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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003266

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003266

mardi 21 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003266
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERNARD-CHATELOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 novembre 2020, 15 septembre 2022, 3 mars 2023, 24 avril 2023, 12 mai 2023 et 14 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Consalvi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté de refus de permis de construire en date du 21 septembre 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Tropez lui a refusé la construction à usage d'habitation d'une surface de plancher de 214 mètres carrés sur un terrain situé 57 chemin du Pinet et cadastré section AO 96 et 99 sur le territoire communal ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Tropez de lui délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai maximum de deux mois et sous astreinte de 300 euros par jour de retard passé ce délai, par application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez une somme de 4 000 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ; la parcelle litigieuse est entourée de nombreuses constructions et est délimitée par plusieurs voies ouvertes à la circulation publique ; les dispositions du plan d'occupation des sols étaient applicables, et non le règlement national d'urbanisme, comme l'indique à tort la commune de Saint-Tropez ;

- dans le secteur proche du projet, on dénombre la présence d'environ 75 constructions principales auxquelles il faut ajouter environ 39 annexes ; environ 50 constructions sont présentes dans un rayon de 200 mètres et à partir de la parcelle, l'urbanisation est significativement dense et continue jusqu'au centre-ville de Saint-Tropez ; contrairement à ce qu'indique la commune dans la décision attaquée, il n'y a pas de coupure d'urbanisation à l'ouest, au sud et à l'est de la parcelle considérée ; la parcelle litigieuse est entourée de parcelles toutes construites au nord, au sud, à l'est et à l'ouest ;

- l'urbanisation s'est développée depuis le centre-ville de Saint-Tropez jusqu'à la parcelle litigieuse de part et d'autre des voies de circulation, sans discontinuité physique, ainsi que le montrent les vues aériennes ;

- dans un document du 22 mars 2019 présenté lors d'une concertation publique qui s'est tenue dans le cadre de la procédure de révision du plan local d'urbanisme, le terrain d'assiette du projet apparaît au sein de la zone d'agglomération de la commune de Saint-Tropez ;

- en outre, le projet est d'ampleur limitée et de volumétrie simple puisqu'il s'agit d'une petite villa de plain-pied.

Par des mémoires en défense enregistrés les 25 juin 2021, 6 mars 2023, 21 avril 2023, 15 mai 2023 et 19 juin 2023, la commune de Saint-Tropez, représentée par Me Bernard-Chatelot, conclut au rejet de la requête et demande à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire présenté par Me Consalvi pour Mme A le 1er août 2023 n'a pas été communiqué en application des dispositions de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Par ordonnance du 28 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 8 août 2023 à 12 heures.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- l'ordonnance n° 2020-305 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 septembre 2023 :

- le rapport de M. Bailleux ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- et les observations de Me Consalvi, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

1. L'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction antérieure à la loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018, laquelle continue de s'appliquer aux demandes d'autorisation d'urbanisme déposées avant le 31 décembre 2021, conformément au V de l'article 42 de cette même loi, prévoit que : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement ".

2. La requérante soutient que le maire de la commune de Saint-Tropez, en considérant que le projet situé dans un vaste secteur d'habitat diffus et boisé à dominante naturelle, a commis une inexacte appréciation des faits. La commune sur ce point fait effectivement valoir que la parcelle litigieuse est incluse au sein d'un îlot, délimité par le chemin du Pinet, la route des Capons, le chemin des Salins et l'allée des Canoubiers, révélant une grande hétérogénéité en matière d'urbanisme, avec des parties de cet îlot où l'habitat est resserré à l'est et à l'ouest et une partie au centre où l'habitat est plus diffus, présentant une dominante de terres agricoles de nombreux espaces verts. La commune fait valoir, sans être contestée sur ce point, que la densité d'urbanisation pour l'ensemble de cet îlot est d'environ 3 habitations par hectare.

3. La requérante soutient quant à elle que, dans l'environnement proche du terrain d'assiette, se trouvent environ 75 constructions à usage d'habitation avec leurs annexes. La requérante poursuit en soutenant, sans être utilement contestée par la commune de Saint-Tropez, que la parcelle s'inscrit dans un secteur de la commune caractérisé par une urbanisation significativement dense et continue jusqu'au centre-ville de Saint-Tropez, qui comprend environ 50 constructions dans un rayon de 200 mètres. Il ressort en effet des vues Geoportail, accessibles aisément tant au juge qu'aux parties, qu'au nord de la parcelle cadastrée section AO n° 96 se trouvent de nombreuses constructions situées de part et d'autre du chemin des Salins. La commune, quant à elle, a choisi de se focaliser sur l'environnement immédiat de la parcelle, et non de prendre en compte comme l'a fait la requérante, le secteur plus global du terrain d'assiette du projet. La requérante poursuit en indiquant que la parcelle litigieuse est entourée de parcelles bâties, comme par exemple les parcelles situées immédiatement au nord et cadastrées section AO n°50 et AO n°140. Ces parcelles, qui comprennent 6 constructions au moins, sont elles-mêmes en continuité avec une partie urbanisée située au nord, au sud du chemin des Salins, qui se poursuit avec la partie urbanisée au nord de ce chemin, ainsi jusqu'au centre-ville de la commune de Saint-Tropez. L'urbanisation s'étant développée, ainsi que le soutient la requérante, de part et d'autre de ce chemin des Salins, celui-ci ne pouvant ainsi être considéré comme une barrière empêchant la continuité de cette urbanisation. Ainsi que le soutient la requérante, ce secteur situé au nord de la parcelle litigieuse, qui s'étend ensuite au nord-ouest, peut être considéré comme une partie urbanisée de la commune, étant donné le nombre et la densité importante des constructions situées dans ce secteur.

4. La commune fait valoir en outre que des ruptures d'urbanisation existent entre le terrain d'assiette du projet et le centre du village de la commune de Saint-Tropez. Elle présente, au soutien de ces allégations, une vue aérienne de la zone litigieuse avec deux secteurs situés pour l'un au nord du chemin des Salins, et pour l'autre au sud de ce chemin, et situés au nord-ouest de la zone litigieuse. Toutefois, il apparaît d'une part sur cette même vue aérienne que si effectivement la densité de constructions est moins importante au sein de chacun de ces deux secteurs, une continuité de l'urbanisation est toujours possible, entre ces deux espaces, permettant ainsi d'assurer la continuité de l'urbanisation existante entre le terrain d'assiette du projet et le centre-ville de la commune de Saint-Tropez. Ainsi, il n'est pas établi par la commune que de réelles coupures d'urbanisation existeraient entre la parcelle litigieuse et le centre-ville de la commune de Saint-Tropez, la requérante poursuivant en outre sur ce point en indiquant que les seules coupures d'urbanisation identifiées au sein du plan local d'urbanisme de 2013, au sens et pour l'application de la loi Littoral, et maintenues dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme qui a été approuvé en juin 2021, sont d'une part le Vallat de la Bouchère et l'Etang des Salins. La requérante produit à ce titre une carte, qui figure par ailleurs dans le rapport de présentation du plan local d'urbanisme en page 107 (révision du plan local d'urbanisme), et montrant précisément l'emplacement de ces deux coupures d'urbanisation.

5. La requérante soutient en outre, sans être contestée sur ce point, que les différents réseaux existent à proximité de la parcelle litigieuse, en particulier le réseau d'eau potable, d'électricité et d'assainissement collectif, mais également les voies publiques. La requérante soutient également que dans l'environnement immédiat de la parcelle litigieuse, au nord de la parcelle se trouvent les parcelles cadastrées section AO n°50 et AO n°140 qui supportent 6 constructions, un terrain de tennis et 2 piscines.

6. La requérante présente enfin un document graphique montrant l'agglomération de la commune de Saint-Tropez, qui aurait été, selon elle, présenté lors d'une réunion publique, qui s'est tenue le 22 mars 2019, dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Tropez. Elle poursuit en indiquant en outre, que dans le rapport de présentation du plan local d'urbanisme approuvé le 8 juin 2021, le terrain d'assiette du projet est également situé au sein de l'agglomération de Saint-Tropez. La commune sur ce point allègue, sans toutefois l'établir, ni produire aucun document contraire, que ce document graphique n'était qu'une carte préparatoire et non définitive et qu'elle retranscrivait l'agglomération telle qu'elle figurait à tort dans le plan local d'urbanisme de 2013.

7. La requérante soutient encore que le tribunal administratif a déjà jugé dans son jugement relatif au plan local d'urbanisme approuvé le 27 juin 2013, rendu le 1er février 2016 que les secteurs du cap Saint-Pierre et de la pointe de l'Ay étaient des secteurs déjà urbanisés, marqués par une densité et un nombre significatif de constructions. Elle poursuit enfin en soutenant, sans être utilement contestée par la commune, que la carte de l'agglomération incluse dans le rapport de présentation du plan local d'urbanisme tel qu'approuvé le 8 juillet 2021, et qu'elle produit à l'instance, tient compte de ce jugement et contient la zone de la parcelle litigieuse cadastrée section AO n°96. La commune conteste ce point en faisant valoir que la carte présentée par la requérante était en fait un projet et n'a pas été confirmé par les auteurs du plan local d'urbanisme, en tant que telle, mais elle ne l'établit pas.

8. Par ailleurs, il est constant que la zone d'implantation de la construction, qualifiée par la commune de Saint-Tropez de poumon vert, a été classée par les auteurs du plan local d'urbanisme en zone N8. La requérante soutient que ce classement est indifférent à l'appréciation qui doit être portée quant au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. En outre, si la requérante soutient que ce classement en zone N8 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, en ce que le commissaire-enquêteur a recommandé, dans le cadre de son rapport rendu à l'issue de l'enquête publique, un classement de ce secteur en zone UE 2, cet élément est toutefois inopérant car ce classement en zone N8 a été opéré lors de la révision du plan local d'urbanisme en 2021, donc à une date postérieure au présent refus de permis de construire.

9. La commune fait valoir que le secteur d'implantation de la construction litigieuse se situe au sein du poumon vert de l'îlot d'une superficie de 4 hectares, composé selon elle des parcelles cadastrées section AO n° 96, AO n° 7, AO n°99, AO n°100, AO n°73 et AO n°143. Elle produit à ce titre une vue aérienne de la parcelle litigieuse cadastrée section AO n°96 avec les autres parcelles situées aux alentours. Toutefois, cet élément, qui n'est pas contesté par la requérante, n'a pas d'incidence sur la continuité de la parcelle cadastrée section AO n°96 avec une partie urbanisée comprenant une densité et un nombre significatifs de constructions au nord. La commune poursuit sur ce point en faisant valoir que l'environnement immédiat de la parcelle litigieuse est très peu bâti. La requérante soutient en effet sur ce point, à juste titre, que pour apprécier la continuité avec un secteur urbanisé et le respect des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, il est nécessaire de se placer au sein du secteur et non de prendre en compte uniquement les parcelles contigües à la parcelle litigieuse cadastrée section AO n°96, ainsi que le fait valoir la commune sur ce point. La requérante indique sur ce point que si l'on prend en compte une zone élargie et non seulement la zone N8, la densité des constructions est de 3,4 constructions par hectare de terrain, mais qu'en prenant en compte une zone plus restreinte, une densité de constructions de 3,2 constructions par hectare existe, ce qui correspond d'ailleurs à une densité normale pour la commune de Saint-Tropez.

10. La commune fait par ailleurs valoir que la future construction ne sera pas implantée à proximité même des constructions situées au nord car la future construction est prévue d'être implantée dans la partie sud de la parcelle cadastrée section AO n°96. Cet élément est toutefois sans incidence car ainsi que précisé précédemment, il est nécessaire de se placer, comme le fait la requérante, au niveau du secteur tout entier, et non seulement au niveau de la parcelle litigieuse. Par ailleurs, la requérante produit un plan réalisé par un architecte qui montre que la future construction sera entourée de nombreuses constructions situées sur les parcelles situées alentour à des distances faibles inférieures à 50 mètres.

11. Il ressort donc de l'ensemble des pièces du dossier que la requérante est fondée à soutenir que la parcelle litigieuse cadastrée section AO n°96 est située en continuité avec une partie urbanisée de la commune de Saint-Tropez et de ce fait le maire de la commune a commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'unique motif de la décision, fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme ayant été censuré, il y a lieu d'annuler la décision attaquée du 21 septembre 2020 refusant la délivrance du permis de construire à Mme A.

13. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, l'autre moyen de la requête fondé sur l'erreur de droit n'est pas fondé à l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 citées au point 2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le seul motif de la décision de refus de permis de construire, fondé sur la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, ayant été censuré, il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de Saint-Tropez de délivrer le permis de construire sollicité par Mme A, et ce dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les conclusions formulées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, à mettre à la charge de la commune de Saint-Tropez, une somme de 2 000 euros à verser à la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions de la même commune de Saint-Tropez, partie perdante dans la présente instance, doivent être rejetées sur le même fondement.

DECIDE

Article 1er : La décision susvisée du 21 septembre 2020 refusant la délivrance d'un permis de construire à Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Saint-Tropez de délivrer à Mme A le permis de construire sollicité par elle, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente décision.

Article 3 : La commune de Saint-Tropez versera une somme de 2 000 (deux mille) euros à Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions de ladite commune présentées au même titre sont rejetées.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme B A et à la commune de Saint-Tropez.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Privat, président,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2023.

Le rapporteur,

Signé :

F. BAILLEUX

Le président,

Signé :

J-M. PRIVAT La greffière,

Signé :

E. PERROUDON

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation,

La greffière.

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