mardi 19 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulon |
| Section | Tribunal Administratif de Toulon |
| N° Dossier | TA83-2003608 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre - Juge Unique |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 21 décembre 2020 et 30 juin 2022, Mme C A doit être regardée comme demandant au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
- d'annuler la décision implicite du directeur de la caisse d'allocations familiales du Var de rejet de sa demande d'annulation de la décision initiale du 7 juillet 2020 lui notifiant une dette d'un montant de 1 132,58 euros d'aide personnalisée au logement et d'allocation de rentrée scolaire, pour la période de juillet à septembre 2018 ;
- d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales du Var de lui rembourser les sommes déjà versées par elle, soit 1 132,58 euros, correspondant à cette dette présumée.
Elle soutient que :
- alors qu'elle vivait seule avec ses deux filles en garde alternée, elle a perçu la somme de 1 132,58 euros de juin à août 2018, correspondant à trois mois d'aide personnalisée au logement et de rentrée scolaire 2018 ;
- son ex-mari a, à son insu, demandé à la caisse d'allocations familiales du Var de percevoir la totalité des aides de la caisse d'allocations familiales ; elle a certes signé un document intitulé " enfant en garde alternée, déclaration et choix des parents " mais elle n'a pas souhaité que son mari perçoive l'intégralité des aides ; son mari a donc dû réaliser un faux document afin de percevoir l'intégralité des allocations familiales ;
- la caisse d'allocations familiales du Var a commis une erreur, en prenant en compte ce document falsifié par son mari, et cet organisme n'a pas tenu compte de la réponse qu'elle a faite par téléphone en juillet 2018 à un agent de la caisse d'allocations familiales, lui indiquant n'avoir pas signé ce document en pleine conscience ; elle devait percevoir les prestations familiales jusqu'au 1er octobre 2018 ;
- elle est en arrêt maladie depuis le 3 décembre 2020 et elle subit une importante perte de salaire ; elle va percevoir moins de 700 euros pour le mois de décembre 2020.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 décembre 2021, la caisse d'allocations familiales du Var conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- Mme A est de bonne foi ;
- Mme A n'est pas dans une situation de précarité qui lui permettrait de bénéficier d'une remise de dette ; elle vit maritalement avec M. B depuis le 1er octobre 2018 et le couple a une assiette de revenus au titre de l'année 2018 de 51 620 euros, soit 4 301 euros par mois ; en outre, le couple a perçu 66,04 euros d'allocations familiales sur le mois de septembre 2020.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er janvier 2022, la présidente du Tribunal a désigné M. Bailleux, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé, sur sa proposition, le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 5 juillet 2022, le rapport de M. Bailleux, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article R. 825-1 du code de la construction et de l'habitation : " L'introduction d'un recours contentieux dirigé contre des décisions prises par un organisme payeur en matière d'aides personnelles au logement et de primes de déménagement est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès de la commission de recours amiable prévue à l'article R. 142-1 du code de la sécurité sociale constituée auprès du conseil d'administration de l'organisme auteur de la décision contestée. Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration. La procédure définie par les articles R. 142-1 et R. 142-6 du code de la sécurité sociale lui est applicable ". En outre, selon les dispositions de l'article L. 411-7 du code des relations entre le public et l'administration : " Ainsi qu'il est dit à l'article L. 231-4, le silence gardé pendant plus de deux mois sur un recours administratif par l'autorité compétente vaut décision de rejet ".
2. Mme A a demandé le bénéfice de l'aide au logement pour le logement situé au 304 chemin de Bilette sur la commune de Draguignan, et a perçu alors l'aide personnalisée au logement pour une personne vivant seule avec deux enfants à charge. Le 20 juin 2018, un document intitulé " enfants en résidence alternée, déclaration et choix des parents " est rempli par M. A, son ex-mari, puis signé par Mme A avant d'être transmis à la caisse d'allocations familiales du Var. Le calcul des droits à l'aide personnalisée au logement de Mme A ainsi que de l'allocation de rentrée scolaire est ainsi recalculé et mis à jour et un indu d'aide personnalisée au logement pour la période du 1er juillet 2018 au 30 septembre 2018 pour un montant de 376,83 euros est né, ainsi qu'un indu d'un montant de 755,75 euros correspondant à l'allocation de rentrée 2018, perçue en août 2018. Une décision de notification de dette est émise à l'encontre de Mme A le 10 juillet 2020, pour un montant global de 1 132,58 euros. Le 2 septembre 2020, Mme A adresse un courrier à la caisse d'allocations familiales du Var intitulé " demande de remise gracieuse ". Dans ce courrier, la requérante indique que son ex-mari lui a fait signer un papier dont elle ne se souvient plus de la teneur exacte. Elle poursuit en indiquant que celui-ci a dû modifier la case cochée, après qu'elle ait signé ce document, pour faire en sorte qu'il perçoive seul les allocations (aide personnalisée au logement et allocation de rentrée scolaire), indépendamment de sa propre volonté. Elle indique d'ailleurs à plusieurs reprises que cette somme d'argent de 1 132,58 euros lui était normalement due. Elle doit être regardée ainsi comme contestant l'indu d'un montant de 1 132,58 euros. D'autre part, elle indique que ses ressources financières ne lui permettent pas de rembourser cette somme de 1 132,58 euros. Elle doit donc être également regardée comme demandant initialement une remise gracieuse de cette somme d'argent, comme l'indique d'ailleurs le titre de sa demande.
3. Le directeur de la caisse d'allocations familiales du Var a rejeté, par une décision du 19 octobre 2020, cette demande, en se prononçant uniquement sur la demande de remise gracieuse. Du fait du silence gardé par le directeur de la caisse d'allocations familiales du Var sur la demande d'annulation de la décision notifiant la dette du 10 juillet 2020, et conformément aux dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, une décision implicite de rejet est née, deux mois après la réception de la demande, à une date postérieure au 2 novembre 2020, la date de réception de la demande de remise gracieuse de la requérante n'étant pas précisément connue. Par la présente requête, la requérante doit être regardée comme demandant uniquement l'annulation de la décision implicite de rejet intervenue à une date postérieure au 2 novembre 2020, qui s'est substituée à la décision initiale du 7 juillet 2020. Dans son mémoire en réplique, la requérante a en effet renoncé explicitement à ses conclusions formulées initialement, à la fois dans sa demande indemnitaire préalable ainsi que dans sa requête initiale, de remise gracieuse de la dette.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet intervenue à compter du 2 novembre 2020 qui s'est substituée à la décision initiale du 7 juillet 2020 :
4. La requérante soutient avoir fait l'objet d'une manœuvre frauduleuse de la part de son ex-mari qui lui a fait signer un document en juin 2018 indiquant qu'il est le seul allocataire et qu'il était ainsi en mesure de percevoir l'intégralité des aides. Elle indique par ailleurs ne pas se souvenir de ce qu'elle a signé exactement. Elle indique en outre avoir la charge financière de ses deux enfants, bien que les parents aient opté pour la garde alternée de ceux-ci. Elle soutient enfin qu'elle aurait dû continuer à percevoir les aides jusqu'au 1er octobre 2018, date à laquelle elle a emménagé avec son ami M. B, et ne plus percevoir les aides à compter de cette date, à l'exception de l'allocation familiale.
5. La caisse d'allocations familiales du Var, dans la décision de notification de la dette du 10 juillet 2020, évoque un document de demande de partage des allocations familiales signée par la requérante et son ex-conjoint le 25 juin 2018. Toutefois, ce document n'étant pas produit à l'instance, il n'est ainsi pas possible de savoir ce qui a été signé ni les termes exacts de ce document. En outre, dans la même décision, la caisse d'allocations familiales du Var indiquait que cette demande de partage n'avait pas été prise en compte par les services de la caisse mais qu'au contraire le dossier a été mis à jour avec le changement d'allocataire, en l'occurrence monsieur qui percevrait toutes les allocations. Dans ces circonstances particulières, en l'absence de ce document et de toute explication de la caisse d'allocations familiales du Var sur ce point dans ses écritures, alors qu'elle est la seule à pouvoir apporter les éléments, il y a lieu de considérer que la requérante est fondée à soutenir que la somme de 1 132,58 euros lui a été indûment réclamée. Par suite, il résulte de l'instruction que la requérante est fondée à soutenir que la décision de rejet implicite de sa demande d'annulation de la dette, intervenue à compter du 2 novembre 2020, doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L.911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".
7. Il résulte de ce qui précède que la décision rejetant implicitement la demande de la requérante tendant à l'annulation de la décision initiale du 7 juillet 2020 fixant l'indu au titre de l'aide personnalisée au logement et l'allocation de rentrée scolaire d'un montant global de 1 132,58 euros a été annulée. Il y a donc lieu de faire droit aux conclusions de la requérante tendant à enjoindre au directeur de la caisse d'allocations familiales du Var à lui rembourser les sommes déjà prélevées au titre de cet indu.
DECIDE
Article 1er : La décision implicite de rejet intervenue à compter du 2 novembre 2020 du directeur de la caisse d'allocations familiales du Var rejetant le recours administratif préalable obligatoire de la requérante à l'encontre de la décision du 7 juillet 2020 est annulée.
Article 2 : La caisse d'allocations familiales du Var versera à Mme A les sommes prélevées sur ses allocations et destinées à rembourser l'indu d'aide personnalisée au logement et d'allocation de rentrée scolaire d'un montant global de 1 132,58 euros (mille cent trente-deux euros et cinquante-huit centimes).
Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme A et à la caisse d'allocations familiales du Var.
Copie sera adressée au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 19 juillet 2022.
Le Magistrat désigné,
Signé :
F. BAILLEUX
La greffière,
Signé :
G. RICCILa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Et par délégation,
La greffière.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026