces dispositions par l'organisme demeure sans conséquence sur le bien-fondé de la décision prise s'il est établi qu'eu égard à la teneur du renseignement, nécessairement connu de l'allocataire, celui-ci n'a pas été privé, du seul fait de l'absence d'information sur l'origine du renseignement, de cette garantie.

24. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'enquête établi le 27 août 2019, que si la CAF du Var a exercé son droit de communication auprès de tiers, elle ne l'a exercé qu'auprès des établissements bancaires de l'intéressée, afin d'obtenir ses relevés bancaires, ceux-ci ayant servi ensuite à chiffrer l'indu en litige dans la présente instance. Eu égard à la teneur du renseignement obtenu, à savoir les sommes portées sur les relevés bancaires de

Mme B, celle-ci en avait nécessairement connaissance. Dès lors, l'absence d'information sur la teneur et l'origine du renseignement invoqué par la requérante ne l'a pas privée d'une garantie et n'a pas exercé d'influence sur le sens de la décision adoptée. Par suite, le moyen tiré de ce que le caisse d'allocations familiales du Var n'a pas informé la requérante de l'exercice du droit de communication auprès de tiers doit être écarté comme infondé.

S'agissant du bienfondé de l'indu de prime d'activité en litige :

25. Mme B soutient que la caisse d'allocations familiales du Var a commis une erreur quant au plafond des ressources qu'elle a retenu dans le calcul de l'indu de prime d'activité. Toutefois, elle ne produit aucune pièce de nature à justifier ses allégations. Au surplus, il ne résulte pas de l'instruction que la caisse d'allocations familiales du Var n'aurait pas tenu compte du statut d'autoentrepreneur de la requérante. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision, prise sur recours administratif préalable obligatoire, est entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation des revenus à prendre en compte.

26. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'indu de prime d'activité doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à la remise de la dette en litige :

27. Si Mme B demande au tribunal la remise de se dette de prime d'activité référencée IM3 002 d'un montant de 1 660, 13 euros, elle ne justifie pas toutefois avoir présenté, avant de saisir le tribunal, une demande tendant à la remise gracieuse de l'indu de prime d'activité litigieux ni que cette demande aurait été rejetée. Par suite, ces conclusions subsidiaires présentées directement devant le juge administratif sont irrecevables et doivent donc être rejetées.

Sur les conclusions à fin de réparation des préjudices subis :

28. Il résulte de l'instruction que le RSA, la prime exceptionnelle de fin d'année et la prime d'activité ont été versées à Mme B sur la base de ses demandes et de ses déclarations trimestrielles de ressources. A la suite d'un contrôle, la CAF et le département du Var ont constaté que la situation de l'intéressée ne correspondait pas à celle qu'elle avait déclarée et ont notifié à Mme B des indus de RSA, de prime exceptionnelle de fin d'année et de prime d'activité, objets du présent litige. Il résulte des motifs du présent jugement que les versements indus ont pour origine non une erreur fautive de la CAF et du département mais des omissions déclaratives de ressources de Mme B. Par suite Mme B n'est pas fondée à demander réparation des préjudices moral et financier qu'elle invoque, en demandant à être déchargée des indus mis à sa charge, en l'absence de faute de la CAF et du département.

Sur les frais du litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2002339, n° 2002340 et n°2002341 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au département du Var et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie pour information en sera adressée à la caisse d'allocations familiales du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

E. Perroudon

La République mande et ordonne au préfet du Var et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière, N° 2002340 N°2002341 00

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