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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2003402

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2003402

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2003402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 décembre 2020, M. A B, représenté par

Me Colas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite intervenue le 1er octobre 2019 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil suite à sa demande datée du 31 juillet 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 17 juillet 2019, dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors que, suite à sa demande, l'OFII ne lui a pas communiqué les motifs de la décision implicite de refus qui lui a été opposée quant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;

- est entachée d'une erreur de droit et méconnaît les articles L. 744-1 et suivants et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la décision attaquée n'est pas écrite, ni motivée, ni prise après examen de sa situation, ni prise après mise en demeure de présenter ses observations, que le préfet du Var a accepté d'examiner sa demande d'asile le

17 juillet 2019 et que le requérant ne se trouve dans aucun des cas de retrait ou de refus des conditions matérielles d'accueil prévus par l'article L. 744-8 et l'article D. 744-36 ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors que le requérant se trouve dans une très grande vulnérabilité.

Par une ordonnance du 19 mai 2022, la clôture de l'instruction est intervenue le 20 juillet 2022.

Un mémoire, présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a été produit le 23 novembre 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

5 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Sauton a présenté son rapport, en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant soudanais né en 1993, est entré en France en 2017. Le 24 mai 2017, sa demande d'asile est enregistrée au guichet unique de Nice. Le 5 décembre 2017, une décision de transfert vers l'Italie lui a été notifiée, puis exécutée. M. B est revenu en France. Le 17 juillet 2019, une nouvelle demande d'asile déposée par le requérant a été enregistrée par le préfet du Var. Suite à une ordonnance du 9 août 2019 rendue par le tribunal administratif de Nice, une attestation de demande d'asile en procédure normale lui a été remise le 22 août 2019 par la préfecture du Var. Le 31 juillet 2019, le requérant a adressé un courriel à l'attention de l'Office français de l'immigration et de l'intégration demandant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision de rejet implicite née le 1er octobre 2019 du silence gardé sur cette demande.

Sur l'acquiescement aux faits de l'OFII :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ".

3. La requête de M. B a été communiquée à l'OFII qui a été mis en demeure de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure étant restée sans effet avant la clôture de l'instruction, l'OFII doit être réputé avoir admis l'exactitude matérielle de ceux des faits allégués par le requérant dont l'inexactitude ne ressort d'aucune des pièces du dossier.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. () ". En outre, l'article L. 744-7 du même code, dans sa version alors en vigueur, dispose que : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. (). ". Enfin, l'article L. 744-8 du même code applicable au litige dispose que : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le bénéfice de celles-ci peut être : 1° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières, a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes, ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / 2° Refusé si le demandeur présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ou s'il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° du III de l'article L. 723-2. ( ) ".

5. Lorsqu'un demandeur d'asile revient en France après avoir été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de cette demande sans que celui-ci l'ait examinée, et présente une nouvelle demande d'asile, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités en charge de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'ordonnance rendue le 9 août 2019 par le tribunal administratif de Nice, qu'en raison de l'impossibilité pour M. B de déposer sa demande d'asile auprès des autorités italiennes suite à l'exécution de son transfert en 2018, la France est devenue responsable de sa demande d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la convocation à se présenter au service d'accompagnement des demandeurs d'asile délivrée le 12 août 2019, de l'ordonnance susvisée et de l'attestation de demande d'asile en procédure normale délivrée le 22 août 2019 par le préfet du Var, que M. B a accepté l'orientation proposée par le guichet unique et que sa demande d'asile, enregistrée initialement le 24 mai 2017 puis réenregistrée le 17 juillet 2019 par le préfet du Var, était, à la date de la décision attaquée, examinée par les autorités en charge des demandes d'asile, et que cette demande consistait en une première demande et non en une demande de réexamen. Enfin, il ressort également des pièces du dossier, en particulier de l'attestation de versement de l'allocation pour demandeur d'asile, que M. B a bénéficié des conditions matérielles d'accueil entre mai 2017 et mars 2018, mois de son transfert vers l'Italie. Il ne ressort d'aucune pièce au dossier que l'état de vulnérabilité de M. B se serait amélioré et ne lui permettrait plus de bénéficier de l'allocation sollicitée. Ainsi, M. B entrait, à la date de l'arrêté attaqué, dans les conditions d'octroi des conditions matérielles d'accueil comme précisées par les articles susvisés. Par suite, l'OFII a entaché sa décision implicite de rejet d'une erreur de droit et a méconnu les articles L. 744-1 et suivants précités.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

9. Il y a lieu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, par application de ces dispositions, d'enjoindre à l'OFII de rétablir à M. B les conditions matérielles d'accueil à partir du 17 juillet 2019 et jusqu'au traitement définitif de sa demande d'asile, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Colas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Colas d'une somme de 1 200 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a implicitement rejeté la demande de bénéfice des conditions matérielles formée par M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil à M. B à partir du 17 juillet 2019 et jusqu'au traitement définitif de sa demande d'asile, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera la somme de 1 200 euros à Me Colas, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Colas renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Colas, et au préfet du Var.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sauton, président,

M. Quaglierini, premier conseiller,

Mme Martin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le président, rapporteur,

Signé

J-F SAUTON

L'assesseur le plus ancien,

Signé

B. QUAGLIERINI

La greffière,

Signé

B. BALLESTRACCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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