vendredi 24 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2002917 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | KIEFFER LECOLIER AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 octobre 2020, la commune de Sanary-sur-Mer, représentée par Me D'Albenas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 octobre 2020 par lequel le préfet du Var a procédé au mandatement d'office d'une dépense obligatoire de 225 287 euros sur le budget principal de la commune de Sanary-sur-Mer ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure tiré du caractère déraisonnable du délai laissé à la commune dans la mise en demeure préalable ;
- il est illégal dès lors que l'arrêt de la cour d'appel d'Aix-en-Provence ne peut être regardé comme une décision juridictionnelle condamnant une collectivité locale au paiement d'une somme d'argent au sens des dispositions de l'article 1er, alinéa 1er du II, de la loi du 16 juillet 1980.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2020, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens sont infondés.
Par une intervention enregistrée le 24 janvier 2022, Mme F A et Mme E C, ayants-droits de M. D, représentées par Me Kieffer, demandent le rejet de la requête de la commune de Sanary-sur-Mer et à ce que soit mise à la charge de la commune de Sanary-sur-Mer la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que les moyens sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Martin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Faucher, rapporteure publique,
- les observations de Me D'Albenas, représentant la commune de Sanary-sur-Mer,
- les observations de Me Kieffer, représentant Mmes A et C,
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêt du 29 avril 1997, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a reconnu M. B D coupable d'avoir exploité 66 emplacements de camping, sans autorisation d'aménager le terrain dont il est propriétaire sur le territoire de la commune de Sanary-sur-Mer, l'a condamné au paiement d'une somme de 50 000 francs et lui a enjoint de remettre les lieux en l'état dans un délai d'un an à compter du caractère définitif dudit arrêt, sous astreinte de 500 francs par jour de retard. En l'absence d'exécution au 5 mai 1998, six titres ont été émis à la charge de M. D pour le recouvrement des astreintes pour la période allant du 5 mai 1998 au 1er décembre 2009 pour un montant total de 321 882 euros. La somme de 237 830,88 euros a été versée à la commune de Sanary-sur-Mer le 12 février 2015 à l'occasion de la succession de
M. D. Par un arrêt du 13 décembre 2016, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a dispensé Mme F A et Mme E C, ayants-droits de M. D, du paiement desdites astreintes à hauteur de 98% de cinq de ces titres, soit d'un montant de 310 332,43 euros. Sur demande des ayants-droits la direction départementale des finances publiques a émis, le
17 avril 2018, un titre de 85 045,43 euros correspondant à l'un des cinq titres. Par arrêté du
19 octobre 2020, le préfet du Var, saisi par les ayants-droits, a procédé au mandatement d'office de la somme restant due par la commune, soit 225 287 euros. Par la présente requête, la commune de Sanary-sur-Mer demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur l'intervention de Mmes A et C :
2. Mmes A et C ont intérêt au maintien de la décision attaquée. Ainsi, leur intervention est recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 911-9 du code de justice administrative : " Lorsqu'une décision passée en force de chose jugée a prononcé la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent dont elle a fixé le montant, les dispositions de l'article 1er de la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980, ci après reproduites, sont applicables. () / II. - Lorsqu'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée a condamné une collectivité locale ou un établissement public au paiement d'une somme d'argent dont le montant est fixé par la décision elle-même, cette somme doit être mandatée ou ordonnancée dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision de justice. A défaut de mandatement ou d'ordonnancement dans ce délai, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle procède au mandatement d'office. / En cas d'insuffisance de crédits, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle adresse à la collectivité ou à l'établissement une mise en demeure de créer les ressources nécessaires ; si l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement n'a pas dégagé ou créé ces ressources, le représentant de l'Etat dans le département ou l'autorité de tutelle y pourvoit et procède, s'il y a lieu, au mandatement d'office ". Par ces dispositions, le législateur a entendu donner au représentant de l'Etat, en cas de carence d'une collectivité territoriale à assurer l'exécution d'une décision juridictionnelle passée en force de chose jugée, et après mise en demeure à cet effet, le pouvoir de se substituer aux organes de cette collectivité afin de dégager ou de créer les ressources permettant la pleine exécution de cette décision de justice. A cette fin, il lui appartient, sous le contrôle du juge, de prendre, compte tenu de la situation de la collectivité et des impératifs d'intérêt général, les mesures nécessaires.
4. En premier lieu, à supposer que les crédits de la commune de Sanary-sur-Mer aient été insuffisants, justifiant la mise en œuvre de la procédure de mise en demeure préalable au mandatement d'office, il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que celle-ci devrait laisser un délai minimum entre son envoi et la réalisation du mandatement d'office. En toute hypothèse, le délai de dix jours laissé à la commune de Sanary-sur-Mer par le préfet du Var dans le courrier du 5 octobre 2020 l'informant de la reprise de la procédure de mandatement d'office n'est pas déraisonnable dès lors que la commune était informée, dès le 11 août 2020, de la possibilité qu'une telle procédure soit mise en œuvre. Si la commune de Sanary-sur-Mer soutient avoir été dans l'impossibilité matérielle de réunir son conseil municipal, cela ne ressort pas des pièces du dossier. Enfin, il ressort du dossier que la commune a pu présenter, par un courrier du 13 octobre 2020, ses observations, sans que la circonstance que l'arrêté attaqué ne les vise pas ait une incidence sur la régularité de la procédure. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En second lieu, aux termes de l'article L. 480-7 du code de l'urbanisme : " Le tribunal impartit au bénéficiaire des travaux irréguliers ou de l'utilisation irrégulière du sol un délai pour l'exécution de l'ordre de démolition, de mise en conformité ou de réaffectation ; il peut assortir son injonction d'une astreinte de 500 € au plus par jour de retard. L'exécution provisoire de l'injonction peut être ordonnée par le tribunal. / Au cas où le délai n'est pas observé, l'astreinte prononcée, qui ne peut être révisée que dans le cas prévu au troisième alinéa du présent article, court à partir de l'expiration dudit délai jusqu'au jour où l'ordre a été complètement exécuté. / Si l'exécution n'est pas intervenue dans l'année de l'expiration du délai, le tribunal peut, sur réquisition du ministère public, relever à une ou plusieurs reprises, le montant de l'astreinte, même au-delà du maximum prévu ci-dessus. / Le tribunal peut autoriser le reversement ou dispenser du paiement d'une partie des astreintes pour tenir compte du comportement de celui à qui l'injonction a été adressée et des difficultés qu'il a rencontrées pour l'exécuter ".
6. Par un arrêt du 13 décembre 2016, dont il est constant qu'il est passé en force de chose jugée et à l'encontre duquel la commune de Sanary-sur-Mer n'a pas formé tierce opposition, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a prononcé la dispense du paiement des astreintes ayant couru en exécution de son arrêt du 29 avril 1997, sur la période du 27 mai 1998 au 20 novembre 2009, à hauteur de 98 % du montant recouvré par la commune, au profit de Mme A et Mme C, ayants droits de M. D.
7. D'une part, si la commune de Sanary-sur-Mer soutient que cet arrêt ne prononce pas sa condamnation au reversement desdites astreintes, il est constant que ce n'est que postérieurement à la saisine de la cour d'appel d'Aix-en-Provence que les ayants-droits de M. D ont versé à la commune les sommes alors dues. Ainsi, l'exécution de l'arrêt du
13 décembre 2016 implique nécessairement le reversement de la somme correspondante à la dispense et ledit arrêt doit être regardé comme une condamnation au sens du II de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980. D'autre part, si l'arrêt du 13 décembre 2016 ne fixe pas explicitement le montant de la condamnation, il ressort toutefois de ses termes mêmes, dépourvus d'ambiguïté, qu'il a prononcé la dispense à hauteur de 98% de la somme constituée par quatre titres de
42 761,95 euros, 44 743,79 euros, 68 064,46 euros et 74 314,50 euros, soit 225 287 euros. Ainsi, et comme le souligne l'avis de la chambre régionale des comptes de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur du 16 juillet 2020, il y a lieu de considérer que le montant de la condamnation est fixé par l'arrêt du 13 décembre 2016. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 19 octobre 2020 par lequel le préfet du Var a procédé au mandatement d'office d'une dépense obligatoire sur le budget de la commune de Sanary-sur-Mer doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la commune de Sanary-sur-Mer, l'Etat n'ayant pas la qualité de partie perdante à l'instance. Il y a lieu, sur le fondement des mêmes dispositions, de mettre à la charge de la commune une somme de 2 000 euros à verser à Mmes A et C en leur qualité d'intervenantes volontaires ayant eu intérêt à former tierce opposition contre le présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention de Mmes A et C est admise.
Article 2 : La requête de la commune de Sanary-sur-Mer est rejetée.
Article 3 : Il est mis à la charge de la commune de Sanary-sur-Mer une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à Mme A et Mme C.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Sanary-sur-Mer, au préfet du Var, à Mme F A et Mme E C.
Copie en sera adressée pour information au président de la cour d'appel d'Aix-en-Provence et au directeur départemental des finances publiques du Var.
Délibéré après l'audience du 10 novembre 2023 à laquelle siégeaient :
J.-F. Sauton, président,
B. Quaglierini, premier conseiller,
K. Martin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2023.
La rapporteure,
Signé
K. Martin
Le président,
Signé
J.-F. Sauton
La greffière,
Signé
B. Ballestracci
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026