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AccueilJurisprudence administrativeN° TA83-2100015

Tribunal Administratif de Toulon — Décision N° TA83-2100015

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulon
SectionTribunal Administratif de Toulon
N° DossierTA83-2100015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBRL - BAUDUCCO ROTA LHOTELLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2021, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble Château vert, représenté par Me Consalvi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2020, tel que rectifié par l'arrêté du 24 août 2020, par lequel le maire de la ville de Toulon a délivré un permis de construire n° PC 08313720C0032 une maison individuelle à Mme A B sur la parcelle cadastrée section BV n° 756, sise 12 rue Saint Christine à Toulon, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Toulon une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est recevable dès lors qu'il a intérêt à agir ;

- le dossier de demande du permis de construire est insuffisant, notamment quant aux documents d'insertion graphique, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 7 du règlement du plan local d'urbanisme (ci-après PLU) de la ville de Toulon relatives aux limites séparatives ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 11 du règlement du PLU de la ville de Toulon dès lors, d'une part, que la toiture terrasse couvre la majeure partie de l'immeuble, d'autre part, que la façade nord ne s'insère pas harmonieusement avec les constructions avoisinantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, la ville de Toulon conclut au rejet de la requête.

Elle soulève une fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du syndicat requérant et fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Lhotellier conclut, à titre principal, au rejet de la requête et demande, à titre subsidiaire, qu'il soit sursis à statuer sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, à titre infiniment subsidiaire, que soit prononcée une annulation partielle et, en tout état de cause, que soit mise à la charge du syndicat requérant la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par une intervention, enregistrée le 16 janvier 2021, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble Le Palais Mirador, représenté par Me Consalvi, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête.

Il soutient que :

- son intervention est recevable ;

- le dossier de demande du permis de construire est insuffisant, notamment quant aux documents d'insertion graphique, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 7 du règlement du PLU de la ville de Toulon relatives aux limites séparatives ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article UA 11 du règlement du PLU de la ville de Toulon dès lors, d'une part, que la toiture terrasse couvre la majeure partie de l'immeuble, d'autre part, que la façade nord ne s'insère pas harmonieusement avec les constructions avoisinantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la ville de Toulon ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2023 :

- le rapport de Mme Le Gars ;

- les conclusions de M. Riffard, rapporteur public ;

- les observations de Mme C, représentant la ville de Toulon ;

- et les observations de Me Lhotellier, représentant Mme B, concluant aux mêmes fins et par les mêmes moyens et soutenant un argument nouveau tiré du caractère moderne de la construction projetée.

Une note en délibérée, présentée par Me Lhotellier pour Mme B, a été enregistrée le 20 octobre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Le 13 mars 2020, Mme B a déposé une demande de permis de construire une maison individuelle de trois étages sur sa parcelle, sise 12 rue Sainte Christine à Toulon. Par un arrêté du 20 juillet 2020, le maire de la ville de Toulon lui a délivré le permis de construire sollicité. Par un arrêté du 24 août 2020, le maire a rectifié des erreurs matérielles de l'arrêté relatives à la référence cadastrale et à la surface du terrain. Le syndicat des copropriétaires de l'immeuble Château vert demande l'annulation de l'arrêté du 20 juillet 2020, tel que rectifié par l'arrêté du 24 août 2020, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient, dans tous les cas, au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'immeuble Château vert est situé sur la parcelle n° 126 jouxtant à l'ouest le terrain d'assiette du projet. Il ressort également des pièces du dossier que la maison, d'une hauteur R+3 d'une part, est située sur la limite séparative ouest avec un décrochage à l'arrière de la construction et entraîne ainsi une perte de lumière et d'ensoleillement pour les façades est et nord de l'immeuble Château vert est écartée, et d'autre part, et crée un vis-à-vis pour les appartements en façade est. Dès lors, le projet crée, par son implantation, des troubles dans les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de l'immeuble Château vert pour le syndicat, voisin immédiat du projet. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir du syndicat des copropriétaires de l'immeuble Château vert doit être écartée.

Sur la recevabilité de l'intervention du syndicat des copropriétaires de l'immeuble le Palais Mirador :

5. Est recevable à former une intervention devant le juge du fond toute personne qui justifie d'un intérêt suffisant eu égard à la nature et à l'objet du litige.

6. Le syndicat des copropriétaires de l'immeuble Le Palais Mirador, dont la parcelle n° 124 jouxte à l'est le terrain d'assiette du projet, intervient à la cause à l'appui des conclusions du requérant. Il ressort des pièces du dossier que ces copropriétaires ont la qualité de voisins immédiats du projet en litige et ils soutiennent, à l'instar du syndicat requérant, que la maison projetée entraîne, par son implantation, une perte de lumière et d'ensoleillement, en particulier pour les appartements qui n'ont qu'une ouverture en façade ouest, ainsi qu'une atteinte au cadre de vie résultant notamment de la création de vis-à-vis. Dès lors, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble Le Palais Mirador dispose d'un intérêt à agir. Par suite, son intervention est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, aux termes du 1.1.2 de de l'article UA 11 du règlement du PLU de la ville de Toulon : " De façon générale, hors construction de style architectural contemporain, le mode de couverture par toiture pentue en relation avec le paysage urbain constitué sera la règle à respecter. / Par exception et sur des portions mineures, il pourra être fait usage de toitures terrasses implantées essentiellement en cœur d'îlot. Dans certains cas, elles pourront être réalisées côté rue mais en retrait par rapport à la façade. / Dans tous les cas, ces ouvrages devront être traités avec soin, conçus de telle façon que toute disposition technique soit dissimulée à la vue depuis l'espace public. Dans le cas de tels projets, la végétalisation de ces toitures est vivement conseillée. ".

8. Il ressort des pièces du dossier, notamment du plan de coupe BB', que la toiture est partiellement en mono-pente tuilée sur la façade nord et partiellement en terrasse, à 50 %, sur la façade sud en cœur d'îlot. Dès lors, la toiture terrasse projetée, dérogeant au principe de toiture en pente, ne représente pas une portion mineure de la couverture conformément aux dispositions précitées. Par suite, le syndicat requérant est fondé à soutenir que de maire de la ville de Toulon a fait une inexacte application des dispositions du 1.1.2 de l'article UA 11 du règlement de PLU.

9. En second lieu, aux termes de l'article UA 11 du règlement du PLU de la ville de Toulon : " Les constructions, installations et aménagements devront être étudiés afin de ne pas porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, au site, paysage naturel ou urbain, ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. Les gabarits des bâtiments seront étudiés en fonction des proportions des bâtiments composant l'environnement. / Les constructions doivent présenter une simplicité de volume, une unité d'aspect et de matériaux, en harmonie avec leur environnement bâti et naturel. () 2- Façades : () Pour les surélévations, les extensions et les constructions neuves, la composition de façade sera fonction du caractère des constructions avoisinantes. () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que les constructions avoisinantes ont chacune une façade homogène en termes d'ouvertures, soit dans la dimension de ces ouvertures, soit dans leur alignement vertical et horizontal, conférant ainsi un aspect régulier et traditionnel à l'ensemble des constructions avoisinantes. Le projet en litige prévoit, pour la façade nord, huit ouvertures dont aucune ne présente de dimension identique, ni n'est, par conséquent, alignée verticalement. Il ressort ainsi des différents plans et documents d'insertion que la façade du projet donnant sur la voie publique présente un aspect hétérogène, disparate avec les constructions avoisinantes. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que le maire a fait une inexacte application des dispositions de l'article UA 11.2 du règlement de PLU de la commune de Toulon.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le syndicat des copropriétaires de l'immeuble Château vert est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Toulon du 20 juillet 2020 tel que modifié par l'arrêté du 24 août 2020. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais d'instance :

12. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de la ville de Toulon une somme de 2 000 euros au bénéfice du syndicat des copropriétaires de l'immeuble Château vert. En revanche, ces mêmes dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge du syndicat requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que réclament la ville de Toulon et Mme B au titre des frais liés au litige.

DECIDE

Article 1er : L'intervention du syndicat des copropriétaires de l'immeuble Le Palais Mirador est admise.

Article 2 : L'arrêté du maire de la ville de Toulon en date du 20 juillet 2020, tel que rectifié par l'arrêté du 24 août 2020, est annulé en tant qu'il méconnaît les motifs du présent jugement.

Article 3 : La ville de Toulon versera la somme de 2 000 (deux mille) euros au syndicat des copropriétaires de l'immeuble Château vert en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les conclusions présentées par la ville de Toulon et Mme B sur ce fondement sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble Château Vert, au syndicat des copropriétaires de l'immeuble Le Palais Mirador, à la ville de Toulon et à Mme A B.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Doumergue, présidente,

M. Bailleux, premier conseiller,

Mme Le Gars, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé :

H. LE GARS

La présidente,

Signé :

M. DOUMERGUE La greffière,

Signé :

G. RICCI

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Et par délégation, la greffière.

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