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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003343

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003343

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantPELGRIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 novembre 2020, le 17 mars 2022 et le 9 novembre 2022, Mme C A, représentée par Me Carrascosa, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2020 par laquelle le maire de la commune de Bras lui a délivré un certificat d'urbanisme opérationnel négatif, ensemble la décision du 29 septembre 2020 par laquelle ce dernier a rejeté son recours administratif ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Bras de prescrire une révision ou une modification du plan local d'urbanisme de la commune de Bras concernant le zonage de la parcelle qui lui appartient ;

3°) d'enjoindre au maire de la commune de Bras d'instruire à nouveau sa demande de certificat d'urbanisme, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de la commune de Bras la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant certificat d'urbanisme opérationnel négatif est irrégulière en tant que les avis nécessaires à sa délivrance n'ont pas été sollicités ;

- cette décision se fonde sur un plan local d'urbanisme illégal en tant que les décisions du 14 mars 2013 et du 13 mai 2019 qui l'établissent sont elles-mêmes illégales ;

- les motifs qui sont exposés par les décisions litigieuses sont erronés ;

- les décisions litigieuses sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 décembre 2020, le 11 mai 2022 et le

5 décembre 2022, la commune de Bras, représentée par Me Martinez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 décembre de la même année.

Par courrier du 10 février 2023, les parties ont été invitées à verser certaines pièces au dossier, conformément aux dispositions de l'article R.613-1-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Helfter-Noah, rapporteure publique,

- les observations de Me Pelgrin, représentant Mme A, et de Me Martinez, représentant la commune de Bras.

Considérant ce qui suit.

1. Mme A est propriétaire d'un terrain d'une superficie de 5 090m2 situé sur la parcelle cadastrée préfixe 3, section H n° 16, au lieu-dit Le Suy située dans la commune de Bras. Souhaitant y faire construire une maison individuelle avec jardin, qu'elle qualifie d' " écologique bioclimatique passive et autonome sans polluant intérieur ", elle a déposé le 7 juillet 2020 une demande de certificat d'urbanisme au service de l'urbanisme de la commune de Bras. Consécutivement au recours administratif exercé par Mme A afin de contester le certificat d'urbanisme opérationnel négatif qui lui a été notifié le 28 juillet 2020, le maire de la commune de Bras a expressément rejeté sa demande par décision du 29 septembre 2020. Par cette requête, Mme A entend contester ces deux dernières décisions.

Sur la légalité externe de la décision portant certificat d'urbanisme opérationnel négatif :

2. Si la requérante affirme que la décision litigieuse est irrégulière en ce que la commune de Bras aurait dû recueillir l'avis du service départemental de l'architecture et du patrimoine, pour autant elle n'établit pas que l'absence d'un tel avis serait de nature à entacher d'irrégularité la décision litigieuse de sorte que ce moyen qui, au demeurant n'est assorti d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé, manque en fait.

Sur la légalité interne des décisions litigieuses :

En ce qui concerne l'exception d'illégalité des délibérations du 14 mars 2013 et 13 mai 2019 du conseil municipal approuvant le plan local d'urbanisme :

3. Pour exciper de l'illégalité des délibérations litigieuses, Mme A soutient que, en premier lieu, la délibération du 14 mars 2013 est insuffisamment motivée en ce qu'elle n'expose pas les éléments ayant entrainé le classement de son terrain anciennement agricole en zone N ; en deuxième lieu, le classement opéré par le plan local d'urbanisme procède d'une erreur d'appréciation en ce que son terrain est entouré de parcelles bâties, dont l'une sur laquelle s'exerce une activité artisanale polluante ; en troisième et dernier lieu, ce classement crée une différence de traitement injustifiée entre les différents propriétaires.

S'agissant de l'insuffisance de motivation de la délibération du 14 mars 2013 :

4. Aux termes de l'article L.600-1 du code de justice administrative : " L'illégalité pour vice de forme ou de procédure d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'une carte communale ou d'un document d'urbanisme en tenant lieu ne peut être invoquée par voie d'exception, après l'expiration d'un délai de six mois à compter de la prise d'effet du document en cause. Les dispositions de l'alinéa précédent sont également applicables à l'acte prescrivant l'élaboration ou la révision d'un document d'urbanisme ou créant une zone d'aménagement concerté. Les deux alinéas précédents ne sont pas applicables lorsque le vice de forme concerne : -soit la méconnaissance substantielle ou la violation des règles de l'enquête publique sur les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme et les cartes communales ; -soit l'absence du rapport de présentation ou des documents graphiques ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'après l'expiration d'un délai de six mois à compter de la prise d'effet d'un plan local d'urbanisme, seules les illégalités procédant d'une méconnaissance substantielle ou d'une violation des règles de l'enquête publique peuvent être invoquées.

6. Mais si la requérante soutient que la délibération du 14 mars 2013 est insuffisamment motivée en ce qu'elle n'explique pas suffisamment les éléments justifiant le classement de son terrain en zone N et que les conclusions du commissaire enquêteur se bornent à entériner les choix de la commune sans argumenter de manière objective le fondement de ses conclusions, elle n'apporte pas pour autant d'éléments permettant d'apprécier qu'une méconnaissance substantielle ou une violation des règles de l'enquête publique est intervenue. En toute hypothèse, il ne ressort pas des pièces du dossier et, plus particulièrement de la délibération attaquée, que cette dernière comporterait de tels vices de forme susceptibles de l'entacher d'illégalité. Il convient ainsi d'écarter cette première branche du moyen comme manquant en fait.

S'agissant de l'erreur d'appréciation concernant le zonage défini par le plan local d'urbanisme :

7. La requérante affirme que le classement de la zone dans laquelle se situe son terrain procède d'une erreur d'appréciation puisque, d'une part, ce dernier avait auparavant une destination agricole et, d'autre part, il est entouré d'autres parcelles pourtant bâties, dont l'une développant une activité polluante incompatible avec la zone N. Pour autant, à supposer même que son terrain avait, avant la délibération du 14 mars 2013, une destination agricole, cette circonstance n'est pas, à elle seule, de nature à établir une erreur d'appréciation. Par ailleurs, elle n'apporte aucune précision sur ces " autres parcelles bâties " qui se situeraient " à l'orée de cette zone ", telle que leur position géographique par rapport à son terrain ou la zone dans laquelle elles se trouvent, de sorte qu'aucune comparaison ne peut être utilement effectuée. Dès lors, il convient d'écarter également cette deuxième branche du moyen comme manquant en fait.

S'agissant de la rupture d'égalité dans le traitement des propriétaires voisins :

8. Si la requérante soutient que le zonage opère un traitement injustifié entre les différents propriétaires voisins, elle n'apporte pas de précisions suffisantes permettant d'apprécier si les propriétaires concernés bénéficient d'un traitement différent de la requérante alors qu'ils seraient placés dans une situation identique. Il s'ensuit que cette dernière branche du moyen doit être aussi écartée comme manquant en fait.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité des délibérations du 14 mars 2013 et du 13 mai 2019 du conseil municipal approuvant le plan local d'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne l'erreur d'appréciation des motifs de la décision attaquée :

S'agissant de la méconnaissance de l'article N-1 du règlement du plan local d'urbanisme :

10. Aux termes de l'article N-1 du règlement du plan local d'urbanisme, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les occupations et utilisations du sol suivantes sont interdites : Toute nouvelle construction ou installation () ". L'article N-2 prévoit toutefois que " Les installations et ouvrages techniques nécessaires aux services publics ou d'intérêt collectif sont autorisées sous réverse de respecter les dispositions relatives à l'article N11 ".

11. Pour contester le motif de la décision attaquée selon lequel le projet ne respecte pas l'article N-1 du plan local d'urbanisme en vigueur, la requérante soutient que l'opération projetée constitue une " maison/habitat pilote dans la région qui s'inscrit dans le cadre du respect des normes environnementales avec la création et l'utilisation d'un jardin en permaculture et de la biodiversité comme modèle de développement écologique et durable ". Elle précise également que cette construction, qui n'aurait pas sa place dans les parties urbanisées, présente " un intérêt collectif en ce qu'il poursuit une mission d'intérêt général, d'enseignement culturel et d'écologie, qu'il revêt une activité agricole et qu'il ne porte pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels et des paysages ".

12. Toutefois, à supposer même que l'opération projetée s'inscrit dans une démarche environnementale vertueuse et qu'elle ait pour finalité de sensibiliser et informer les populations locales, ces circonstances ne sauraient qualifier le projet litigieux comme constituant des installation ou ouvrage techniques mentionnés à l'article N-2 du règlement du plan local d'urbanisme dès lors qu'il ressort clairement des pièces du dossier que l'opération principale envisagée est la construction d'une maison individuelle avec jardin sur un terrain situé en zone N.

13. Par ailleurs, la requérante ne saurait utilement affirmer que le maire de la commune de Bras aurait méconnu les dispositions de l'article L.122-5 du code de l'urbanisme dès lors que le plan local d'urbanisme, dont l'exception d'illégalité a été écartée au point 9, définit expressément son terrain en zone N et qu'en toute hypothèse, il ressort des pièces du dossier que ce dernier ne se situe pas en continuité d'une zone urbaine.

14. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le maire de la commune de Bras s'est opposé à l'opération projetée en relevant qu'elle méconnaît l'interdiction de toute nouvelle construction prévue par l'article N-1 du règlement du plan local d'urbanisme.

15. Par conséquent, il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle aux conclusions de Mme A dirigées contre la commune de Bras qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. De même, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de rejeter les conclusions de la commune de Bras au titre des frais qu'elle a exposés dans cette instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bras au titre de l'article L.761-1 de code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et à la commune de Bras.

Délibéré après l'audience du 3 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

Mme Faucher, première conseillère,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

B. B

Le président,

Signé

JF. SAUTON La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Ou par délégation le greffier,

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